Quid du «plan Marshall» belge en faveur de l’Est de la RDC ?

Bruxelles et Kinshasa veulent donner une nouvelle vision à l’aide au développement économique. L’année 2013 a été le point de départ de cette volonté commune exprimée. Mais, deux ans après, quel est le bilan de tout ce qui a été décidé ?

Jean-Pascal Labille, ancien Ministre fédéral des Entreprises publiques, de la Coopération au Développement et de la Politique des Grandes Villes.

Jean-Pascal Labille, ancien Ministre fédéral des Entreprises publiques, de la Coopération au Développement et de la Politique des Grandes Villes.

Octobre 2013. Le ministre belge de la Coopération, Jean-Pascal Labille, conduit une délégation à Kinshasa, en compagnie du commissaire européen au Développement (d’alors), Andris Piebalgs, pour la mise en œuvre d’un projet collectif de développement, du type « Plan Marshall » en faveur de l’Est de la RDC.

Novembre 2013. La représentation économique et commerciale des Régions bruxelloise, flamande et wallonne en RDC organise une mission économique d’hommes d’affaires belges sur le thème des transports, logistiques et sous-secteurs connexes. La délégation belge représentant 57 entreprises séjourne, du 10 au 20, à Kinshasa, à Lubumbashi, à Kisangani, Matadi et à Boma. La délégation est conduite par la ministre belge en charge du Transport et de la Mobilité de Bruxelles-Capitale, Brigitte Grouwels. Au menu : des entretiens interentreprises, des visites de terrain, des séminaires présentant les opportunités d’affaires dans les secteurs des transports et de l’énergie au Congo.

Du concret vite et maintenant

Dans les milieux des ONG à Kinshasa tout comme dans l’Est du pays, l’idée d’un «plan Marshall» lancée, en 2013, par la Belgique pour le développement social et économique de cette région avait trouvé un écho favorable. Ce sont le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders et son collègue de la Coopération, Jean-Pascal Labille, qui sont à l’origine de ce «Projet collectif» proposé lors de la 68è assemblée générale des Nations unies, à New-York. Concrètement, la Belgique a entrepris de fédérer les efforts de la Banque mondiale, de l’Union européenne (UE) et de sa propre coopération en faveur d’un développement socio-économique de l’Est et de son voisinage, afin de favoriser le retour de la paix dans la région des Grands Lacs, indiquaient les ministres belges des Affaires étrangères ainsi que de la Coopération, Didier Reynders et Jean-Pascal Labille, à l’issue d’un entretien à New York avec le président Joseph Kabila Kabange.

Ensemble pour être plus forts

Dans cette sorte de «plan Marshall» pour la région des Grands Lacs, en proie à l’instabilité depuis des décennies, principalement dans le Nord-Kivu, voisin du Rwanda – accusé de soutenir des rébellions -, la Banque mondiale a prévu de réserver un milliard de dollars à des projets, de préférence en coopération transfrontalière dans la région. L’Union européenne qui est un important bailleur de fonds, est partie prenante dans ce projet collectif. Jean Pascal Labille a assuré que le président Kabila s’était montré favorable à un tel projet, affirmant qu’il souhaitait plutôt «construire un pont vers le Rwanda qu’un mur» entre les deux pays. Le Rwanda s’est aussi montré intéressé par de tels projets de coopération, selon le ministre belge de la Coopération, qui s’est déjà rendu à plusieurs reprises en RDC, au Rwanda et au Burundi.

Outre la paix et la sécurité qui sont avant tout visées dans ce projet, il y a aussi la question du développement. «La Belgique peut réorienter une partie de ses moyens, mais cela doit être tourné vers l’Est du Congo et son développement économique», d’après Didier Reynders. Les projets en question devraient notamment concerner les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture et du commerce transfrontalier, avec, pour la Belgique, une «forme de réorientation» des fonds de la coopération au profit des deux Kivu, mais sans abandonner les autres provinces de la RDC. «L’élément essentiel, c’est d’assurer un avenir à l’ensemble de cette population et un développement socio-économique à l’ensemble de ces pays de la région des Grands Lacs», fait valoir Jean-Pascal Labille.

Le cadre de coopération entre la Belgique et la RDC (2010-2013) a ceci d’avantageux qu’il marque la rupture dans la philosophie de l’aide au développement. C’est ensemble que Belges et Congolais définissent désormais les priorités. Dernier acte de cette vision, la signature, à, Kinshasa de deux conventions de financement dans le cadre du Programme indicatif de coopération 2010-2013 conclu entre la RDC et la Belgique. Montant global : 31 millions d’euros. Le financement belge vient appuyer le Programme de développement agricole dans la province du Kasaï-Oriental (PRODAKOR) et le Programme de désenclavement de la province du Kasaï-Oriental (PRODEKOR). Ces deux conventions spécifiques ont été signées le 3 juillet 2013 par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie, Raymond Tshibanda, et le ministre belge de la Coopération, le socialiste Jean-Pascal Labille.

Viser les secteurs à impact social

Pour Labille ; la RDC et la Belgique ont pris l’engagement de travailler ensemble pour l’atteinte des objectifs qu’elles s’étaient assignés dans le programme indicatif de coopération (PIC) 2010-2013. Selon le ministre belge de la Coopération, les deux gouvernements sont déterminés à rendre concret ce programme pour le bien des populations belge et congolaise. Sur les deux conventions signées, Raymond Tshibanda avait fait savoir que le PRODEKOR et le PRODAKOR visent les secteurs à impact social visible et direct dont l’agriculture, les pistes rurales et les bacs. Pour rappel, face à l’acuité des problèmes sociaux, Ray¬mond Tshibanda, alors ministre en charge de la Coopération, et Charles Michel, à l’époque ministre de la Coopération au développement, avaient négocié et signé le Programme indicatif de coopération 2010-2013 pour un montant global de 400 millions d’euros.

Ce financement important devait être affecté aux domaines prioritaires convenus entre les deux pays, à savoir la réhabilitation des pistes rurales et les bacs, l’agriculture, l’enseignement professionnel et la santé. La coopération belge intervient activement dans les secteurs de l’agriculture, de l’enseignement technique, du désenclavement rural, de la santé et de la défense. Sur les plans écono¬mique, financier et com-mercial, Bruxelles s’est engagé à intensifier les investisse¬ments privés belges dans divers domaines du déve¬loppement. Pour permettre à la RDC de présenter des garanties aux investisse¬ments privés, la Belgique a encouragé et soutenu fermement son en¬trée à l’OHADA. La Belgique entend accroître son aide à la RDC parce qu’elle croit dans son avenir et dans la volonté des Congolais de reconstruire et de stabiliser leur pays.

Concrètement, la Belgique va contribuer au financement des infrastructures routières, sanitaires, de chemins de fer et d’autres domaines où cela sera nécessaire. En 2013, Bruxelles et Kinshasa ont donc semblé tourner la page de la crise et instaurer «un dialogue permanent, franc, ouvert et constructif, respectueux des institutions démocratiques et légitimes des deux États». Pour l’ambassadeur de Belgique en RDC, Michel Lastschenko, les différentes visites des officiels et hommes d’affaires de son pays en RDC témoignent de « la solidarité active de la Belgique pour restaurer la paix et la stabilité dans la région (des Grands Lacs) et pour souligner que la paix et la sécurité ne reposent pas uniquement sur des victoires militaires et des avancées diplomatiques, mais doivent être consolidées par le développement économique et social ».

Développer la région des Grands Lacs

C’est d’ailleurs tout le sens de la décision du gouvernement belge d’allouer 30 millions d’euros supplémentaires pour la période 2013-2016 – en plus du PIC qui atteint quelque 100 millions d’euros par an – en faveur du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à concurrence de 10 millions d’euros par an pendant trois ans. Ces fonds sont destinés à financer en priorité des projets dans les domaines des infrastructures routières, de l’énergie, de l’agriculture et de l’agro-industrie. « Nous espérons qu’au-delà de la relance des Kivu, les évolutions permettront, avec l’aide de la communauté internationale, l’établissement de relations économiques et commerciales entre les différents pays de la région : le domaine des transports, des infrastructures et de l’énergie seront évidemment des secteurs où ces coopérations interrégionales seront les plus prometteuses », commente Michel Lastschenko.

Par ailleurs, la Belgique reste attentive à toutes les réformes engagées en RDC : celle de l’armée et de la police ; celle de la justice indispensable à l’établissement de l’État de droit, la consolidation de la démocratie et au respect des droits de l’homme, la lutte contre l’impunité ; celle liée à l’amélioration du climat des affaires…