Des taux d’intérêt très exorbitants

Les banques commerciales et les institutions de micro-finance ne cessent de violer le cadre légal, réglementaire et institutionnel qui les régisse, spécialement en matière de crédits à la consommation octroyés aux particuliers.

Une des agences BIAC dans la commune de la Gombe.

Une des agences BIAC dans la commune de la Gombe.

« Avant d’exercer ses activités sur le territoire de la République démocratique du Congo, toute institution de micro-finance est agréée par la Banque centrale du Congo », stipule la loi du 15 septembre 2011 sur les activités de la micro-finance. En septembre 2002, l’instruction du 13 septembre 2002 de la Banque centrale du Congo (BCC) fixait les conditions ainsi que la procédure d’octroi et de retrait d’agrément des institutions de micro-finance. De même, aucune banque commerciale ne peut devenir opérationnelle sans l’aval préalable de la BCC, autorité de réglementation, d’agrément et de suspension de tous les établissements financiers. Ce qui explique l’expansion des banques commerciales ainsi que des institutions de micro-finance (IMF) sur le territoire congolais, particulièrement dans les grandes agglomérations. A ce propos, un rapport de la BCC publié en 2012 montre que le secteur financier congolais a connu une évolution positive ces dernières années, en tenant compte de l’augmentation du volume de l’épargne collective et de l’accroissement des crédits consentis aux ménages. Cette augmentation, poursuit le rapport, s’observe aussi par le nombre important de Congolais qui accèdent à la micro-finance. Cela dit, les institutions financières continuent à opérer sur tout le territoire national dans une sorte de mépris systématique des instructions de la Banque nationale sur les taux d’intérêt à appliquer.

Des retenues à la source  

Avec l’expansion des banques commerciales et des institutions de micro-finance, le crédit bancaire, par rapport aux années antérieures, est plus accessible aux différentes couches de la population congolaise. La politique de bancarisation des fonctionnaires et agents de l’Etat, en 2012, a poussé les banques commerciales à octroyer des crédits à leurs clients fonctionnaires. A la Bank of Africa (BOA), par exemple, les fonctionnaires et agents de l’Etat souscrivent, depuis 2013, au « crédit scolaire » pour préparer la rentrée scolaire et la rentrée académique de leur progéniture. Raw Bank, la BIAC, et beaucoup sont dans cette dynamique. Mais, tous ces établissements financiers, sans distinction, sont accusés de soumettre leurs clients à des conditions très difficiles de remboursement des emprunts sollicités. Parmi ces conditions, les emprunteurs parlent de taux d’intérêt excessifs, d’échéanciers courts et de retenues exagérées faites à la source sur leurs salaires. Toutes les banques commerciales et les institutions de micro-finance appliquent un taux d’intérêt qui avoisine les 20 %, contrairement à la directive de la BCC qui joue le rôle de régulateur et qui limite son taux directeur à 2 %. Cet entêtement a toujours provoqué le courroux de la BCC qui ne cesse de les rappeler vainement à l’ordre, étant donné qu’elles ne sont jamais sanctionnées. Selon un client de la BOA, qui venait de solliciter encore un crédit cette année, le taux d’intérêt avoisinerait 30 %. Et d’ajouter : « Ils ont amputé presque 81 000 francs de mon salaire de 225 000 francs. Cet emprunt, équivalant à trois mois de mon salaire, est à rembourser dans les dix mois. » Cependant, selon la loi, les banques ne peuvent pas retenir plus de 30 % du salaire mensuel d’un demandeur de crédit. A Raw Bank, ce taux est de plus de 40 % en monnaie locale, et varie lorsque l’emprunt est sollicité en devise étrangère. Entre les clients et les banques, la confiance s’est évaporée. Déjà, en 2010, le président de l’Association congolaise des banques, Michel Losembe, soulevait la question sur les ondes d’une radio locale : « Mais comment rétablir la confiance si on refuse à certaines personnes un crédit correspondant à neuf mois de leurs salaires mensuels, alors qu’elles sont fidèles à leur banque depuis plus de cinq ans ? » Cela reste d’actualité.