Une chose est d’avoir un plan et une autre de le mettre en œuvre

Ambassadeur de Grande-Bretagne en République démocratique du Congo

Ambassadeur de Grande-Bretagne en République démocratique du Congo

Il est regrettable de constater que le gros de services de base fournis au peuple congolais est principalement financé par le peuple congolais lui-même, sa diaspora, les Églises, les ONG et les gouvernements étrangers.

En 2014, le gouvernement a dépensé quasiment autant pour le parlement que pour le secteur de la santé pour tout le pays. Et 12 % des dépenses sur financement interne en 2014 sont allées à la présidence, à la primature et au parlement, soit l’équivalent des dépenses de l’éducation primaire secondaire et technique. Aujourd’hui, peu de pays dans le monde dépendent de l’aide extérieure pour répondre aux besoins fondamentaux de leur peuple.

Personne n’aime cette situation. En tout cas pas le peuple congolais, pour qui la souveraineté signifie indépendance financière ainsi que la liberté face au contrôle étranger. Pas le gouvernement congolais. Et pas non plus les pays comme le mien, qui dépensent 550 millions de dollars chaque année pour l’édification de l’État congolais, en assurant ainsi les services de santé, d’éducation, d’eau, de sécurité et d’hygiène au peuple congolais.

Nous sommes fiers d’être le deuxième partenaire de développement le plus important de la RDC, après les États-Unis, et d’aligner pleinement nos dépenses sur les stratégies et les priorités du gouvernement congolais. Nous sommes ici pour le long terme. Mais aucun pays ne voudrait continuer à débourser de telles sommes importantes pour toujours.

Alors, que peut-on faire ? Certes, le premier ministre Matata sait qu’il existe une voie de sortie de la pauvreté et de la dépendance : tout faire pour attirer les investissements ; mobiliser davantage de taxes, mais de manière juste ; investir les recettes fiscales selon les priorités de la nation ; s’assurer que les partenaires internationaux apportent un appui correct au gouvernement et assurent une meilleure coordination entre eux ; payer la totalité des salaires dus aux fonctionnaires et dans les meilleurs délais tout en s’assurant qu’ils n’usent pas de leurs positions pour servir leurs propres intérêts ; et si les biens de l’Etat doivent être vendus, le faire dans l’intérêt de la nation, et non de celui des individus. Seules de telles mesures permettront à toute la nation de bénéficier de la croissance économique impressionnante réalisée au cours de la dernière décennie.

Mais une chose est d’avoir un plan et une autre de le mettre en œuvre. Heureusement, il y a lieu de signaler que beaucoup de progrès ont été accomplis dans la mise en œuvre de plusieurs plans. La RDC a beaucoup amélioré la promotion des investissements étrangers. Certaines taxes superflues ont été supprimées, du moins en théorie. La bancarisation a rendu possible le paiement de plus de fonctionnaires que par le passé, réduisant ainsi les risques de corruption. Les infrastructures routières ont réduit les distances entre les villes et villages tout en facilitant l’accès aux transports publics dans les principales villes. De nombreuses autres réformes courageuses et créatives telles que le Grand Inga sont en cours.

Mais ces réformes ne transformeront pas la RDC si elles sont compromises sur le terrain. Chaque fois qu’une société effectue un paiement illicite, elle aggrave la situation du climat des affaires pour elle-même et pour d’autres sociétés. Quand un poste gouvernemental revient à la personne ayant les meilleures ’connexions’, et non les meilleures compétences, cela affaiblit l’efficacité de la fonction publique.

Si un percepteur conserve une partie des recettes fiscales qui devraient revenir au budget de l’État, une telle soustraction ne contribue pas à construire des écoles ni des hôpitaux. Si les entreprises sont victimes de harcèlement monétaire par des fonctionnaires, cela les rend moins aptes à créer davantage d’emplois à l’avenir.

Mais si, en revanche, la RDC peut transformer l’État de manière à offrir plus au peuple, l’avenir sera prometteur. Malgré toutes les discussions autour des élections, l’année 2016 devrait être une année consacrée à un recentrage sur l’édification de l’État. Je souhaite à tous les Congolais une paisible et prospère nouvelle année.