Amadou Oumar Ba : « La RDC compte aujourd’hui environ huit millions de petits fermiers »

Augmenter la productivité agricole et améliorer la commercialisation de la production agricole et animale des petits producteurs à la base dans les zones ciblées. Tel est le but du Projet d’appui à la réhabilitation et à la relance agricole (PARRSA) financé par la Banque mondiale. Le responsable du projet s’est confié à Business et Finances. Entretien. 

Amadou Oumar Ba, responsable du Projet d’appui à la réhabilitation et à la relance agricole.

Amadou Oumar Ba, responsable du Projet d’appui à la réhabilitation et à la relance agricole.

 

BUSINESS ET FINANCES

Concrètement, en quoi consiste ce projet qui a démarré en 2011, et où en êtes-vous trois ans après ?

Amadou Oumar Ba 

C’est un projet d’appui à la réhabilitation et à la relance du secteur agricole à hauteur de 120 millions de dollars financé par la Banque mondiale. Il s’exécute principalement dans la province de l’équateur, dans trois districts : le Nord-Ubangi, le Sud- Ubangi et la Mongala avec une petite partie dans le Pool Malebo, à Kinshasa. Ce projet a pour objectif d’améliorer les revenus des petits paysans dans les sphères d’intervention que j’ai citées. En même temps, il met l’accent sur les produits agricoles les plus consommés dans ces régions-là, notamment le manioc, le riz, le maïs et l’arachide. Il y a trois composantes dans ce projet. D’abord, la production agricole proprement dite, c’est-à-dire l’amélioration de la productivité. Autrement dit, améliorer les conditions de production agricole en commençant déjà par la semence, c’est le premier intrant, et aussi les techniques de production, mettre en place une organisation des producteurs agricoles. La deuxième composante complète la première. C’est même une condition sine qua non pour que la première réussisse : ce sont les infrastructures, notamment les routes de desserte agricole, les marchés, les entreprises. Il est prévu de réhabiliter 2500 km de routes de desserte agricole ; la construction de quatre  marchés modernes. Enfin, la troisième composante concerne le renforcement des capacités d’intervention du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, qui a actuellement la gestion de ce mini-projet.

L’évolution sur le terrain est-elle conforme à vos attentes ? 

On a eu la revue à mi-parcours, qui est un moment important du projet, en février, avec un peu de retard compte tenu de certaines contraintes. Lors de cette revue à mi-parcours, le projet était à environ 39  % du taux de décaissement. Ce qui est faible, après trois ans de mise en œuvre. Il avait déjà réalisé quelques infrastructures et nous avons décidé, à cause du retard pris, particulièrement au niveau du Pool Malebo, de procéder à une restructuration. A la mi-octobre, nous avons fait une suite de la revue à mi-parcours. Nous avons constaté qu’au 30 septembre, le taux de décaissement est de l’ordre de 54 %. Il a quand même évolué entre janvier et septembre, même si à treize mois de la  clôture du projet, ce taux de décaissement reste inquiétant, parce qu’il y a plus de 40 % à décaisser en une année. Toutefois, au vu des résultats, par exemple en termes de production agricole, le projet a pu renforcer les capacités de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA), qui a une station à Boketa, à 12 km de Gemena, qui a été entièrement réhabilitée et équipée, avec des agents formés. Il est capable aujourd’hui de produire des semences de pré-base et de base pour fournir des agri-multiplicateurs que le projet a également sélectionnés et formés.

A quoi servent les agri-multiplicateurs ?

Ils sont plus d’une trentaine disséminés dans la zone, encadrés par l’INERA et le Service national des semences (SENASEM). Ils produisent des  semences des variétés améliorées dont les agriculteurs ont besoin. Le SENASEM, qui n’existait pas dans la zone,  faisait des contrôles sporadiques à partir de Kinshasa. Nous avons pu, dans le cadre de ce projet, les installer dans le secteur. Aujourd’hui, il y a une coordination provinciale au niveau  de Gemena et, naturellement, des contrôleurs disséminés. Ce qui permet donc à la filière semencière de mieux fonctionner. Ce n’est pas encore l’idéal, mais nous sommes partis pratiquement de zéro. En termes de résultats, le projet devrait, jusqu’à la clôture, avoir aidé à produire 1500 tonnes de semences de variété améliorées de base et de générations qu’on appelle R1. Aujourd’hui, le projet a déjà produit plus de 1500 tonnes de semences. Objectif atteint et dépassé.

Quelle sorte d’organisation avez-vous mise en place ?

Nous avons recruté six ONG nationales et internationales. Elles travaillent dans la zone au niveau des différents districts qui ont conduit les communautés à s’organiser en Organisations de producteurs et en coopératives. Ce qui leur permet d’accéder aux services du projet. Nous devons atteindre 103 000 ménages. Nous en sommes déjà à 86 000. C’est une progression  assez encourageante. Le troisième élément important qu’il faut souligner c’est surtout en matière de production animale. Le projet visait également l’introduction de  nouveaux géniteurs mâles, notamment des boucs, pour améliorer la race qui est en dégénérescence. Cet objectif n’a pas été réalisé tout de suite parce qu’il y eu, en 2012,  une grande épizootie dans la zone et la peste aviaire des petits ruminants. Ce qui a nécessité l’organisation d’une campagne de vaccination qui n’était pas prévue dans le budget. Elle est en cours de finition. Au jour d’aujourd’hui, le projet a vacciné plus de 2, 5 millions de têtes de volailles et environ 400 000 petits ruminants sur les 600 000 recensés. Un deuxième rappel est prévu en novembre et décembre pour sécuriser la zone avant d’y introduire des nouveaux géniteurs qui sont déjà en cours d’acquisition avec le concours de l’INERA. Il y a 1500 coqs améliorateurs qui vont être distribués au niveau des ménages. Les effets escomptés vont se concrétiser l’année prochaine.

Que se passe-t-il au niveau du volet infrastructures ? 

Nous avons prévu l’asphaltage de 2500 km de routes. Au 30 septembre, le projet avait déjà livré 1060 km de pistes carrossables nettement améliorées. Au 31 décembre, 1600 km seront encore livrés. Le reste, soit 900 km, le sera avant la fin du projet. S’agissant des marchés et des entrepôts, deux marchés sont déjà opérationnels, deux autres le seront à la fin de cette année. Sur les seize entrepôts prévus, huit sont livrés tandis que les huit autres le seront avant la fin de l’année. La composante 3, celle du renforcement des capacités, est un peu plus délicate parce que diffuse. Il y a le renforcement des capacités en matière d’infrastructures et d’équipements, mais aussi des formations d’accompagnement du ministère dans ces réalisations. Nous nous sommes focalisés en premier lieu sur l’amélioration des conditions de travail. Beaucoup de services n’avaient pas du tout de bâtiments dans la province de l’équateur. C’est pourquoi le projet s’est attelé à construire des bâtiments administratifs pour les inspections provinciales à Mbandaka, les inspections de visite à Gemena, à Mobayi Mbongo pour le Nord-Ubangi. Au stade actuel, tous ces bâtiments sont, soit terminés ou en voie d’achèvement, notamment celui de Mbandaka qui est déjà terminé et occupé. A Lisala,  c’était achevé depuis près d’un mois, tandis que Gemena et Mobayi Mbongo sont en cours d’exécution. Et, dans le même ordre d’idées, nous avons aussi réhabilité des bâtiments administratifs au niveau de Kinshasa, par exemple, les inspections provinciales qui sont en cours de finition. Quelques bâtiments au niveau du ministère de l’Agriculture et du Développement rural à Kinshasa ont également été rajeunis, remis en fonction et équipés. C’est l’aspect  renforcement des capacités physiques, en termes d’amélioration des conditions de travail. De l’autre côté, le projet a contribué à financer un certain nombre de formations et d’équipements au sein des ministères. Il a également financé une grosse étude qui est en cours de finalisation sur la relance des agro-industries en RDC.

Quelle est la finalité de cette étude ?

Comme vous le savez, il y a eu par le passé  beaucoup de fermes agro-industrielles qui ont été  zaïrianisées. Après, elles ont été abandonnées. Il avait été recensé plus de 1800 fermes à travers la RDC, soit près de 2 millions d’hectares, ce qui est un potentiel énorme. La plupart  sont à l’abandon. Quelques-unes fonctionnent plus ou moins bien, mais leur potentiel est sous-utilisé. L’étude se terminera d’ici à la fin de l’année avec des propositions de relance de ces fermes comme, par exemple, comment encourager des promoteurs privés, qu’ils soient congolais ou étrangers, à se lancer dans le développement de l’agro-business qui est aujourd’hui l’une des composantes phares de la stratégie du ministère de l’Agriculture et du Développement rural en RDC. Voilà l’état d’avancement de ce projet à un an de sa date de clôture.

Vous avez évoqué le faible taux de décaissement, qui se situe autour de 54 %. Comment l’expliquez-vous ?

C’est lié d’abord, en premier lieu, au démarrage lent d’un projet de ce type dans une région extrêmement difficile, sans infrastructures. La première année a été vraiment une année d’installation de la logistique et de préparation. Nous avons travaillé avec l’UNOPS, une agence des Nations unies pour les infrastructures. Vous savez que, pour construire une route, on ne se réveille pas et on commence à gratter. Il faut d’abord sélectionner les pistes, et cela  peut durer des mois. Les pistes sur lesquelles le projet travaille ont été faites de manière participative,  avec les communautés locales, les administrations. Ensuite, mener des consultations dans tous les territoires pour avoir les 2500 km. Cela prend du temps. Après, il  fallait sélectionner des consultants et un cabinet pour les études et puis sélectionner des  entreprises et des ONG pour les travaux. Toute l’année 2011 et une partie de l’année 2012 ont été consacrées à cela. C’est pourquoi le taux de décaissement n’a pu suivre. Bien entendu, une fois qu’on commence à travailler, le décaissement arrive au fur et à mesure.

Les entreprises avec lesquelles vous travaillez sont-elles performantes ? 

Beaucoup d’entre elles n’ont pas la capacité réelle d’exécuter les commandes. C’est ce que nous avons vécu le 22 octobre au niveau de Kinshasa. Une entreprise devait livrer des bâtiments en six mois. Mais nous sommes déjà à la fin de la deuxième année et son chantier n’est pas encore terminé ! C’est pour dire que la capacité des entreprises à faire ce type de travail pose problème. Il y a aussi la question de l’approvisionnement en matériaux comme le ciment, le fer…Tout cela vient de Kinshasa et il faut le transporter par bateau. Très souvent du matériau très simple ne se trouve pas sur place. Quand, par exemple, l’UNOPS nous a informés que le marché d’Isabe, dans le Sud-Ubangi, était achevé. Il a fallu prendre le gravier pour construire ce marché à Gemena, qui est situé à plus de 50 km. Des fois, il est transporté par des petites camionnettes. Donc, ce n’est pas très facile. Il y a un ensemble de raisons qui expliquent la lenteur des décaissements. Mais,  maintenant, le projet a pris de l’expérience avec la zone. Des réflexes et des mécanismes ont été mis au point pour contourner les difficultés ou les amoindrir. C’est qui explique la remontée du taux de décaissement. Aujourd’hui, avec environ 54 % et à un an de la clôture, cela peut paraître inquiétant pour quelqu’un de l’extérieur. Nous savons pourtant que, dans un projet, il y a un nombre important de chantiers  en cours, mais que l’argent n’est pas encore totalement décaissé. Cela veut dire que, dans les mois à venir, il y aura un flot de décaissements qui vont faire que ces 54 % vont beaucoup plus évoluer. Moi je n’ai pas beaucoup d’inquiétudes parce que, d’ici là, on sera autour de 80 % de décaissement.

Cette agriculture dans laquelle la Banque mondiale investit est-elle toujours traditionnelle ou, au contraire, orientée vers l’agriculture biologique ? 

Disons que c’est une agriculture traditionnelle. Nous avons préparé ce projet en 2008. Vous vous rappelez que 2008 c’était la crise alimentaire mondiale, la flambée des prix. Donc, l’idée était vraiment de toucher à tout ce qui pourrait contribuer à améliorer la situation alimentaire des populations, surtout dans une zone comme l’équateur qui est connu comme étant le grenier du pays et qui fournit en produits vivriers Kinshasa mais aussi des pays environnants comme la République centrafricaine et le Soudan du Sud. Nous avons d’abord  fixé notre attention sur l’agriculture vivrière, quand bien même on sait qu’à l’équateur il y a beaucoup de cultures industrielles qu’on peut développer, notamment le café et le cacao. Nous avons ciblé le maïs et le manioc qui sont les cultures les plus consommées, l’arachide et le riz dont nous voulons doubler, pour le moins, la productivité avant la fin du projet.  Bien entendu, on ne peut pas améliorer les revenus des paysans qui sont impliqués dans ces cultures-là si on n’améliore pas les conditions de commercialisation. Ce qui explique pourquoi il faut désenclaver les zones de production, les rapprocher des marchés et des centres de consommation. Il y a aussi un volet qu’on appelle Marching Branch.

Qu’est-ce que c’est ? 

C’est un peu une subvention passagère pour permettre aux opérateurs d’avoir accès à des équipements de transformation des produits et, ainsi, ajouter de la valeur à la production récoltée du champ, avant d’aller au marché. Ce volet est en train d’être financé, il y a un certain nombre de micro et sous-produits qui vont être financés pour améliorer les conditions de commercialisation et d’accès au marché. Vous parlez d’agriculture verte. Je suppose que vous faites un peu allusion à l’agriculture qui épargne l’environnement. Bien entendu, on s’en soucie. Le projet a un volet développement de l’agroforesterie, destiné à l’accompagnement des producteurs afin qu’ils ne recourent pas à des pratiques nocives, comme les pesticides. On encourage plutôt la fumure organique, les rotations de culture et,  aussi, le fait de déboiser le moins possible, d’utiliser plutôt les champs qui existaient déjà avant d’aller dans la forêt. Donc, il y a un ensemble de mesures, de techniques agricoles qui sont vulgarisées, en même temps que les semences.

Est-ce qu’on peut rêver de voir, dans quelques années, le tracteur remplacer la houe et la machette ?

Ce n’est pas un rêve. Le tracteur est déjà là ! Pas à travers le projet, mais le gouvernement en  a déjà distribué. Je pense que le tracteur n’est pas une panacée. Il y a des conditions à remplir  pour qu’il soit rentable. Elles sont liées d’abord au terrain lui-même, à la taille de l’exploitation et à ce qu’on y cultive. Le tracteur est très coûteux, il demande du carburant, des pièces de rechange et une certaine technicité. Si on introduit naturellement des superficies en grandes cultures, le tracteur se justifie. Si on est encore au niveau de la parcelle paysanne qui est de moins d’un hectare, quand on va la faire évoluer à deux, trois, quatre hectares, il est évident qu’il faut réfléchir avant d’utiliser un tracteur.

Pourquoi ?

ν Entre le tracteur et la houe traditionnelle, il y a énormément des possibilités d’amélioration des conditions de travail des paysans. Dans l’équateur, le projet a déjà fourni à certains agriculteurs un kit composé de machettes, de houes de bonne qualité qui ont été subventionnés. C’est entre 30 000 et 40 000  kits. Quarante mille autres sont en voie d’acquisition. Bien entendu, il est possible, à un moment donné, d’arriver à introduire une motorisation ou une mécanisation intermédiaire avant le grand tracteur.

BEF – La commercialisation de la production est-elle essentiellement locale ou vise-t-elle d’autres provinces ?

L’objectif c’est que les paysans vendent partout où c’est possible. Le projet les aide naturellement et facilite la sortie de leurs produits.  C’est la  raison d’être des infrastructures de désenclavement. Les routes et toutes les pistes agricoles qui sont aménagées quittent les zones de production vers les routes provinciales et nationales. Il n’y a aucune route qui se perd dans le néant. La production doit être drainée vers les voies de communication qui permettent de l’évacuer vers les grands centres urbains de la zone ou d’attirer des acheteurs locaux, et même nationaux, afin qu’ils viennent s’approvisionner à l’équateur et, par conséquent, amener la production vers Kinshasa ou Kisangani, par exemple. Pour faciliter l’évacuation et la commercialisation, des entrepôts ont été construits. Ils sont positionnés à des carrefours, tout comme les marchés. C’était le choix des populations.

BEF – Pourra-t-on, à long terme, avoir dans ce pays, à travers des projets comme celui que vous dirigez, des agriculteurs aisés pour ne pas dire riches ? 

C’est possible ! Sinon on ne l’aurait pas fait, car l’idée c’est d’améliorer les revenus des producteurs.

Et l’émergence des grands fermiers ?

Pas forcément des grands fermiers. Ceux-là sont une catégorie. Mais le petit paysannat n’est pas à négliger. La plupart des pays qui ont pu améliorer leur agriculture l’ont fait sur la base de l’amélioration de la productivité et de la production des petits fermiers. Ce sont eux qui nourrissent le pays. Si on les néglige, on tue la République. Bien entendu, les promoteurs privés ou associatifs de grandes échelles doivent être appuyés et ils ont leurs mécanismes pour arriver à produire. Les deux ne sont pas incompatibles. Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais c’est l’un et l’autre. A mon avis, il faut pousser les deux en même temps.

Mais y a-t-il des vrais fermiers dans ce pays ?

Aujourd’hui, d’après le recensement, on parle d’environ 8 millions de petits fermiers en RDC. On ne peut pas les laisser de côté. Il faut améliorer leur production. Ces 8 millions de petits fermiers qui produisent actuellement, s’il faut juste parler du maïs, entre 500 et 600 kilos par exemple. Si on arrive à doubler ce rendu ou le tripler, c’est beaucoup de produits qui se retrouveraient sur le marché. C’est cela que nous faisons dans le cadre du projet. Améliorer déjà la productivité des petits producteurs. Bien entendu, ceux d’entre eux qui peuvent évoluer vers une agriculture beaucoup plus  moderne dite performante et avec un plus grand accès au marché trouveront aussi des mécanismes d’appui qui pourront les faire évoluer et moderniser l’agriculture. Mais je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusion, on est dans une zone très enclavée où il n’y a pas eu de mécanisation depuis très longtemps, où les évolutions doivent se faire de manière progressive.

Il y a un aspect volaille dans votre projet. Les Congolais pourront-ils, un jour, consommer plus du poulet local que celui qui est importé et occupe actuellement le terrain ? 

L’objectif que nous poursuivons c’est d’améliorer la capacité de production de la viande rapide, comme on dit, mais aussi toute la viande blanche. Parce que la volaille se reproduit beaucoup plus rapidement que la viande des ruminants. La viande blanche est moins chère et elle est à la portée de la bourse du Congolais moyen, et même du plus démuni. C’est la raison pour laquelle nous avons cette composante-là dans le projet. Quelque 1600 coqs améliorateurs seront distribués à des familles. On introduira des pratiques d’élevage innovantes. Au lieu de laisser les poules errer à gauche et à droite, il faut leur créer des enclos, leur donner de la nourriture, les traiter. Tout cela a un coût. Voilà pourquoi les organisateurs d’appui-conseil ont déjà initié les enclos, la culture qui fait en sorte que l’alimentation du bétail et de la volaille soit améliorée. Le projet est en train d’identifier et de recruter ceux qu’on appelle les agents communautaires de santé animale. Ils seront des relais entre les  communautés et le service vétérinaire. Le laboratoire vétérinaire, en cours de construction, sera basé à Gemena. En définitive, les Congolais moyens pourront avoir accès à une viande blanche à un prix plus abordable.

L’année 2015 c’est déjà demain. Au vu de l’évolution de ce projet, est-ce que l’espoir est permis ?  

Absolument ! Je pense aux résultats intermédiaires que nous avons en termes d’amélioration de la productivité des cultures, la disponibilité de la semence, celle des  équipements de transformation, et en termes de désenclavement de la zone pour relier le bassin de production aux centres de commercialisation, d’entreposage ou de consommation. Au renforcement des capacités des producteurs eux-mêmes pour améliorer les pratiques culturelles ou d’élevage qui sont enclenchées. Mais, également à l’amélioration de la capacité de travail des administrations chargées de la vulgarisation, que ce soit en termes de bâtiments administratifs, d’équipements de travail, de capacités intellectuelles.  Tout ceci, je pense, devrait améliorer les conditions globales de travail au niveau de l’équateur et du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Donc, l’espoir est bien permis. Je pense qu’il est déjà là. Mais, évidemment, il reste à consolider. Début 2015, il y aura un atelier pour alerter le gouvernement et sensibiliser les autorités qui décident afin de mettre les moyens qu’il faut pour l’entretien des routes. Nous sommes dans une région forestière où il pleut presque tout le temps. Il suffit de rester un an sans rien faire pour voir la nature reprendre ses droits.