Sale temps pour la RDC à propos du bois rouge saisi en Zambie

AMAZONIE,BRESIL DEFORESTATION...SUR LA TRANSAMAZONIENNE..... © MAGALI GIRARDIN

Affaire du bois saisi en Zambie. Quelle affaire de saisie de bois ? Il n’y a pas d’affaire, a semblé minimiser le vice-ministre sortant à l’Environnement, Aje Matembo, déclarant à l’Agence France Presse (AFP), qu’« il est inadmissible que le bois coupé sur le territoire congolais soit bloqué en Zambie ». Ce qui n’a pas manqué de soulever une vague de réactions. « Comment un officiel peut-il se permettre de tenir des propos irresponsables alors que la République démocratique du Congo est depuis longtemps dans le viseur des ONG internationales, comme Greenpeace, qui l’accusent de violer le moratoire sur le gel d’attribution de nouvelles concessions forestières ? », s’est offusqué un défenseur de l’environnement à Lubumbashi. D’après lui, il ne s’agit pas d’« un simple incident » mais d’« une véritable chronique décriée depuis longtemps ». Avec cette affaire, le gouvernement est en porte-à-faux sur l’exploitation illégale et la fraude. Aje Matembo s’est rendu précipitamment à Lubumbashi, à la suite de cette affaire de saisie de bois en Zambie. Mais il s’est rendu compte rapidement que le gouvernement zambien la prend très au sérieux. Selon un diplomate zambien en poste en RDC, les véhicules transportant les cargaisons de bois ont été saisis parce que « des Zambiens en complicité avec des Congolais, contournent l’interdiction de coupe et d’exportation du bois rouge de Zambie, en obtenant facilement par la fraude des documents d’exportation délivrés par la RDC pour du bois en réalité coupé sur le territoire zambien ». Si Aje Matembo défend que le bois saisi provient réellement de la RDC, cela veut dire en d’autres termes que le bois continue à y être coupé illégalement. La preuve ? Près de 500 camions transportant chacun entre 30 et 37 m3 d’une variété de padouk, bois très dense prisé pour la construction et l’ébénisterie sont immobilisés depuis plusieurs semaines en Zambie pour besoin d’enquête. Le bois saisi est destiné au marché chinois, explique-t-on.

Encore les Chinois ! 

L’enquête prendra du temps parce qu’« il n’est pas facile de démêler le bois coupé effectivement en RDC de celui coupé en Zambie », a laissé entendre le même diplomate zambien. Aje Matembo a fini par reconnaître qu’il y a des « failles dans les contrôles en RDC », et a promis de « procéder sans plus tarder à la traçabilité du bois congolais ». Selon des sources administratives et commerciales, les autorités locales délivrent des permis d’exploitation et d’exportation au mépris de la législation nationale. Mgr Fulgence Muteba, évêque catholique de Kilwa-Kasenga, fustige de longue date les « coupes sauvages de bois rouge » dans son diocèse du centre du Haut-Katanga. En matière forestière. « Aucune norme n’est respectée », a-t-il déploré. Mgr Fulgence a salué la décision des autorités zambiennes d’intercepter des centaines de camions chargés de bois rouge en provenance de la RDC. C’est une « prise de conscience au niveau de la région », a-t-il déclaré à Jeune Afrique. « Si la RDC ne parvient pas à remplir son devoir de protéger l’environnement, les autres pays de la région ont la responsabilité de décourager cette exploitation anarchique du bois rouge congolais », a insisté l’évêque de Kilwa-Kasenga. Qui explique que des Chinois, « soutenus par des gens », sont en train de couper les bois rouges systématiquement. Ils utilisent des jeunes désœuvrés, et transportent jusqu’à cinq camions de bois par jour à Lubumbashi dans « un lieu bien connu », puis en Tanzanie. Mgr Muteba qui regrette que ces bois soient coupés et exportés « sans le moindre respect des lois douanières et du commerce international », et dénonce « l’impunité qui entoure ce trafic. »  Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, alertait déjà que plus de 100 hectares de forêts sont coupés chaque jour sur la route entre Kasenga et Pweto. Les convois destinés à l’exportation passent par la Zambie, puis le bois rejoint l’Asie, selon des sources sécuritaires locales. Aje Matembo a dénoncé la coupe illicite du bois rouge dans le Haut-Katanga. « La commercialisation du bois rouge n’est pas autorisée. C’est une espèce protégée dans notre pays », a-t-il rappelé. Selon lui, « les vrais exportateurs de notre bois, ce sont les Chinois. (…) Les Congolais ont pris des documents pour exporter le bois. Mais, en réalité, ce sont des Chinois qui exportent ». Les documents portent sur l’achat, la vente et l’exportation des bois d’œuvre et non des bois rouges. « Nous sommes en train de combattre cette exploitation illicite parce qu’il est difficile de maintenir une traçabilité de ce bois en RDC. Nous ne savons pas qui coupe où ? Où sont stockés ces bois et comment sont-ils commercialisés », a-t-il poursuivi.