ONG internationales : ce qui se cache derrière l’humanitaire

À l’Est, on est frappé par les enseignes des ONG internationales, de petite comme de grande taille, sur les véhicules et les devantures. On dirait que cette partie du pays a basculé dans les mains des organismes de financement, ces « experts » venus d’ailleurs. Pour eux, un impératif : le social. Mais derrière se cache parfois le profit. Faut-il en avoir peur ? GOMA, de notre envoyé spécial,

 

Les ONG ! Quelles ONG ? Malgré leur débarquement massif dans la partie Est de la République démocratique du Congo, les ONG – on ne citera aucune -, ces financiers de l’humanitaire dont la plupart aux dénominations mystérieuses, rivalisent d’ardeur pour… financer les projets sociaux à caractère communautaire dans divers secteurs de la vie, notamment la santé, l’éducation, l’eau… C’est une bonne chose pour soulager la souffrance des populations, surtout dans l’arrière-pays où les services sociaux de base ne sont pas toujours bien assurés.

À cette exception près, c’est le silence absolu sur le travail de ces « bénévoles » venus d’ailleurs. Sans doute parce qu’« on ne crache pas sur la main qui vous nourrit », sans doute aussi parce que les politiques sont un peu perdu (?), disons gênés quand il s’agit d’aborder le sujet. Parler des ONG, oui, mais desquelles ? Des organismes onusiens, ces mastodontes de l’humanitaire ? Des ONG qui dépendent de leur gouvernement ? Ou alors des ONG qui fonctionnent grâce à des contributions des privés ?

« Il faut avoir du courage pour s’en prendre aux « financements fainéants et dormants » qu’apportent toutes ces structures ou pour s’aventurer dans ce « bourbier », nous confie un ancien agent CICR rencontré à Munigi dans la périphérie de Goma. Ce père de famille aujourd’hui au chômage, sert de relais communautaire bénévole quand il en a le temps

Des profits rapaces

Si les politiques et les autres feignent de ne rien voir, cet homme de 57 ans, lui, a remarqué que toutes ces ONG ne sont pas là que pour de l’humanitaire. Derrière les rideaux, dit-il, il y a des « profits rapaces » : salaires astronomiques pour les experts expatriés, avantages divers (logement, véhicule et autres) qui ne cadrent pas avec la réalité du milieu d’intervention… et au final, rien que des miettes pour le projet proprement dit. En effet, sur 5 dollars investis dans le projet, 1 seulement va à la réalisation de ce projet. Jamais rassasiés, selon notre interlocuteur, ces entrepreneurs de l’humanitaire, qui cherchent parfois à se substituer à l’État dans certains endroits du pays.

Sans doute va-t-il falloir attendre que les ONG internationales arrivent à cette fin pour voir nos politiques pousser des cris d’orfraie et dénoncer « ces financements » qui osent dépouiller l’État, sans se rendre compte que ce dernier est déjà largement déplumé. Aujourd’hui, d’aucuns se réjouissent du taux de pénétration des ONG étrangères dans le pays pour soulager la misère des populations et pensent que « cracher au bassinet » n’est pas une garantie de tranquillité. 

Mais certains esprits chagrins, pourrait-on ainsi dire, regrettent que les « financements mirobolants » des ONG réalisés depuis plusieurs années n’aient pas transformé significativement la vie des populations, destinataires des projets sociaux.

C’est davantage la faute de nos dirigeants qui n’ont pas le « courage » de soumettre ces ONG à une évaluation permanente de leurs activités au pays. 

En fait, qui est qui ? Qui fait quoi et pour quel résultat ? Souvent diabolisées, accusées d’ingérence – on les présente parfois comme le « bras armé » des puissances occidentales pour contrôler les dirigeants des pays en développement ou comme un « instrument » au service du néocolonialisme -, les ONG internationales pratiquent en réalité une gestion plutôt « pépère » de leur portefeuille. 

Toutefois, un bémol : toutes ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines font honneur à leur statut et cherchent à changer la donne. Leur gestion « déménage » en fait parce que pour atteindre leur objectif, elles s’allient à d’autres structures locales pour plus d’efficacité dans l’action. Elles n’entendent pas se mêler des « choix stratégiques » des structures sous-traitées.

En effet, certaines ONG de haute volée, ont fait de cet « activisme » leur métier : elles prennent quelques (?) pourcents du financement et dictent leur loi en animant des campagnes et des séminaires, en faisant pression sur les sous-traitants et le gouvernement… Leurs méthodes de « maîtres chanteurs », parfois brutales, sont décriées, mais elles revendiquent avec fierté leur statut d’« humanitaires ». Criant sur tous les toits que la RDC ne tient que par leur barbichette pour la survie de ses populations paupérisées. 

Ces ONG se mettent à critiquer les congolais à la longueur des journées, en commençant par leurs dirigeants, de mauvaise gouvernance, de corrompus, de… alors que seul le ciel connait leur budget et ce qu’ils en font. Personne n’en a la moindre idée. Pas de rapport partagé avec les autorités congolaises et se vente « de transparentes dans la gestion » : Des donneuses des leçons.

Un cas d’école

Certes, aujourd’hui le ménage est loin d’être fait dans la plupart des cas, mais il faut changer la musique, nous dit cet habitant de Munigi, plein de sagesse, après avoir servi au sein du CICR. « Il faut passer d’une gestion à la papa à une gestion à la cravache », nous demande-t-il avec insistance de rapporter aux dirigeants politiques. Pour lui, l’affaire qui défraie la chronique pour le moment à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, entre l’ONG internationale Mercy Corps et Yme Grands lacs est un cas d’école. 

Voilà ce qui nous a mis la puce à l’oreille pour gratter sur cette affaire alors que – il faut l’avouer – ça n’a pas été le but principal de notre séjour dans cette ville. Selon notre interlocuteur, Mercy Corps cherche à opérer une « volte-face stratégique » alors que la gestion du projet EGN d’adduction d’eau (bornes fontaines) par le partenaire YGL est jugée « positive » par tous.

La logique humanitaire voudrait que les bénéficiaires du projet financé en leur faveur par une ONG internationale, se l’approprient… Mais l’effeuillage du projet va loin… souvent à l’insu des bailleurs de fonds. Une question qui ne risque guère d’émouvoir nos dirigeants politiques, eux qui bradent souvent à tout-va les intérêts des populations pour des avantages financiers égoïstes. « Comme les sauterelles quittent un territoire une fois qu’elles ne trouvent plus rien à y manger, les ONG se séparent rapidement des projets trop peu rentables pour eux », confie notre interlocuteur. Comment ? « Aujourd’hui, les humanitaires préfèrent se tourner vers ce qui dure. Ils veulent du résidentiel, ils regardent du côté de l’Est… Ils mènent les opérations douteuses à l’abri du regard du grand public », explique cet homme, qui apparemment en sait beaucoup.

Pour lui, la RDC n’échappe pas à la « razzia » des ONG étrangères. C’est un jackpot assuré ! Les salariés locaux s’émeuvent de la disparité de traitement entre eux et les employés étrangers. 

Il regrette que la RDC n’ait jamais été capable de mener une vraie politique publique de financement de l’humanitaire et ait du coup laissé le « champ libre » à ces « acteurs incontrôlables ». 

Pour un peu, on se croirait chez « Alice au pays des merveilles ». Ne rêvons pas trop tout de même. Si les ONG raniment des « belles endormies », elles n’en créent pas. Et l’on peut s’interroger sur la pérennité de leur action. 

« Jusqu’à présent, on a eu l’impression que l’on gagnait à tous les coups, mais la finance, c’est comme le loto ou le Pari Foot, pour qu’il y en ait qui décrochent le gros lot, il en faut aussi qui perdent », met en garde un spécialiste des ONG.