Le génie de la congolaise

L’édition foraine donne l’occasion à la junte féminine d’exposer au grand jour tout son savoir-faire. De plus en plus créatrice, et surtout dynamique, elle incarne l’espoir de l’émergence d’une classe moyenne que cherche le pays à travers des petites et moyennes entreprises. 

La femme congolaise est de plus en plus créatrice et dynamique. (Photo BEF)

La femme congolaise est de plus en plus créatrice et dynamique. (Photo BEF)

Babouches, bracelets, sacs, paillassons, portraits, chemises… tous ces articlesqui attirent la curiosité du public de la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN), sont exposés par Sophie Djoloko Nakueti, créatrice et entrepreneuse. Ces articles se distinguent des autres de par leur particularité artistique. Ils sont conçus à partir des sachets en plastique récupérés dans les rues, des débris de tissus textiles ramassés dans des ateliers de couture, du raphia et d’autres matières négligées. Une activité à la fois économique et écologique. « Nous chantons, dans l’hymne national, léguer ce pays à notre postérité. Avec des sachets et autres débris que nous jetons partout, on doit se demander si cette postérité pourra cultiver la bonne terre et avoir des bonnes semences agricoles », indique-t-elle.Cette patronne de l’établissement ‘’Yhâ Sô’’ exerce ses activités avec courage et détermination depuis 1991, à Kinshasa et à Kikwit. Elle envisage, pour bientôt, élargir son champ d’action à Kenge, dans la province de Bandundu. Outre les œuvres artistiques, ’’Yhâ Sô’’ développe, comme activité principale, l’agro-alimentaire avec la transformation des plantes de sésame en huile.Cette foire constitue pour Sophie Djoloko, une occasion bénie pour promouvoir ses produits et ainsi développer ses activités dans un environnement socio-économique précaire. Elle ne manque plus, depuis un certain temps, ce genre de rencontres. Elle a déjà été présente aux assises sur le lancement de la campagne agricole et à toutes les éditions de la foire de l’entrepreneuriat féminin qu’organise depuis quelques années le ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant. A travers son Ong, ‘’Telema mama Kikwit-Kinshasa’’ (TMK), elle transmet ses connaissances à la jeune génération par des formations. « On a toujours travaillé pour l’autonomisation de la jeune fille et du jeune garçon. C’est mieux d’apprendre un métier », indique celle qui est également sollicitéeen dehors de son Ong, pour les mêmes formations.

La source d’espoir 

Comme un symbole de l’incontestable contribution de la femme dans la lutte pour la survie des ménages durant des décennies de crise économique que traverse la société congolaise, une large majorité d’exposants à la FIKIN se recrutent parmi les femmes. Elles tiennent des stands de boisson, des restaurants et vendent, parfois à même le sol, des jouets, des produits de beauté et autres articles.

Un des principaux obstacles auxquels sont confrontées les femmes dans leur rôle d’entrepreneur est l’accès inégal au financement et aux autres possibilités de formation et de perfectionnement des compétences. Il existe aussi certaines dispositions juridiques qui rendent la prise d’initiatives pour favoriser le développement commercial difficile pour les femmes. Il en est ainsi de l›autorisation maritale pour l’ouverture d’un compte bancaire et même pour l’accès au Registre de commerce

Simon Mboso, ancien ministre des Petites et Moyennes entreprises

De plus en plus créatrice, et surtout dynamique, la congolaise, grâce à qui beaucoup de familles survivent face à la désagrégation du tissu économique engendrée par le chômage et des pertes de revenus, incarne la source d’espoir de l’émergence d’une classe moyenne que cherche le pays à travers des petites et moyennes entreprises. A travers ses initiatives, elle continue à démontrer qu’elle constitue un gisement important des capacités de développement de ce secteur. Cette édition foraine qui s’inscrit sous le thème « PME et PMI, moteur de développement de la RDC » semble bien proche de cette considération.

Obstacles

Le génie et l’initiative de la femme est bien là, mais elle donne l’air de tourner à rond. Raisons principales : elle est butée à plusieurs obstacles dont le difficile accès aux crédits bancaires pour les PME en RDC, le manque d’infrastructures et les tracasseries administratives et fiscales. « Nous avons l’intelligence et la volonté de mieux faire, mais nous manquons de soutien », rappelle Sophie Nakueti.

Dans la recherche des solutions aux différentes difficultés qu’elle rencontre, elle a allié son établissement à la plateforme Femmes entrepreneurs de la Confédération des petites et moyennes entreprises congolaises (FECO/COPEMECO). Association de femmes d’affaires du Congo (AFAC), Réseau des femmes leaders des Petites et moyennes entreprises (RFL-PME), l’Association de femmes chefs d’entreprises (ASOF), l’Association de femmes commerçantes du Congo (AMACO), «Muziki 100 Kilos» ou Association 100 Kilos… Elles sont de plus en plus nombreuses, depuis un certain temps, ces corporations des femmes entrepreneures qui tentent de s’organiser pour répondre à l’exigence du gouvernement qui encourage les uns et les autres à quitter l’informel et à s’organiser dans des PME, en vue de la création d’une classe moyenne qui manque au pays.

A l’ouverture de cette édition foraine, le 12juillet, le ministre de l’Economie et Commerce, Jean-Paul Nemoyato, a appelé les PME et PMI congolaises à « produire davantage pour tirer profit de la stabilisation durable du cadre macroéconomique du pays et à comprendre leur importance et leur rôle dans le développement économique du pays », étant donné que les PME constituent un facteur catalyseur pour la création d’une classe moyenne. »

Ces PME et PMI ont besoin de l’appui du gouvernement, pour développer leurs activités en se dotant notamment d’infrastructures adaptées. Ce qui pourrait même les permettre d’épargner beaucoup plus des fonds dans des banques afin de bénéficier facilement des crédits.

Pour le président de l’Association congolaise des banques (ACB), Michel Losembe, l’octroie des crédits bancaires aux PME est difficile parce que, souvent, le montant demandé est plus élevé par rapport à celui que les banques reçoivent. La demande en crédits, pour lui, est de très loin supérieure au montant de dépôt que les banques reçoivent de la Banque centrale du Congo, et que le taux d’intérêt lié à la RDC reste assez élevé.

Le ministère congolais de l’Industrie et des Petites et Moyennes entreprises estime à :

  • 6 000, le nombre des femmes d’affaires et chefs d’entreprises en RDC
  • 4 000 opèrent dans la seule capitale de Kinshasa.