Les énergies renouvelables gagnent du terrain

C’est bien connu, la RDC connaît, depuis des années, un déficit énergétique important. Pour y remédier, des pistes nouvelles sont explorées. Parmi elles, l’exploitation de ce que le soleil peut fournir.

Un panneau solaire dans la commune de la Gombe, à Kinshasa.

Un panneau solaire dans la commune de la Gombe, à Kinshasa.

Les énergies renouvelables ne sont plus un concept abstrait. De plus en plus, à Kinshasa, il devient une réalité. Cela se traduit par l’utilisation, dans certains lieux publics, de l’énergie solaire et de la présence d’une dizaine d’acteurs dans la filière comme Congo Energie, Africa Solaire, Solar Energy, Alstrom Acec Congo… Toutes ces structures des organisations non-gouvernementales (ONG) nationales et internationales développent des stratégies et des initiatives à travers le pays en vue de dynamiser ce secteur. Les équipements solaires semblent, de plus en plus, trouver leur place. « Ce sont des sources sûres, non polluantes, permanentes et de longue durée pour l’approvisionnement en énergie électrique », indique Anatole Tatu, gérant à Africa Solaire… La RDC connaît un énorme déficit de fourniture en énergie électrique à une population estimée à plus de 60 millions d’habitants. Pourtant, le pays dispose d’un potentiel énergétique évalué à 40 %. Le taux d’accès à l’électricité, qui était de 9 % en 2011, est passé à 14 % en 2014 sur toute l’étendue du territoire national. « La consommation énergétique du pays est dominée à 95 % par l’usage du charbon de bois, contre seulement 3% pour l’électricité », avait reconnu dans une déclaration publique un membre du gouvernement.

La problématique de l’électricité 

Différents rapports relèvent également le paradoxe criant qui existe entre l’immensité des ressources énergétiques naturelles et le très faible taux d’accès de la population à l’électricité. L’écart, affirment-ils, est encore très important entre les milieux urbains et la campagne. À titre d’exemple Kinshasa a une couverture en électricité de 45 % contre 3 % seulement pour Kananga, le chef-lieu du Kasaï-Occidental.

La Société nationale d’électricité (SNEL) a du mal à jouer son rôle. Depuis presque une décennie, cette entreprise, « en pleine transformation », fournit du courant électrique à ses abonnés de manière irrégulière. La desserte est marquée par des délestages presque « institutionnalisés » créant ainsi, la nuit tombée, une symphonie harmonieuse entre les poches noires et les brins de lumière apparaissant par-ci par-là à travers les grandes agglomérations comme Kinshasa. Pour assurer le fonctionnement de leurs activités, beaucoup de responsables d’entreprises du pays, et même des particuliers, ont jugé bon de se doter de groupes électrogènes, considérés comme des sources d’approvisionnement alternatives pour pallier les coupures intempestives du courant électrique de la SNEL. Les multiples charges d’approvisionnement en carburant et lubrifiants ainsi que celles liées à l’entretien et à la maintenance de ces équipements ont fini par pousser certains opérateurs économiques, organismes privés et agences publiques à tourner leur regard ailleurs.

Des acteurs et des initiatives divers 

La société Congo Electric Motor, dont le directeur général est Gabriel Shabani, passe pour la pionnière dans le secteur des énergies propres. Cette entreprise a présenté au public, à la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN), le premier véhicule électrique sur le marché congolais baptisé « Green Wheel ». Coût : 30 000 dollars. Il n’a pas besoin de carburateur, de tuyau d’échappement, de filtre, encore moins de rétroviseur. D’autres entreprises spécialisées en conseils, études, vente et distribution d’équipements solaires s’installent de plus en plus. Elles proposent une panoplie d’articles, comme les panneaux portatifs (pour charger les téléphones portables), le réchaud, le four, la cafetière, la radio, les ordinateurs, des lampes solaires à 70 dollars, ainsi que des congélateurs, tous alimentés en électricité par un dispositif solaire. On trouve également en vente des kits solaires permettant de fournir de l’électricité de manière discontinue et pour une longue période évaluée entre 5 et 10 ans. Selon le gérant d’un de ces magasins, le coût d’un kit simple produisant une puissance de 1200 watts est estimé à 3000 dollars. Il comprend un panneau solaire, un régulateur (160 dollars), un convertisseur ou onduleur XTS de 1200 watts (1500 dollars), une batterie de 150 ampères (600 dollars), ainsi qu’une télécommande (370 dollars). L’équipement installé est protégé par un parafoudre double option DC (courant continu) et AC (courant alternatif), pour lui assurer sa longévité. Le kit simple, indique le même spécialiste, est amplement suffisant pour alimenter en énergie électrique deux à trois ampoules électriques, une radio, un poste téléviseur, un mini-frigo et des chargeurs de téléphones portables.

Évaluation technique préalable 

L’achat de ces matériels est précédé, au préalable, d’une évaluation technique des besoins en énergie électrique du client. Une fois le kit acquis, chacune de ces entreprises met à la disposition de l’acquéreur des techniciens chargés d’assurer l’installation de ce dispositif sur le site convenu. L’entreprise assiste les clients par différents conseils techniques et leur accorde une garantie d’une année. Elle s’engage de même à assurer la maintenance des équipements en cas d’éventuelles anomalies durant cette période. Ces services sont exempts de tout frais. « Les Congolais sont nettement intéressés par cette technologie ; mais le coût n’est pas à la portée de tout le monde », note un des responsables. Conséquence : ce sont les organismes privés et des agences publiques qui sont les premiers à se procurer cette technologie qui leur épargne divers désagréments pour la fourniture en énergie électrique.

En 2010 déjà, le Commissariat au Cinquantenaire avait opté pour l’installation de 500 lampadaires solaires sur la place dite du Cinquantenaire ainsi que dans les terrains municipaux de football à Kinshasa, qui étaient fournis par la société Sun Energy. Le coût d’un lampadaire est de 3500 dollars. Le Programme alimentaire mondial (PAM), recourt depuis novembre 2014 à l’énergie solaire pour éclairer ses entrepôts à travers le pays (Kinshasa, Goma, Kalemie, Bunia et Bukavu). Le projet dit « Greening Planet », qui a permis la mutation vers le solaire, a coûté au PAM la somme de 309 000 dollars. Douze panneaux de 3 kW sont déjà opérationnels au dépôt de Kinshasa. L’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) a aussi jeté son dévolu sur cette technologie en posant des lampadaires solaires sur le boulevard Lumumba, sur le tronçon situé entre l’Échangeur et l’aéroport international de Ndjili.

Des centres de recherche créés

Pour développer le solaire, la ville de Kinshasa abrite trois centres de recherche créés par des privés et par des institutions d’enseignement universitaire et supérieur venant en appui à la percée de la technologie solaire en RDC. Les universités et instituts supérieurs sont parmi les acteurs-clés dans le développement des énergies propres. L’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA), en partenariat avec l’université polytechnique de Valence (Espagne), a ouvert un centre de recherche en énergie renouvelable depuis janvier 2014. Ce centre a pour ambition de devenir un fournisseur de solutions et de composants en infrastructures d’électrification des milieux ruraux. L’université pédagogique nationale (UPN) dispose d’un groupe de chercheurs dans son département de chimie. Cette unité de recherche avait présenté au public, lors de l’Exposition de l’Enseignement universitaire et supérieur, en octobre 2012, un produit baptisé Biodiesel  pouvant être utilisé comme carburant pour des véhicules en combustion.

L’implication du gouvernement 

Le gouvernement n’est pas resté les bras croisés. En vue de permettre « l’accès pour tous à une énergie durable » et assurer l’efficacité énergétique, il s’est doté, en juillet 2014, d’un atlas énergétique, qui indique les multiples possibilités pour le pays de développer des solutions énergétiques adaptées à l’échelle de chaque province. La matérialisation de ces potentialités a nécessité la mise en place d’un Agenda national de l’accès pour tous à l’énergie durable à l’horizon 2030. Pour informer ses partenaires évoluant dans ce secteur, le gouvernement avait, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), organisé du 20 au 21 novembre 2014, le Forum national sur le développement des énergies renouvelables(FODER), à Kinshasa, sous le thème « Accès pour tous à l’énergie durable ». Ces assises étaient l’occasion indiquée pour mobiliser les partenaires techniques et financiers autour de l’Agenda national de l’accès pour tous à l’énergie durable à l’horizon 2030. Selon un spécialiste, le recours à l’énergie solaire présente un grand nombre d’avantages. « Celui qui s’engage dans cette voie peut oublier, sur 5 à 10 ans et voire plus, les soucis causés par les coupures intempestives du courant électrique, par le paiement de la facture mensuelle de consommation d’électricité et participe aux efforts internationaux visant la protection de l’environnement par la réduction de la pollution de l’atmosphère et l’émission des gaz à effet de serre ».