Tshibala rattrapé par la crise

Alors que d’aucuns donnaient pour éphémère son gouvernement, le 1ER Ministre, lui, se voyait aux affaires jusqu’en 2019. En tout cas, il a travaillé à un programme à moyen terme (2017-2019), comme le témoigne le cadre budgétaire. Décryptage.

 

Déjà, en septembre, à la rentrée parlementaire, les présidents des deux Chambres avaient planté le décor du budget 2018. Le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, n’a pas caché son inquiétude sur la « détérioration systématique » du cadre macroéconomique depuis 2015 et le « retour à l’hyperinflation », comme dans les années 1990, suite aux incertitudes liées aux élections. Quant au président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku Ndjalandjoku, « l’heure est grave », étant donné que les préoccupations et les attentes économiques et sociales de la population sont « sérieusement pressantes ». Puisque « la crise économique actuelle impacte fortement sur le vécu quotidien du Congolais, a-t-il dit, il ne faudrait pas que l’Assemblée nationale et le gouvernement apparaissent comme étant en décalage avec ce que nombre de nos concitoyens considèrent comme prioritaire, voire urgent : le social ».

Le projet de budget de l’État pour l’exercice 2018 que le 1ER Ministre, Bruno Aubert Tshibala Nzenzhe, a déposé, mercredi 15 novembre, à l’Assemblée générale, répond-il à ces contraintes du moment? Le budget, dans son acception première, est la prévision des dépenses et des recettes pour une période donnée. En particulier, c’est l’ensemble des prévisions des dépenses et recettes publiques de l’État ou d’une collectivité territoriale. Et par extension, l’affectation de ressources financières.

Le budget en chiffres

Selon toute vraisemblance, le projet de loi de finances publiques 2018 est en diminution par rapport au budget 2017. Initialement, il a été arrêté en équilibre à quelque 10 mille milliards de francs (environ 5 milliards de dollars), selon le ministre d’État, ministre du Budget, Pierre Kangudia Mbayi. Juste 2 milliards de dollars de moins que le budget 2017 dont l’exécution pose d’ailleurs problème, particulièrement dans l’application du taux de change lors du paiement des salaires, frais de mission et de la dette intérieure…

Dans le projet du budget 2018, quelque 600 millions de dollars sont prévus pour l’organisation des élections générales par la Commission électorale nationale et indépendante (CENI). En attendant l’examen de ce budget au Parlement, et selon une copie qui circulait depuis septembre, par exemple, les dépenses de la présidence de la République se chiffrent à 119 890 918 542 francs ; celles de la primature, 45 064 215 007 francs ; les dépenses de l’Assemblée nationale et du Sénat se chiffrent respectivement à 175 775 295 697 francs et 55 232 758 385 francs. Quant au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, 448 741 844 286 francs et 2 898 959 439 francs ; le ministère de la Défense, 471 701 758 644 francs ; le ministère de la Santé publique, 633 335 919 016 francs ; le ministère de l’Enseignement primaire et secondaire, 810 819 149 088 francs.

Adopté en conseil des ministres présidé par le président de la République, Joseph Kabila Kabange, lui-même, mardi 14 novembre, le projet du budget 2018 est en équilibre, en recettes et en dépenses. Invité de l’émission « Parole aux auditeurs » de la radio Okapi, le ministre délégué près le 1ER Ministre, Tshibangu Kalala, a voulu rassurer l’opinion, mais sans vraiment rassurer, en disant, que « ce budget a été bâti avec un souci de réalisme ». Rappelant le contexte politique, socio-économique et sécuritaire dans lequel ont été définies les grandes orientations du budget.

Des doutes persistent, même dans le chef de Tshibangu Kalala, quant à la réalisation de ce budget en termes de mobilisation des recettes nationales. Pour lui, il faut une grande dose de civisme fiscal et de patriotisme de la part de tous pour arriver à mobiliser tout l’argent nécessaire à la réalisation de ce budget. C’est un pari qui n’est pas gagné d’avance. Même si Bruno Tshibala avait promis d’agir « avec détermination et sans complaisance » pour « moraliser la vie publique, combattre la corruption, éradiquer les crimes, les indélicatesses économiques à travers des sanctions sévères contre les coupables ». Convaincu qu’« il n’y aura pas le développement en RDC dans l’injustice, la corruption et le désordre ». Dieu seul sait si le 1ER Ministre congolais a tenu parole.

Par exemple, le Fonds monétaire international (FMI) reproche au gouvernement « l’opacité » dans la cession à des privés des concessions minières de la Générale des carrières et des mines (GECAMINES). L’économie a décroché avec un taux de croissance qui a chuté de 9,5 % (2014) à 2,4 % (2016). La baisse des cours des matières premières sur le marché international, a affecté l’économie de la RDC qui dépend principalement de ses exportations du cuivre et du cobalt. La situation est donc grave, cela va très mal. Pourtant, ce ne sont pas des atouts qui manquent. Pourquoi cet état des choses ?

Deux options sur la table

D’abord, le choc extérieur suite à la chute des prix des matières premières et ensuite, l’impasse politique créée en RDC. À cause de cela, on a assisté à l’effondrement des réserves (moins de deux semaines d’importations) de la Banque centrale, avec une inflation de 23 %, la réduction drastique du pouvoir d’achat et l’effondrement des investissements. Pour réaliser les dépenses (3 milliards de dollars), l’État a dû utiliser tous ses dépôts et recourir aux avances de la Banque centrale, en violation de la loi relative aux finances publiques.

De surcroît, le budget 2017 a été élaboré sur la base des « hypothèses totalement irréalistes », selon des experts du FMI. Et le projet du budget 2018 l’est tout aussi. Le gouvernement miserait sur une augmentation des cours des matières premières alors qu’elle a déjà eue lieu depuis la mi-2016 et qu’elle s’est stabilisée. Comme la RDC n’a pas accès aux capitaux internationaux, le budget 2018 ne répond en rien aux besoins du pays, laissent entendre des spécialistes.

D’après eux, le gouvernement a  deux options. Soit, accumuler les arriérés (salaires, dettes extérieure et intérieure), ce qui conduit à l’étouffement de l’économie et exclut toute croissance. Soit, il continue de recourir aux avances de la BCC, avec comme conséquence l’inflation et la dévaluation de la monnaie, qui ne sont pas sans conséquence sociale. Or, les apports extérieurs sont conditionnés. Le FMI, par exemple, exige la vérité des chiffres en ce qui concerne l’application du code minier. Le budget 2016 a été réalisé à 4,8 milliards USD tandis que le budget 2017 chiffré à 7 milliards USD.