Le rêve américain

De plus en plus de Congolais tentent leur chance à la Loterie de la diversité (Diversity Lottery) pour une immigration aux états-Unis. Ce qui arrange les affaires des responsables de cybercafés, dont les bénéfices augmentent à cette occasion.

Des affiches à l’effigie du président Barack Obama sont visibles dans tous les cybercafés.

Des affiches à l’effigie du président Barack Obama sont visibles dans tous les cybercafés.

Se rendre aux états-Unis grâce à une loterie semble relever de l’impossible ou du rêve insensé. Pourtant, plus de 20 000 Congolais ont réussi l’exploit, si l’on peut dire, d’y aller par cette voie. Chaque année, d’autres envahissent les cybercafés pour tenter leur chance. L’Amérique attire plus que jamais, contre vents et marées.

Pour Jeancy Nyembo, 24 ans, jouer à la loterie DV-2016  est une occasion à saisir à tout prix pour s’offrir une place au soleil américain et oublier « les souffrances de la RDC ». Depuis 2008, il joue chaque année sans gagner, mais il garde  l’espoir. Au cybercafé Geratam, à Ngaliema, il tente à nouveau sa chance pour cette édition.

« Coûte que coûte, je finirai par gagner. Cette année, je l’espère, sera la bonne », affirme-t-il. Le visa de la diversité a été institué, depuis une dizaine d’années, par le Département d’Etat américain, qui accorde, chaque année, depuis le 1er octobre 1994, 50 000 visas de résidence permanente aux ressortissants des pays étrangers identifiés comme ayant un faible taux d’immigrants. La République démocratique du Congo en fait partie. Le processus s’achève toujours par un tirage au sort des personnes qui ont soumis électroniquement leur demande entre le 1er octobre et le 3 novembre de chaque année en remplissant un formulaire. Le demandeur doit être détenteur d’au moins un diplôme d’état ou avoir deux ans d’expérience professionnelle récente dans un métier qualifié. Les résultats sont publiés en mai de l’année suivante. Le voyage pour les gagnants de cette année est prévu en 2016. D’où l’appellation DV-2016. Une opportunité que chacun veut saisir pour rejoindre, comme dans un rêve, le pays de l’Oncle Sam. Plus de 22 000 Congolais ont été sélectionnés pour immigrer aux états-Unis entre 2010 et 2015, selon Alex Litichevsky, vice-consul de l’ambassade américaine  à Kinshasa, qui s’exprimait au cours d’une conférence de presse, le 6 octobre.

Une aubaine pour les cybercafés        

Les voyages sont bel et bien réels. Depuis la création de la loterie, de plus en plus de Congolais tentent leur chance. Dans cet engouement, les responsables des cybercafés se frottent les mains. C’est la période des vaches grasses. Les autres activités sont pratiquement suspendues. Priorité à la DV Lottery ! Des affiches à l’effigie du président Barack Obama, la statue de la liberté ou, encore, le drapeau américain sont visibles devant tous ces cybercafés. Dans l’un de ces endroits, situé au rond-point de l’avenue de la Démocratie (ex-avenue des Huileries), dans la commune de Lingwala, ce décor s’ajoute à un haut-parleur qui appelle les uns et les autres à venir tenter leur chance. « C’est une période qui nous permet de réaliser plus de recettes que d’habitude. Pour le moment, nous accueillons entre dix et quinze personnes par jour. La plupart ne viennent que pour jouer à la DV. Nous ne sommes qu’au début, ce chiffre a toujours une tendance à la hausse », affirme l’un des responsables de l’établissement. A ses côtés, une cliente, la quarantaine, remplit sa fiche d’inscription, après la séance de prise de photo. Dans ce cybercafé, on croit que les clients viennent parce que, notamment, les photos sont de meilleure qualité. « Nous utilisons un appareil professionnel, pour répondre aux normes exigées », commente un responsable qui affirme que, l’année dernière, plus de vingt personnes ayant joué dans son établissement ont été sélectionnées.

Faire la différence  

Glory House Agency n’est pas un cybercafé, mais une agence  créée en 2006, au quartier Bon-Marché, à Barumbu, pour s’occuper exclusivement de la loterie. Cette année, elle s’est installée également à Kintambo-Magasin. Sa particularité : accompagner les gagnants, grâce à un réseau de Congolais qui s’est formé aux Etats-Unis. A en croire un employé, Glory House Agency paye parfois les frais de voyage pour certains gagnants. Une fois aux états-Unis, ceux-ci remboursent  l’emprunt suivant un échéancier, avec un taux d’intérêt de 50 %. « Chaque année, au moins 50 personnes voyagent en jouant dans notre agence. Elles deviennent automatiquement nos partenaires une fois qu’elles arrivent aux états-Unis », indique-t-il.  L’autre particularité de l’agence, c’est d’aller annoncer les résultats à ses clients à leur domicile. En plus, une équipe de marketing se déploie dans le périmètre pour attirer des clients. Une fois la loterie terminée, l’agence garde son personnel qui s’occupe de la vente et de la maintenance des équipements informatiques.  Les prix fixés par chaque cybercafé varient entre 4500 et 9000 francs. Ce que déplore le consul américain, car le jeu est supposé être gratuit : « Il y a plusieurs personnes qui travaillent dans des cybercafés, qui en aident d’autres à jouer à la loterie. Mais malheureusement, il y a des fraudes. Je suis à Kinshasa et je vois beaucoup de panneaux qui indiquent 5 dollars ou 10 dollars. Il n’y a pas de frais pour jouer à la loterie. » Qu’à cela ne tienne, les Kinois sont de plus en plus tentés de jouer dans des cybercafés, plutôt qu’à domicile, question  d’avoir plus de chance de leur côté.