Le gouvernement mise sur les Chinois

L’état général des routes dans la capitale laisse à désirer. La même antienne revient : les fonds manquent, conjoncture oblige. Mais, face à l’urgence, l’exécutif a décidé de réchauffer le contrat sino-congolais.

Des ouvriers de l’Office des voiries et drainage chargé de l’entretien des routes urbaines.

Des ouvriers de l’Office des voiries et drainage chargé de l’entretien des routes urbaines.

Les travaux de réhabilitation de la voirie de Kinshasa seront exécutés l’année prochaine pendant la saison sèche. Le ministre des Infrastructures et des Travaux publics, Fridolin Kasweshi, qui l’a annoncé le 2 décembre, indique que ces travaux s’inscrivent dans le cadre du programme sino-congolais. Le gouvernement, a-t-il souligné, attend un prêt de 16 millions de dollars. Répondant aux préoccupations des députés à l’hémicycle, à la suite d’une question orale sans débat posée par le député Néron Mbungu, Fridolin Kasweshi a soutenu que son ministère s’était concerté avec l’exécutif provincial de Kinshasa pour améliorer tant soit peu la situation par des interventions sélectives sur des points chauds.

Le ministre des Infrastructures et des Travaux publics a annoncé aux députés que la voirie de la capitale totalise un linéaire de 3 364 km, dont 679 km asphaltés,  soit plus de 40 % de l’ensemble des 7 433 km de voirie urbaine de tout le pays.  Le gouvernement dispose actuellement, pour la ville de Kinshasa, de plusieurs études sur les voiries dont celles du projet portant sur 22 artères d’une longueur totale de 66 km de voiries urbaines et 3 sites d’érosion sous financement de la Banque arabe de développement économique pour l’Afrique (BADEA).

L’argent, le nerf de la voirie 

Cinq des vingt-deux artères étudiées, Croix-Rouge (Kinshasa), Bianda (Mont Ngafula), Biangala (Lemba), Kimwenza (Kalamu) et Kisenso (Kisenso), qui représentent un linéaire total de 12,36 km, ont été sélectionnés pour le bitumage. Coût des travaux : 18 millions de dollars répartis à hauteur de 8 millions pour la BADEA, 8 millions pour l’OFID et 2 millions pour le gouvernement. « À ce jour, les accords de prêt de 8 millions de dollars avec respectivement la BADEA et l’OFID ont déjà été signés et ont déjà eu l’approbation des deux Chambres du Parlement et ratifiés par les ordonnances-lois n°14/009 et 14/010 du 10 juin 2014 du président de la République. Le processus devant permettre l’exécution de ce projet prévu sur 24 mois est en cours », a fait remarquer le ministre des Infrastructures et des Travaux publics.

Cependant, la réalité des moyens financiers disponibles oblige les pouvoirs publics à y aller progressivement, a néanmoins précisé Fridolin Kasweshi. Durant les trois dernières années, les crédits les plus élevés accordés   à la voirie structurante, c’est-à-dire relevant du pouvoir central, n’ont été versés qu’en 2013. Ils représentent une enveloppe de plus de 15 milliards de francs. Dans une note technique transmise aux députés, on découvre, par exemple, que l’Office des voiries et des drainages (OVD) devrait entreprendre, en 2014, la lutte antiérosive autour de l’université de Kinshasa pour plus de 2, 2 milliards de francs. L’OVD devait maîtriser les têtes d’érosion de Bolikango et de Manenga (Ouest de Kinshasa) pour respectivement quelque 6,7 milliards et 5,6 milliards de francs en 2013. Les deux têtes d’érosion se font plus que jamais menaçantes à la suite des dernières pluies tombées sur la capitale. Dotée d’un crédit de 600 millions de francs dans le budget 2014, le projet de construction d’une digue au quartier Ndanu, dans la commune de Limete, a du plomb dans l’aile. C’est pareil pour le projet de réhabilitation de l’avenue Elengesa, qui sépare le quartier Kimbangu (commune de Kalamu) de la commune de Ngiri-Ngiri, repris dans un programme de plus de 3 milliards de francs.

Même les capitaux chinois ont fait défaut

Elengesa est pratiquement un boulevard de plus d’une dizaine de km qui relie les communes populeuses de Ngiri-Ngiri, Makala, Bumbu et Selembao. D’après les experts, sa réhabilitation permettra de désengorger l’avenue de la Libération (ex-24 Novembre) ainsi que l’avenue Kasa-Vubu. Autre artère susceptible de permettre la fluidité de la circulation dans la partie est de Kinshasa, l’avenue de la Paix. Le ministre des Infrastructures et des Travaux publics l’a reconnu devant les députés. Mais voilà doze ans que sa construction est chaque fois annoncée. Les travaux commencent, puis s’arrêtent brusquement après quelques mois. L’avenue de la Paix est longue de 14,5 km et fait partie des principales artères de la voirie de Kinshasa non encore revêtues de bitume.

En 2003, le Trésor public avait débloqué des fonds pour la modernisation de la voirie. Les travaux étaient confiés à l’entreprise MW Afritec. Mais ils ont été arrêtés faute de fonds pour procéder aux expropriations préalables des terrains sur l’emprise de la voie occupée par les populations riveraines. Pendant la même période, afin d’intervenir sur la route d’accès au quartier Salongo, sectionnée par des érosions à partir de la station Engen sur l’avenue By-Pass, MW Afritec avait reçu l’ordre d’effectuer les travaux de toute urgence sur le tronçon en utilisant des fonds encore disponibles provenant du projet de l’avenue de la Paix. Conséquence : l’arrêt complet du projet.

Cependant, à la faveur du contrat sino-congolais, la construction de l’avenue de la Paix est relancée. Mais les 48 millions de dollars attendus depuis mai 2009 pour le lancement des travaux posent problème. La Sino-congolaise des mines (SICOMINES), qui doit garantir le financement des infrastructures, n’a produit sa première tonne de cuivre qu’en octobre 2015, alors que le secteur minier traverse une période des vaches maigres. « Il se trouve que le volet minier ayant connu des difficultés de terrain dans sa concrétisation, le rythme des décaissements des financements pour la réalisation du volet infrastructures ne pouvait plus être soutenu comme initialement prévu », a expliqué Fridolin Kasweshi.

Pourtant, le lancement de la première partie de la première phase du  programme sino-congolais, avec un décaissement d’une enveloppe de 350 millions de dollars, a servi à la réalisation des projets sur l’avenue du Tourisme, la route Lutendele et l’hôpital du Cinquantenaire à Kinshasa, ainsi que les routes nationales n° 4, Beni-Luna, sur 60 km au Nord-Kivu et n° 5, Lubumbashi-Kasomeno, sur 137 km dans le Haut-Katanga. La planification de la deuxième partie de cette même phase, qui prévoyait un décaissement de 400 millions de dollars, concernait, parmi les projets retenus, l’avenue de la Paix pour laquelle un contrat avait même été signé avec l’entreprise chinoise Sinohydro. Dans le cadre de la relance du programme sino-congolais, la modernisation de l’avenue de la Paix interviendra aussitôt la saison sèche entamée car cette artère traverse une zone marécageuse.

Vers un péage sur By-Pass ? 

C’est dans le même contexte qu’il faut comprendre les difficultés actuelles pour assurer le trafic sur l’avenue By-Pass, sur sa section située entre le rond-point Salongo, le rond-point Ngaba et le Triangle de la Cité-Verte, longue de 13,7 km. Construite en 1981, l’avenue By-Pass, empruntée régulièrement par des véhicules poids lourd en provenance des ports de Boma et de Matadi, s’est fortement dégradée. Un projet a été élaboré en 2011 en vue de sa réhabilitation et sa modernisation en une chaussée de 4 bandes pour un montant de quelque 40 millions de dollars. Cependant, les fonds manquent pour les expropriations et les autres frais connexes relatifs aux délocalisations des concessionnaires. Il s’agit, entre autres, des tuyaux de la REGIDESO, des câbles de la Société nationale d’électricité (SNEL). Mais le projet n’a pas été aligné dans le budget de l’État des trois derniers exercices. Le ministre des Infrastructures et des Travaux publics a indiqué qu’il est envisagé actuellement de faire prendre en charge le projet de réhabilitation de l’avenue By-Pass sur la concession de la route Kinshasa-Matadi, déjà existante.

Il est question de veiller à la prorogation du délai de la concession et à la réduction de certaines charges relatives aux actions prévues sur le segment Kinshasa-Matadi. Un contrat de concession de onze ans a, en effet, été signé en 2008 entre le gouvernement et la firme chinoise CREC-7 à travers sa filiale SOPECE pour la gestion du péage sur la route nationale n°1 Kinshasa-Matadi. Les recettes de péage sur ce tronçon sont passées depuis 2015 à 3,5 millions de dollars par mois. En retour, les Chinois se sont engagés notamment à entretenir régulièrement la route Kinshasa-Matadi et à verser 130 000 dollars par mois à la province du Kongo-Central. Trois postes de péage ont été érigés entre Kinshasa et Matadi. Un quatrième pourrait voir le jour sur l’avenue By-Pass, selon certains camionneurs usagers de la nationale n°1. Fridolin Kasweshi ne l’a pas confirmé.

Entretien de routes 

De l’avis de nombreux députés, l’État doit revoir sa politique d’entretien de toutes les infrastructures routières. Depuis 2006, seulement 219 km de routes à deux bandes ont été réhabilités, souvent avec l’aide des partenaires techniques et financiers extérieurs. Il s’agit notamment de l’avenue Kasa-Vubu et la boucle Matonge sur un financement de la Banque mondiale ; les avenues Kabambare, Sergent Moke et Kabinda, sur un financement de l’Union européenne, alors que le Fonds kowétien a permis la réfection de l’avenue de la Libération, dont le tronçon rond-point Moulaert-UPN. La coopération japonaise a financé pour sa part les travaux de modernisation de l’avenue des Poids-Lourds. L’avenue du Tourisme, ainsi que les boulevards du 30-Juin et Lumumba, ont été modernisés et élargis dans le cadre du programme sino-congolais. Les travaux sur les deux dernières infrastructures routières ne sont pas encore achevés.