Quand les gares se transforment en immenses centres commerciaux

Depuis que la SNCF a engagé son ambitieux plan de rénovation de ses gares parisiennes, l’espace dédié aux commerces y est de plus en plus important. Dans de nombreux pays étrangers, la pratique est courante. Et il s’agit pour la société française de rattraper son retard en la matière. 

Faire du shopping en attendant son train… De quoi satisfaire les besoins des passagers tout en s’assurant des ressources complémentaires bien utiles pour financer ces investissements. Des gares deviennent donc lieu de vie. Dernier exemple en date, la gare du Nord. La Société nationale française des chemins de fer (SNCF) vient en effet de lancer un appel d’offres pour y ajouter 150 commerces, répartis sur 23 000 m2, rapporte Le Figaro. L’an dernier, le groupe se fixait pour objectif de doubler ses revenus issus des surfaces commerciales d’ici 2023, les faisant passer de 180 à 360 millions d’euros par an. « Auparavant, les gares étaient mal famées et délaissées. Depuis sept ou huit ans, nous les transformons pour en faire des lieux de vie avec des commerces et des services tout en rationalisant les flux de voyageurs », a expliqué au Figaro Guillaume Pépy, président du directoire de la SNCF.

Anticipation

Avec 700 000 voyageurs par jour en transit gare du Nord, les futures boutiques profiteront d’une large fréquentation de passagers qui se laissent facilement tenter. Aux enseignes en doutent encore, la SNCF peut avancer le succès des 80 boutiques installées gare Saint-Lazare depuis 2012. La gare Montparnasse s’apprête elle aussi à se moderniser. Un programme de rénovation de 150 millions d’euros a été engagé avec un réaménagement qui conduira à la création de 19 000 m2 de surfaces commerciales et de plus de 100 boutiques, dont les premières devraient ouvrir fin 2018.

Là encore, la SNCF anticipe les retombées de ces investissements. Avec la mise en service des lignes à grande vitesse Paris-Bordeaux et Bretagne Pays de Loire, la gare Montparnasse devrait passer de 51 à 80 millions de visiteurs annuels d’ici 2030. Le projet d’agrandissement de la surface commerciale sera développé par la société Altarea Cogedim, qui assurera un chantier similaire gare d’Austerlitz. 85 boutiques vont y être créées sur 23 000 m2. Ce « centre commercial » devrait ouvrir d’ici 2021. À Paris, la gare du Nord va être agrandie. À Toulouse, une tour « végétalisée » de 150 m sera construite à côté du quartier de la gare Matabiau. Des projets possibles grâce aux revenus des commerces dans les gares. Une brasserie ouverte depuis décembre sous la supervision du chef Thierry Marx, la chaîne de restauration rapide Five Guys attendue à la fin de l’année, les quais du RER rénovés… à Paris, la gare du Nord a déjà commencé sa mue.

Mais cette rénovation va s’accélérer: le projet de la gare du Nord dont les travaux devront être terminés en 2023, peu de temps avant les Jeux olympiques 2024, est une opération qui s’intègre dans un plan plus large de rénovation des gares en France. Depuis sept ou huit ans, la SNCF les transforme pour en faire des lieux de vie avec des commerces et des services tout en rationalisant les flux de voyageurs. Un chantier rendu possible car l’activité « retail » dans les gares s’est beaucoup développée. En 2016, dans une période de consommation atone, les revenus de la SNCF générés par les commerces ont augmenté de 8,5 % à 194 millions d’euros. « Le succès des 80 boutiques de la gare Saint-Lazare ouvertes en 2012 a servi de détonateur », souligne Patrick Ropert, directeur général de Gares & Connexion, la filiale de la SNCF chargée de ces projets.

Du coup, le groupe public multiplie les opérations.

Longues procédures

Il a annoncé que le quartier de la gare Matabiau à Toulouse allait être régénéré. Au programme notamment, une tour végétalisée de 150 m maximum dessinée par l’architecte américain, Daniel Libeskind, concepteur du gratte-ciel qui a remplacé les tours jumelles du World Trade Center à New-York. Ce projet à 130 millions d’euros sera porté par la Compagnie de Phalsbourg. Reste que toutes les gares ne se prêtent pas à ce genre de transformation. « Sur les 3 000 gares françaises, 400 ont des commerces », résume Patrick Ropert. Et seulement, une trentaine gagne de l’argent. Du coup, la SNCF se concentre sur l’agrandissement des grosses unités même si dans ce domaine ses investissements sont en croissance: ils sont passés de 150 millions en 2010 à 370 millions l’année dernière. Ainsi, la rénovation des gares parisiennes est en cours. À Austerlitz, la verrière historique de 1 904 est en train d’être refaite. Et 23 000 m² de commerces contre 2000 m² aujourd’hui vont sortir de terre. La livraison de ce chantier mené par Altarea pour 190 millions est prévue en 2020. La gare de Montparnasse sera dotée d’un salon grand voyageurs dès juillet, au moment où sera inaugurée la ligne TGV Tours-Bordeaux.

À l’horizon 2019-2020, il y aura 19 000 m² de commerces contre 8 000 m² maintenant. Ducasse y a déjà annoncé l’ouverture d’une brasserie. Là encore, c’est Altarea qui a gagné ce contrat à 170 millions d’euros. À Lyon, la rénovation de la gare de La Part-Dieu est prévue avec une livraison en 2023. Autant de projets qui doivent générer des revenus. D’ici 2023, Gares & Connexions compte doubler son chiffre d’affaires lié aux commerces en atteignant les 400 millions. Mais, derrière cette montée en puissance, se cache une machinerie complexe. « Quand nous rénovons une gare, il n’est pas question de la fermer, explique Guillaume Pépy. Il faut faire les travaux en site occupé, ce qui est très compliqué pour l’exploitation. »