Agriculture : un atout économique latent pour l’Afrique

Pour élaborer un modèle de croissance plus dynamique et plus inclusif, le continent n’a pas d’autre choix que de faire de l’agriculture une priorité absolue. 

L’Afrique peut doubler sa productivité agricole au cours des 5 prochaines années. (BEF)

L’Afrique peut doubler sa productivité agricole au cours des 5 prochaines années. (BEF)

L’Afrique subsaharienne est une région de petits agriculteurs. Certains considèrent cela comme une source de faiblesse. Il s’agit plutôt d’une force et d’une source potentielle de croissance. Les agriculteurs africains ont fait preuve des capacités de résilience et d’innovation inégalées. Travaillant sans engrais, pesticides ou systèmes d’irrigation des sols fragiles, dans des zones pluvieuses, souvent équipés d’une simple binette, ils ont délaissés et courent derrière des stratégies de développement inopportunes. Peu d’agriculteurs, dans le monde, sont aussi désavantagés qu’eux, sur le plan des infrastructures, des systèmes financiers, de l’innovation scientifique ou encore de l’accès aux marchés. La productivité s’en ressent : les rendements céréaliers sont très loin d’atteindre la moitié de la moyenne mondiale.

Faible productivité agricole

Ce paradoxe s’explique, notamment, par le fait qu’en Afrique, les pauvres sont très pauvres : les personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté de 1,25 dollar, par jour, n’ont que 70 cents. Par ailleurs, les fortes inégalités de départ signifient que la croissance doit être très importante pour parvenir, à réduire la pauvreté. L’augmentation de la tendance actuelle de croissance de 2 points, par habitant, et la mise en place d’un système de redistribution, même limité, en faveur des populations pauvres permettraient à l’Afrique de s’approcher de l’objectif d’éradication de la pauvreté, d’ici 2030.

Les produits des récoltes de l’Afrique peuvent nourrir une population mondiale qui ne cesse d’augmenter. Nous bénéficierons tous d’une Afrique prospère, stable et juste 

Kofi Annan

La faible productivité dans ce secteur clé du développement enferme des millions d’agriculteurs dans la pauvreté, freine la croissance et détériore les liens entre l’économie agricole et l’économie non agricole, pourtant essentiels aux avancées majeures qu’ont connues le Bangladesh, l’Inde ou le Vietnam, en matière de développement. Les agriculteurs africains seraient en mesure de nourrir des populations urbaines en pleine expansion, et de générer des exportations, pour répondre à la demande des marchés mondiaux.

« Les produits des récoltes de l’Afrique peuvent nourrir une population mondiale, qui ne cesse d’augmenter. Nous bénéficierons, tous, d’une Afrique prospère, stable et juste », croit fermement, Kofi Annan, ancien secrétaire des Nations Unies et président du Panel pour le progrès africain.

«Le continent est de plus en plus dépendant des importations. Cela constitue un véritable danger. Les pays africains ont ainsi importé des denrées alimentaires (hors produits de la pêche), à hauteur de 35 milliards de dollars, en 2011. Le commerce intra-africain représentait moins de 5 % de ce total, renchérit le rapport 2014, du Panel pour le progrès africain. L’augmentation de la productivité des agriculteurs africains et le remplacement de ces importations donneraient une forte impulsion à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, tout en s’inscrivant dans la mise en place d’un modèle de croissance plus inclusif.

Il est possible de doubler la productivité agricole de l’Afrique, au cours des cinq prochaines années, a rappelé l’Union africaine. Les pays de ce continent peuvent éliminer la faim ainsi que la malnutrition, et devenir des acteurs majeurs des marchés mondiaux de denrées alimentaires. Il est indispensable d’exploiter tout le potentiel afin de nourrir les populations, de créer des emplois et de générer des revenus, grâce à l’exportation. La réalisation de progrès décisifs dans ce secteur est conditionnée à des facteurs d’ordre financier. Il est temps pour les gouvernements de respecter l’engagement qu’ils ont pris de consacrer, au moins 10 % de leurs ressources budgétaires, à l’agriculture. Ils doivent également mettre en place des conditions de marché favorables. La promotion du remplacement des importations doit être une priorité.