L’impact de la croissance en question

Le gouvernement ne se contente pas seulement de chiffres, il veut une évaluation sérieuse de l’impact de la croissance économique sur la réduction du chômage et de la pauvreté dans le pays.

Selon l’INPP, il y aura environ 30 millions de jeunes chômeurs d’ici 2030.

Selon l’INPP, il y aura environ 30 millions de jeunes chômeurs d’ici 2030.

Le gouvernement a chargé le vice-Premier ministre, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, Willy Makiashi, de lui présenter dans les prochains jours un rapport détaillé sur l’incidence de la croissance économique sur l’emploi. Selon l’Office national de l’emploi (ONEM), quelque 45 178 nouveaux emplois ont été créés entre 2010 et 2015, soit environ 12 % du nombre total dans les secteurs formel et informel. Pour Willy Makiashi, la création de nouveaux emplois est la conséquence de l’amélioration du cadre macroéconomique. Mais cet optimisme est tempéré par la Troïka stratégique du gouvernement qui veut du concret sur le plan social. D’où une évaluation sans complaisance de la situation s’impose. Dans l’opinion, on constate que la croissance économique ne contribue pas à réduire le chômage. Dans une perspective de développement, donner du travail et/ou aider les jeunes à créer leurs propres entreprises est une vision largement partagée. Mais dans un contexte de crise, il n’est pas aisé de savoir par où commencer.

Huit ans après son adoption, le gouvernement peine à mettre en œuvre sa politique en matière d’emploi, notamment sur son volet entrepreneuriat des jeunes. Le nombre des chômeurs ne fait qu’augmenter. Les chiffres sur l’évolution du chômage dans le pays contrastent. En dépit de la croissance économique, quelque 30 millions de jeunes d’ici 2030 seront demandeurs d’emplois, selon l’Institut national de préparation professionnelle (INPP).

Paradoxe

La problématique de la croissance économique et de l’emploi est donc relancée. Elle a été débattue en 2014 au cours d’un atelier national consacré aux thématiques de l’emploi et du chômage en République démocratique du Congo. Les participants étaient arrivés à une conclusion sans appel : la forte croissance économique de ces dix dernières années n’a pas permis de créer des emplois et de réduire sensiblement la pauvreté. En 2007, le gouvernement avait organisé un forum national sur l’emploi dont les recommandations semblent avoir été rangées dans les tiroirs au ministère de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale. Les participants à ce forum avaient défini une politique nationale de l’emploi. Willy Makiashi demande aujourd’hui que le gouvernement mobilise des ressources financières, matérielles et humaines pour la mise en œuvre de ce programme ambitieux. D’après lui, l’emploi des jeunes est un défi majeur pour l’exécutif.

Le vice-Premier ministre Makiashi reconnaît que le Plan national pour l’emploi des jeunes élaboré en 2008, n’est pas non plus appliqué. Chaque année, des milliers de jeunes sortis de l’université, peinent à se procurer un travail décent, chôment ou s’expatrient dans l’espoir de trouver une vie meilleure. La crise de l’emploi touche essentiellement les jeunes âgés de 15 à 35 ans. Dans cette tranche d’âge, ceux, qui ont 24 ans révolus, représentent plus de 44 %. Selon plusieurs enquêtes, il y aurait environ 24 millions de jeunes désoeuvrés au pays. Le taux d’activité des jeunes de moins de 25 ans est de 23,9 % en milieu urbain et de 40,4 % en milieu rural. Au niveau régional, le secrétariat exécutif de la Conférence internationale pour la région des Grands lacs (CIRGL) a été chargé par les chefs d’État des pays membres de l’élaboration d’une politique régionale en la matière.