L’acier usé de plus en plus recherché dans les fonderies

Face au besoin croissant de matériaux ferreux dans le secteur du bâtiment, les usines métallurgiques n’hésitent plus à recourir à des vieux métaux pour accroître leur production. Mais les jeunes ramasseurs de ces déchets s’indignent. 

Des ramasseurs de ferraille en pleine action.

Des ramasseurs de ferraille en pleine action.

Le boom immobilier qui s’observe dans la capitale a augmenté la demande en matériaux de construction. Les fonderies qui, autrefois produisaient une quantité limitée de métaux, ont doublé leur production. Ce qui a créé une sorte de pénurie au niveau des matières premières qui servent à la fabrication de barres de fer. Pour combler le déficit, quelques jeunes sont à l’affût du moindre métal usé afin de ravitailler ces usines. Pièces de rechange de véhicules, déchets en acier, appareils électroménagers hors d’usage, tout est demandé par les fonderies, avant, bien sûr de procéder au recyclage. « Nous achetons les déchets à la tonne. Le prix se discute selon la spécificité de ce qu’on nous amène. Nous demandons plus d’acier que de fontes », indique un agent de la fonderie Kinshasa Stell Mills (KSM), dans la commune de Limete. Cette entreprise n’hésite pas à recevoir dans sa concession des jeunes gens qui veulent vendre des métaux car elle en a énormément besoin. Après environ six ans de commerce de la ferraille, Kinshasa ne compte plus assez d’épaves de véhicules abandonnés ou d’autres déchets de la mitraille comme c’était le cas jadis. Plus les jours passent, plus les déchets se raréfient… « Nous n’en trouvons plus comme avant », regrette un jeune qui ne vit que de cela. « Nous recherchons des métaux dans les différentes parcelles et parfois dans la rue. Puisque ce que nous collectons est hors d’usage, nous les payons moins cher. Mais depuis que ce marché a suscité la curiosité de tous, les prix ont grimpé : 30 000 francs pour quelques kilos d’acier. Alors que les familles qui n’en avaient plus besoin nous les donnaient presque gratuitement», explique Trésor Nginamayo, un collecteur de déchets métalliques.

L’acier lourd très prisé

Les besoins des usines en acier sont en hausse. 

Métallurgiste.

Plusieurs fonderies dans le quartier Kingabwa, à Limete, ont la même préférence, d’après un vendeur. Plus le métal est lourd, mieux il est vendu. Les ferrailleurs sillonnent tout Kinshasa à la recherche de cette qualité d’acier. « A force d’aller vendre des déchets aux usines, je me suis fait une idée de ce que les patrons de fonderie préfèrent. Je collecte les métaux lourds, ceux qui sont pleins comme les tubes de transmission des véhicules, les tôles de la construction navale ou d’autres pièces en acier plein. Pour totaliser une tonne, je débourse 100 000 francs. Je revends la même tonne à la fonderie au prix de 200 000 francs », explique un recycleur. Pour le métallurgiste André Mfutila, les besoins des usines en acier sont en hausse. Lorsqu’elles achètent les déchets pour le recyclage, il y a un peu de tout. Mais dans certaines fonderies, c’est l’aimant de la machine qui sépare l’acier des autres composantes, notamment les fontes qui constituent les blocs-moteur et d’autres appareils électroménagers que les jeunes recycleurs amènent à l’usine. D’après lui, les métaux lourds s’achètent plus cher dans les fonderies parce qu’ils ont une grande quantité d’acier. « Mais j’ai vu certains Kinois remplir du sable mou dans le tube métallique et souder les deux bouts pour le rendre lourd, histoire de mieux gagner de l’argent à l’usine », constate-t-il. Les métaux lourds commencent par une feuille métallique de 2 mm d’épaisseur.

INFO BOX

  • La Fonderie Ledya Métal (FOLEMET), qui doit produire un minimum de 10 mille tonnes de barres d’acier par an, soit 30 % de la consommation nationale, estimée à 35 mille tonnes l’an, a besoin de plus de matières premières.