Quand la Banque africaine de développement sanctionne

Pour s’être livrée à des pratiques frauduleuses, une entreprise chinoise vient d’être mise à l’index par l’institution financière, qui lui retire toute possibilité d’obtenir le moindre contrat pendant trois ans. 

Uhuru highway à Nairobi, au Kenya. Un des multiples projets d’infrastucture financés par la BAD.

Uhuru highway à Nairobi, au Kenya. Un des multiples projets d’infrastucture financés par la BAD.

China First Highway Engineering Company (CFHEC) est une entreprise chinoise spécialisée dans la construction d’infrastructures, notamment les routes. Le 15 décembre, la Banque africaine de développement (BAD), l’a sanctionnée après qu’elle eût reconnu s’être livrée à des « pratiques frauduleuses et des manœuvres collusoires ». La sentence est une privation de bénéficier de tout contrat auprès de la BAD au cours des trois prochaines années. CFHEC devra, par ailleurs, payer une pénalité de 18, 86 millions de dollars. Cette somme servira à financer des projets de prévention et de lutte contre la corruption en Afrique.

L’affaire remonte à 2012. CFHEC répond à un appel d’offres pour obtenir un contrat financé par la BAD  dans le cadre de son Projet d’aménagement de la route Batshamba-Tshikapa, dans le Kasaï-Occidental, en République démocratique du Congo. Mais, pour monter dans l’estime de la banque afin de pouvoir arracher le contrat, la firme chinoise se fait passer pour ce qu’elle n’est pas : elle affirme avoir déjà signé, dans le passé, un contrat avec l’institution financière. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les Chinois vont même jusqu’à s’allier avec un concurrent dans la préparation des soumissions. C’était sans compter avec le Département de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de la BAD qui, au terme d’une enquête sur CFHEC, découvre la supercherie. La sanction est sans appel.

C’est la troisième fois, cette année, qu’une entreprise tombe dans les filets du Département de l’intégrité et de la lutte contre la corruption. La première victime, en mai, est Stramprogetti Netherlands BV. Cette société et trois autres, spécialisées dans la fourniture de services multinationaux d’ingénierie avaient constitué, en 1990, des joint-ventures afin de participer à des appels d’offres concernant un projet de construction d’usines de gaz naturel liquéfié au Nigeria financé par la BAD. Entre 1995 et 2004, elles ont déboursé 180 millions de dollars pour verser des pots-de-vin et, ainsi, récompenser ceux qui leur avaient facilité la tâche. Quand le pot aux roses a été découvert, Stramprogetti Netherlands BV et ses complices Kellog Brown & Root LLC, Technip SA, JGC Corp ont dû payer 5,7 millions de dollars à la BAD et écopé d’une exclusion de tout contrat durant trois ans.

En septembre, c’était au tour du britannique Eduteq d’être frappé. Les faits remontent à 2012 lorsque cette société avait participé à des appels d’offres financés, une fois de plus, par la BAD. Il s’agissait de livrer et d’installer des équipements destinés à un projet d’éducation et de formation en Érythrée. La fraude pour Eduteq a consisté en un « oubli » qui l’a conduite à ne pas parler de ses liens avec un consultant qui fournissait un soutien technique à l’Érythrée dans le cadre du même projet. Sanction : deux ans et demi d’exclusion de tout contrat avec la BAD. Toutes ces pratiques frauduleuses ont permis à la BAD d’empocher 22, 7 millions de dollars de sanctions financières.