Gouvernement de cohésion nationale : Les raisons du blocage

Le Président de la Rép Dém. du Congo Joseph KABILA

Le Président de la Rép Dém. du Congo Joseph KABILA

Ce fut un mercredi 23 Octobre 2013 que le Chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange a annoncé dans son discours à la Nation, à travers les deux Chambres réunies au Palais du Peuple, la formation d’un Gouvernement de cohésion nationale avec pour principale mission :’’rompre avec l’inadéquation entre l’évolution positive des indicateurs macro-économiques et le vécu quotidien de la population’’.

Cette vision du Président de la République résulte du constat selon lequel malgré la stabilité du cadre macro-économique, du fait de la maîtrise des principaux paramètres, le social du congolais ne s’améliore pas, le pouvoir d’achat s’effrite et les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. Aussi, faut-il le rappeler, la formation de ce gouvernement de cohésion nationale est l’une de 679 recommandations issues des Concertations nationales.

Du coup, tous les Etats-majors ont été mis en mouvement et les contacts dans les rangs des partis politiques toutes tendances confondues et à la société civile se sont multipliés. En effet, tout le monde sait qu’en RDC, le gouvernement est la seule « entreprise» qui paie bien parce qu’on y va avec ses amis, sa famille…

Mais hélas, voilà que l’enthousiasme suscité par le discours du Raïs n’a été que de courte durée. Chaque jour qui passe, les gens s’interrogent et spéculent sans que quelqu’un de sûr n’apporte de réponse .Du côté de la famille politique du Chef de l’Etat, on est serein en disant que le chef prend tout son temps. D’ailleurs, argue-t-on, «on ne force pas la main du chef». A l’Opposition politique, certains, comme l’UNC de Vital Kamerhe dit ne pas être surprise. Ce gouvernement déjà annoncé par le président du Sénat Kengo wa Dondo ne visait qu’un seul objectif, à savoir, embarquer toute la classe politique, pouvoir et opposition dans le navire Concertations nationales. On avait besoin du jus et adieu le fruit asséché, croit-on savoir. D’autres y croient encore et veulent même faire le Saint Thomas.

Face à cette situation, BUSINESS ET FINANCES a passé trois jours de contact au Palais du Peuple, ce haut lieu de la démocratie et de la politique par excellence pour échanger avec des acteurs politiques. Les échanges se sont poursuivis dans des salons huppés de la Gombe et de Ma Campagne. Il en ressort de ce partage que la formation du gouvernement de cohésion nationale est bloquée pour deux raisons principales. Il s’agit de son animateur et de la présence de la vraie opposition en son sein.

En effet, la famille politique du Chef de l’Etat, particulièrement le parti dont il est l’autorité morale ne veut pas lâcher la primature. Elle plaide pour Matata II malgré le fait que le schéma ne fasse pas l’unanimité. Les durs pensent que procéder juste à un remaniement technique n’aura rien du gouvernement de cohésion nationale. Le changement doit être profond, radical et intégral, s’est exprimé un cadre de cette famille sous couvert d’anonymat. Qui donc placer ? C’est l’énigme.

S’agissant de l’entrée de l’Opposition, des opérateurs politiques ont rapporté qu’au-delà de nombreux opposants qui veulent faire partie librement de l’Exécutif national et ceux « débauchés », un parti politique reconnu par tous comme celui de la vraie opposition en RDC doit donner officiellement son quitus pour faire partie du gouvernement de cohésion nationale. Au début, le pouvoir misait sur le MLC, l’UDPS et l’UNC s’étant déjà déclarées non partantes pour « la nouvelle aventure ». Cependant, avec le revirement de son leader, le MLC s’est rétracté.

Avec qui donc voyager ? Et pourtant, l’on sent déjà le gouvernement actuel essoufflé. Il suffit de suivre le compte-rendu des réunions de la troïka, c’est plusieurs fois du déjà dit. Pour faire honneur à ce gouvernement qui a tout de même mené de grandes actions, le Chef de l’Etat l’aiderait à sortir ou lui-même l’Exécutif penserait à quitter le navire avant que celui-ci ne chavire. L’histoire nous renseigne que plusieurs personnes ont déjà eu ce courage. Pensons au Pape Benoit XVI et plus près de nous, le Patriarche qui n’a pas réussi à faire trembler la terre.