Linafoot : Simon Kayoyo a claqué la porte

Fuite en avant ou souci de préserver sa dignité, le président a rendu le tablier deux ans après son élection à la tête de la Ligue.  

« J’ai démissionné pour des raisons de convenance personnelle ».

« J’ai démissionné pour des raisons de convenance personnelle ».

La démission de Simon Kayoyo a été annoncée à la presse au cours d’une concertation qui a réuni, le 19 mai à Kinshasa, le comité exécutif de la Fédération congolaise de football association (Fécofa) et le comité de gestion de la Ligue nationale de football (Linafoot).

Le caractère inopiné de cette démission a, non seulement, suscité diverses spéculations, mais aussi et surtout profondément divisé le milieu sportif congolais. Pour ses sympathisants, l’ex-président a pris une décision courageuse qui préserve sa dignité. Ses adversaires estiment, par contre, qu’il a tout simplement opéré une fuite en avant afin d’échapper à une éventuelle suspension de la part de la Fécofa.

Certaines indiscrétions laissent entendre que ceci est la conséquence des pressions qui auraient été exercées sur la Ligue nationale de football et son président. En substance, la Fécofa aurait intimé l’ordre à la Linafoot de retirer son calendrier des matches retour de la phase des plays off pour deux griefs. D’un côté, ce calendrier porterait les germes d’un conflit. De l’autre, il aurait été publié sans l’aval préalable du ministre des Sports. Or, le championnat devant prendre fin le 31 mai 2015, il revient au seul Ministère de décider de la prorogation ou non de la saison sportive.

Des interrogations

Le comportement du comité de gestion de la Linafoot suscite des interrogations. Comment entendait-il conduire la saison à terme alors que la tutelle politique et la Fécofa, qui gèrent le football congolais, n’avaient pas encore réagi ou donné des orientations à la problématique des violences dans les stades ?

De toutes les manières, il n’appartient pas à la Linafoot, par exemple, de « créer » des sanctions aux fins de réprimer les actes de violence perpétrés au cours  des matches. Le mieux à faire, pour elle, c’est de se référer aux textes mis à sa disposition par la Fécofa. Le comble, cette dernière n’a pu, des années durant, tenir des assemblées devant réajuster sa réglementation.

Quoi qu’il en soit des motifs, réels ou supposés, à la base de la démission du président Kayoyo, l’intéressé affirme avoir pris sa décision « pour des convenances personnelles ». Contacté par Business et Finances, il n’a pas non plus voulu commenter sa décision. « J’ai décidé de n’accorder aucune interview pour l’instant afin d’éviter la polémique au moment où la question de la prorogation du championnat est encore sous examen au ministère de Sports », a-t-il déclaré.

La Linafoot traverse une période trouble. D’après des sources concordantes, elle rencontre plusieurs obstacles liés à l’organisation du championnat. Ces obstacles ont pour noms : l’absence de sponsoring à la suite du retrait de Vodacom, la flambée des violences dans les stades, l’arbitrage complaisant, le report récurrent des matches et surtout le respect de la date butoir de la fin du championnat (31 mai).

Hypothèse

Par ailleurs, les sportifs chargent le président démissionnaire. Ils lui reprochent d’avoir dévoilé le calendrier de la phase retour sans réunir au préalable les clubs en vue de faire l’évaluation de la phase aller du play-off et, surtout, sans concertation aucune sur la violence dans les stades après que les dirigeants des clubs aient signé l’acte d’engagement contre ce fléau.

La liste des griefs s’allonge. Cette fois autour de l’instance habilitée à recevoir sa démission. Donat Tshimanga, vice-président de la Fécofa, tout en ayant pris acte de cette décision, estime que Simon Kayoyo n’a pas suivi la procédure. Il aurait dû s’adresser préalablement au comité de gestion de la Linafoot qui, à son tour, devait soumettre son cas à l’assemblée générale, organe habilité à décider en dernier ressort.

Aux dernières nouvelles, le dossier de Simon Kayoyo sera examiné au cours de la prochaine assemblée ordinaire de la Linafoot prévue avant le début de la saison sportive 2015-2016. Le démissionnaire n’a, jusqu’ici, pas encore été suivi par d’autres membres du comité de gestion. Son intérim est assuré par le deuxième vice-président Mpoyi en l’absence du premier vice-président.

Dans l’hypothèse où le ministre des Sports n’accorde pas la dérogation et que le championnat s’arrête en manche aller, l’AS V. Club de Kinshasa serait sacré champion de la Linafoot cette saison avec 21 points, talonnée par le TP Mazembe (20 points) et le Cercle sportif Don Bosco de Lubumbashi (15 points).