La CÉMAC s’attend à un déficit de plus 1,8 milliard de dollard pour 2015

La Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale est en proie à des défis d’ordre sécuritaire, économique et financière qui plombent son décollage. 

Un site d’exploitation Shell dans le golfe de Guinée.

Un site d’exploitation Shell dans le golfe de Guinée.

Asphyxiée par les effets de la chute des cours du pétrole et d’autres matières premières, la zone Cémac doit s’attendre à un déficit de plus de 925 milliards de francs CFA (1,8 milliard de dollars), cette année. La nouvelle a été rendue publique, la semaine dernière, par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Selon l’institution bancaire, la chute des cours du pétrole va faire « peser sur les économies régionales le risque d’une dégradation tant du compte courant que des comptes publics, y compris d’un recul sensible des réserves de change ».  Cette perspective « se traduirait par un recours accru des États aux avances statutaires de la Banque centrale dans la quasi-totalité des pays », a indiqué l’économiste Bertrand Besse Ngniah. « En définitive, la gestion des finances publiques des pays de la Cémac laisserait apparaître des besoins de financements importants, qui atteindraient 925,7 milliards en 2015. Le bouclage de ces gaps de financements demeure un sujet de préoccupation majeure dans la Cémac », selon cet économiste.

La couverture des besoins de financement des finances publiques devrait « se manifester à travers l’accélération de l’endettement public en général et de l’endettement public intérieur en particulier, compte tenu de l’engouement que connaissent actuellement les émissions obligataires », a-t-on avancé du côté de la BEAC.

C’est ainsi qu’il ne serait pas étonnant de remarquer que « le taux d’endettement public extérieur passerait ainsi de 17 % du PIB en 2014 à 23 % du PIB en 2015 », d’après Besse Ngniah.

3,8 mois d’importations des biens et services

Les prévisions de la BEAC augurent aussi une baisse des réserves de change de l’ordre de 7 872,7 milliards en 2014, à 6 006,1 milliards en 2015, soit un recul de près de 24 %, et un taux de couverture extérieure de 79,2 % en 2015, contre 89,8 % en 2014.

De l’avis de Besse Ngniah, « les avoirs extérieurs bruts de la BEAC ne représenteraient plus que 3,8 mois d’importations des biens et services, contre 4,7 mois à fin 2014 ». Les difficultés générées dans la région par un contexte économique caractérisé par des tensions sécuritaires dues à la crise en République Centrafricaine (RCA), puis la menace de Boko Haram au Cameroun et au Tchad, ont amené la BEAC à abaisser à 4,2% ses prévisions de croissance de 2015, initialement portées à 5%, après les estimations de 4,4% en 2014.

L’institution entrevoit que l’inflation devrait atteindre 2,8% alors que le déficit budgétaire s’établirait à -6,3% du PIB. Le déficit du compte extérieur courant devrait plonger à  -20% du PIB, contre -9,5% en 2014 et -6,8% en 2013.

Abaga Nchama, le gouverneur de la BEAC, banque commune au Cameroun, au Congo, à la Guinée Equatoriale, à la République centrafricaine, au Gabon et au Tchad, a appelé les pays de la région à accélérer la diversification de leurs économies trop dépendantes de l’or noir. La BEAC a, par ailleurs, maintenu inchangé son taux directeur, à 2,95%, rapporte l’Agence Écofin.

La sous-région de la Cémac compte encore des partenaires susceptibles de lui venir en appui. C’est dans cette optique qu’elle a reçu, le mois dernier, un financement  évalué à 68 millions d’euros (près de 45 milliards de francs CFA) octroyé par l’Union européenne (UE) dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme d’appui au commerce et à l’intégration économique (PACIE.

Se concerter pour améliorer l’harmonisation des politiques fiscales

Selon le chef de la délégation de l’UE au Cameroun, l’ambassadeur Françoise Collet, ce programme d’appui  est entièrement financé par l’UE, à travers le 10ème Fonds européen de développement (FED).  Il sera mis en œuvre pour une durée de 25 mois et prend en compte tous les  pays membres de la Cémac, et intègre également la République démocratique du Congo et Sao Tomé- et-Principe.

L’objectif  visé par ce plan est de « permettre le renforcement des capacités des acteurs régionaux, nationaux et locaux afin de créer les conditions de mise en œuvre du nouveau cadre harmonisé des finances publiques de la Cémac, et de consolider les réformes fiscales et douanières à l’œuvre dans la sous-région », a souligné le directeur du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, Abdoulaye Mar Dieye, cité par l’Agence Écofin.

La mise en œuvre du plan est placée sous la responsabilité de la Commission de la Cémac.  Les États membres sont exhortés, alors régulièrement, à « se concerter au niveau régional pour améliorer l’harmonisation de leur politique fiscale qui passe par des mesures d’optimisation du régime des exonérations, d’élimination de la double imposition ou de lutte contre la fraude fiscale pour permettre l’augmentation des budgets nationaux en proie à une série de contraintes ».

Mais pour atteindre le but, il faudra relever les défis qu’imposent les contraintes, comme la baisse des aides financières extérieures, la chute des matières premières dont le pétrole, la persistance des tensions sécuritaires en RCA puis aux frontières du Cameroun et du Tchad, Paul Tasong, relève commissaire en charge du département des politiques économique, monétaire et financière.

Du fait de cette situation, « les pays de la région, essentiellement producteurs de pétrole, représentant près de 40% de leur PIB et environ 70% de leurs exportations, vont connaître d’importantes pertes de recettes budgétaires », d’après Jean Tchoffo, secrétaire général du ministère des Marchés publics et président du comité technique de suivi des réformes économiques du Cameroun, En l’espace de six mois, entre juillet 2014 et début 2015, l’or noir avait perdu autour de 50% de sa valeur sur le marché international.