L’or a bonne mine

Le gouvernement espère pouvoir tripler, d’ici la fin de l’année, la production aurifère industrielle. Ce serait une performance remarquable pour une filière qui se relance à peine. Toutefois, la question de l’assainissement du secteur minier reste pendante. 

La production industrielle de l’or devrait tripler cette année en RDC.

La production industrielle de l’or devrait tripler cette année en RDC.

A l’occasion de la dernière conférence de l’« IPAD RDC Mines et Infrastructures » à Kinshasa,  le ministre des Mines, Martin Kabwelulu, a annoncé que la République démocratique du Congo devrait atteindre 18 tonnes de production aurifère cette année. Le pays pourra donc tripler sa production par rapport à 2013, où elle s’était située à 6,149 tonnes contre 2,411 tonnes en 2012, selon la Chambre des mines. En 2007, elle était de 100 kilogrammes. Dans son rapport sur l’industrie minière, publié en juillet, la Chambre des mines note que cette « augmentation spectaculaire de la production industrielle d’or s’explique par le démarrage effectif de plusieurs projets qui étaient en phase de construction. » Le plus important de ces projets est celui de Kibali Gold Mining dans son usine de traitement à Doko, dans le territoire de Watsa, en Province-Orientale. Cette société mixte, détenue à 45 % par la sud-africaine Rangold Resources, à 45 % par sa compatriote AngloGold Ashanti, et à 10% par l’état congolais, a investi plus de 2,5 milliards de dollars dans ce secteur, avant de produire son premier lingot d’or en septembre 2013.  Pour cette année, elle prévoit, à elle seule, une production de 550 000 onces d’or, soit 15,6 tonnes. Ses réserves prouvées, qu’elle exploitera jusqu’en 2031, sont évaluées à 11,6 millions d’onces (329 tonnes d’or). Et il y a possibilité que ces chiffres augmentent.

Le plus dur reste à faire       

L’augmentation spectaculaire de la production industrielle d’or s’explique par le démarrage effectif de plusieurs projets.

Au-delà de cette bonne performance, d’aucuns estiment que le pays peut réaliser plus si le secteur était assaini. Un premier effort devra être engagé dans l’industrialisation de la plupart de ses réserves aurifères. Le rapport annuel du groupe d’experts des Nations unies, publié en 2013, indique que 98 % de l’or produit en République démocratique du Congo sont exportés frauduleusement, ce qui contribue au financement de nombreux groupes armés proliférant dans l’Est du pays. Selon une estimation du Service géologique des états-Unis (US Geological Survey) cité par le rapport, les mineurs artisanaux établis en RDC produisent environ 10 000 kilos d’or par an. Mais de janvier à octobre 2013, les exportations n’ont officiellement atteint que 180,76 kilos. Les experts évaluent également la valeur de l’or exporté clandestinement en 2013 à des montants oscillant entre 383 et 409 millions de dollars. En se fondant sur la valeur estimée du minerai, le rapport de l’ONU indique que le gouvernement congolais a perdu entre 7,7 et 8,2 millions de dollars en taxes durant l’année 2013. Bukavu, Butembo, Bunia, Ariwara et Kisangani ont été identifiées comme les principales villes de négoce pour l’exportation illégale de l’or. « La RDC et l’Ouganda perdent des millions de dollars chaque année à la suite de l’absence de perception de taxes et tolèrent un système qui finance les groupes armés en RDC », souligne le rapport. L’industrialisation de la filière aurifère a été handicapée par les conflits armés qui ont martyrisés la partie orientale depuis 1996. Cela a provoqué le départ des sociétés qui exploitent les ressources minières. Aujourd’hui, elles reviennent peu à peu pour développer leurs sites envahis, pour la plupart, par des creuseurs clandestins. Mais il y a également le code minier qui nécessite une révision pour, non seulement permettre à l’état de tirer profit de ses ressources, mais également améliorer le climat des affaires pour les investisseurs. L’actuel code minier est critiqué entre autres pour sa fiscalité « plus lourde et une clause de stabilité réduite à 3 ans. » La Chambre des mines démontre qu’« une loi minière orientée vers des intérêts à court terme aurait des effets négatifs sur le développement d’un secteur industriel. »

INFO BOX

Production industrielle de l’or :

  • 2007 : 100 kilogrammes,
  • 2012 : 2,411 tonnes,
  • 2013 : 6,149 tonnes,
  • 2014 : 18 tonnes (prévision).