Comment l’Etat congolais tue ses propres entreprises

Le siège social de la REGIDESO, une des sociétés concernées par les lourdes créances de l’Etat congolais Photo BEF

Le siège social de la REGIDESO, une des sociétés concernées par les lourdes créances de l’Etat congolais Photo BEF

Les factures non payées des instances officielles de l’Etat congolais dues à la Régie de distribution d’eau (REGIDESO) pour cette année 2013 s’élèvent à 31 millions de dollars américains, a déclaré jeudi 10 octobre le Secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de la REGIDESO (SYNATREG), Jean-Bosco Mwaka. Selon lui, cette situation pénalise l’exécution du contrat signé, il y a sept mois, entre cette firme congolaise et le groupe FINA GESTION SDE du Sénégal.

Financé à hauteur de 7 millions USD par la Banque mondiale, ce partenariat devrait permettre à la REGIDESO de fournir de l’eau potable répondant aux besoins des villes de Kinshasa, Matadi et Lubumbashi.

«A ce jour, tout compte fait, les instances officielles doivent 31.000.000 $US à la REGIDESO. C’est beaucoup d’argent pour permettre à cette entreprise d’Etat de sortir de cette situation de crise », a affirmé Jean-Bosco Mwaka.

Le gouvernement congolais a signé depuis le 27 février 2013 un contrat de performance avec la Société nationale d’électricité (SNEL) et la REGIDESO. Il s’est engagé à apurer ses dettes vis-à-vis de ces deux entreprises et à payer régulièrement ses factures. Les deux entreprises ont promis, quant à elles, d’améliorer leur desserte en eau et en électricité. Mais à ce jour, il n’a payé qu’une partie de ses dettes.

Un engagement non respecté

« Sur la clause la plus importante du contrat de performance, l’Etat congolais avait pris l’engagement de payer les consommations des instances officielles. Malheureusement, sur toute l’année 2013, aucune facture n’a été payée. Les quelques payements qui sont tombés vers le mois de mars sont ceux qui se rapportaient à l’année 2012 », a indiqué Jean-Bosco Mwaka.

Pour lui, lorsque les travailleurs ne sont pas payés parce que l’Etat leur doit beaucoup d’argent, ils ne seront pas motivés pour bien travailler.

« Quand les travailleurs sont payés en retard ou ne le sont pas, comment voulez-vous qu’ils soient performants ? », s’interroge Jean-Bosco Mwaka, qui appelle l’Etat congolais à payer ses dettes.

« Nous demandons à l’Etat de payer ses factures. Que le président de la République instruise le Premier ministre et le ministre des Finances de manière à payer ses dettes pour permettre à la REGIDESO de maintenir l’exploitation. Le service de l’eau demande beaucoup d’argent », a poursuivi le secrétaire général du SYNATREG.

Même cas de figure ailleurs

Cette situation est loin d’être l’apanage d’une seule entreprise du portefeuille de l’Etat. Au sein d’autres entreprises, c’est la même désolation. C’est le cas notamment de la Congolaise des Hydrocarbures (COHYDRO) qui détient depuis plusieurs années déjà une créance de plus de 18 millions USD sur l’Etat. A en croire des sources sur place, « cette créance est consécutive à plusieurs prélèvements de carburant effectués depuis 1998, l’année de la guerre dite d’agression du Rwanda ».

Pour faire face à la rébellion armée par ce pays et combattre son bras séculier en RDC, le régime en place avait fait recours à l’entreprise pétrolière nationale au moment où tous les majors de la profession rechignaient à voler au secours de Laurent Désiré Kabila.

Ce dernier avait dû se résoudre à s’appuyer sur la compagnie pétrolière nationale pour soutenir les troupes au front. A la fin de la guerre, une commission dirigée par l’un des quatre-vice présidents avait été instituée pour statuer sur les dettes et créances croisées entre les deux parties. Une créance de 18 millions avait alors été retenue, puis certifiée en faveur de la COHYDRO. Depuis, plus rien.

La même entreprise a été obligée de se départir de ses actions détenues dans ELF-RDC, devenue TOTAL. Montant estimé de ces actions acquises pourtant à titre onéreux : 40 millions de dollars américains.  A ce jour, on n’a rien vu venir et COHYDRO n’a que ses yeux pour pleurer.

Pareil à la SCPT, à l’ex-OCPT et aux Lignes aériennes congolaises (LAC). Conséquence tragi-comique de cette gestion hasardeuse, aux LAC, les agents attendent un salaire hypothétique depuis 230 mois.