Etablissement scolaire ou commercial ?

La recherche du gain économique supplante l’encadrement pédagogique, dans la plupart des écoles d’enseignement primaire, secondaire et professionnel du pays. C’est un danger réel pour un meilleur encadrement des élèves

Les exigences financières de la plupart des écoles ne riment souvent pas avec la qualité de l’enseignement. (BEF)

Les exigences financières de la plupart des écoles ne riment souvent pas avec la qualité de l’enseignement. (BEF)

En RDC, il n’y a pas plus cauchemardesque pour les parents que la période de la rentrée scolaire. Outre l’obligation de payer les fournitures scolaires, ils ont devant eux, des établissements scolaires, publics ou privés, qui leur exigent des frais généralement exorbitants par rapport à leur revenu. Frais d’inscription, frais scolaires, frais de fournitures à acheter à l’école… la note est bien salée. Cette surenchère est plus observable dans des écoles privées, qui naissent comme des unités purement commerciales.

Les frais scolaires varient, annuellement, selon les écoles. Dans certaines, ils peuvent aller jusqu’à 1 000 dollars, au niveau de la maternelle, du primaire et du secondaire. Les uniformes sont désormais vendus dans des écoles, à un prix beaucoup plus élevé qu’au marché. L’année dernière, le gouvernement provincial de Kinshasa avait interdit cette pratique, sans trop de suivi.

Selon la loi cadre de l’enseignement national, revu en février 2014, « tout système éducatif a pour objectif de transmettre aux enfants des connaissances, des savoirs et une culture commune ». La législation consacre, à cet effet, une prépondérance de la mission pédagogique des établissements d’enseignement public, conventionné ou privé.

Problème de viabilité 

L’objectif pédagogique semble laisser dangereusement place à la recherche du gain économique. Les exigences financières de la plupart des écoles ne riment souvent pas avec la qualité de l’enseignement, car il se pose un réel problème de viabilité. Le recrutement des enseignants n’obéit pas souvent au critérium de compétence, constate le professeur Mopondi Bendeko de l’Université pédagogique nationale (UPN). Certains promoteurs passent pour des « donneurs de diplômes d’Etat », en garantissant les 100% de réussite aux élèves, question d’attirer plus d’inscription. « Aujourd’hui, il suffit d’avoir de l’argent pour inscrire son élève dans n’importe quelle classe. Les documents de suivi du parcours de l’élève, comme par exemple les bulletins, ne sont plus nécessaires. Le test d’admission, s’il existe, n’est là que pour remplir des formalités administratives », se désole un parent. Le problème de manuels scolaires se pose toujours avec acuité. Rares, sont des écoles qui disposent des bibliothèques. L’environnement de certaines écoles laisse également à désirer. Elles sont construites, côte à côte, avec des débits de boissons, églises et centres commerciaux, producteurs de pollutions sonores à longueur des journées. Elles ne prévoient, souvent, pas d’espace pour les activités sportives, telles que le recommande la réglementation.

Tout système éducatif a pour objectif de transmettre aux enfants des connaissances, des savoirs et une culture commune.

Loi cadre de l’enseignement national

Pour certains observateurs, l’Inspection générale, service technique chargé du contrôle de la promotion de l’enseignement national du sous-secteur de l’EPSP, ainsi que de l’éducation scolaire, ne joue pas convenablement son rôle de police du secteur. « La largesse des instances agréant les établissements scolaires, comme des petites boutiques, étant souvent au rendez-vous, le non-permis devient alors tolérable et cela ne contribue nullement à la qualité de l’enseignement », fustige un enseignant du secteur public. « Les inspecteurs de l’EPSP, dans leur mission de visiter les écoles, de contrôler leur marche, d’observer, d’apprécier, de conseiller, de former le personnel enseignant et de contrôler son niveau de rendement, d’organiser les jurys et l’évaluation pédagogique de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel ne sanctionnent que rarement des écoles, alors qu’il y a trop de dérapages », note-t-il.

Démission financière de l’Etat

Parmi les innovations apportées dans la loi-cadre de l’enseignement national, il y a celle qui permet aux établissements, centres publics et privés agréés d’enseignement national de créer et développer des activités d’autofinancement. Cette disposition qui soustrait l’Etat d’un certain nombre d’obligations financières est vue comme une manière d’encourager le dérapage commercial de certains établissements. « Quand l’Etat perd la main, il perd évidemment le contrôle de ce secteur clé », remarque un inspecteur du secteur.

Ces innovations arrivent alors que plusieurs observateurs dénoncent l’insuffisance du budget alloué au secteur de l’enseignement et qui entraine souvent la rareté et parfois, l’absence totale des frais de fonctionnement. L’Ong Ligue de la zone Afrique pour la défense des droits des enfants et élèves (Lizadeel) est parmi les structures qui déplorent la baisse du niveau de l’enseignement en RDC. Elle plaide ainsi pour l’augmentation à 35 % du budget alloué au secteur de l’éducation. Pour le moment, 15% du budget de l’Etat sont réservés au secteur de l’éducation, un chiffre en dessous de 20% des recommandés par l’Unesco.par ailleurs, l’effectivité de la gratuité de l’école primaire se fait toujours attendre. La gratuité accordée aux élèves de première à la cinquième année du primaire de neuf provinces, exception faite pour ceux de Kinshasa et Lubumbashi, ne concerne que des frais de minerval qui tournent, autour de 2.000 francs. La fameuse prise en charge des enseignants, qui pèse très lourd pour les parents depuis de décennies, n’est pas prise en compte par le gouvernement. Avec cette démission financière de l’Etat, assainir ce sous secteur qui a besoin des réformes, devient hypothétique.