Faible engouement dans l’opération de raccordements promotionnels en eau potable

Le projet PEMU qui vise à raccorder de nouveaux abonnés en eau potable connaît un ralentissement dans sa mise en œuvre. Certains potentiels clients attribuent cela à la longue procédure qu’il faut suivre pour trouver les documents y afférents.

Il y a des robinets qui n’ont jamais fait couler d’eau et ceux qui ne le font que tard la nuit. (Photo BEF)

Il y a des robinets qui n’ont jamais fait couler d’eau et ceux qui ne le font que tard la nuit. (Photo BEF)

Depuis janvier 2013, la Regideso procède à l’opération dite « branchements promotionnels ». Elle consiste à raccorder les nouveaux abonnés à un prix abordable, « une offre exceptionnelle » fixée à 46 500 francs alors que l’opération coûte, en exploitation, selon le jargon de l’entreprise, un montant qui va de 115 000 à plus de 500 000 francs, en fonction du standing du quartier où se trouve l’habitation et de la distance qui la sépare du lieu de raccordement.

Cependant, il se dégage à mi-parcours de l’opération, un bilan mitigé. Un faible engouement du côté des demandeurs de service s’observe. Ce que personne n’arrive à comprendre étant donné que cette offre parait comme une aubaine pour bénéficier de l’eau potable à faible coût.

Pour la petite histoire, la RDC a bénéficié de la Banque mondiale un financement pour réaliser le « Projet d’alimentation en eau potable en milieu urbain (PEMU) » visant à accroître la desserte aux populations non encore branchées au réseau de distribution, en raison de 25 000 branchements à Kinshasa, 10 000 à Lubumbashi et 5 000 à Matadi. Cela fait au total 40 000 branchements, en termes de nouveaux abonnés. Selon la direction de la Regideso, ce projet procure un double avantage social pour offrir à une grande partie de la population de l’eau potable et commerciale, parce que le nombre d’abonnés va accroître et, partant, renforcer les recettes de l’entreprise.

Pour accéder au branchement promotionnel, le nouvel abonné devra se soumettre à quelques exigences, du reste surmontables, notamment, habiter une rue desservie par une canalisation de la Regideso, présenter un titre valide de propriété de la parcelle à raccorder, présenter un « avis de raccordement en eau » délivré par le service de l’urbanisme, remplir un formulaire ad hoc de demande de raccordement, remplir le formulaire ad hoc de paiement de raccordement à la banque, présenter la preuve de paiement du montant de raccordement et, enfin, signer la police d’abonnement.

Procédure lourde 

A l’issue d’une enquête effectuée dans quelques communes bénéficiaires du projet et où le problème de desserte en eau se pose, à savoir Makala, Selembao et Mont Ngafula, la population explique ce faible engouement par la lourdeur de la procédure pour réunir les documents exigés. Ces difficultés obligent le demandeur à passer de jours entiers dans les différents services. Ceci s’associe au manque d’enthousiasme des agents de la Regideso à finaliser les travaux de raccordements exigeant parfois une certaine motivation. D’autres personnes affirment clairement être découragées parce que les voisins dont les dossiers étaient déjà prêts, depuis des mois, n’ont jamais été raccordés. « Il n’est pas concevable qu’on nous exige certains intrants alors que le PEMU avait tout prévu », se plaint un habitant.

Au service commercial, l’on apprend que la Regideso en tant qu’entreprise commerciale au terme du décret portant transformation des entreprises ne vit que de recettes propres générées par le paiement des factures de consommation d’eau et des frais de raccordement. Puisque le recouvrement des frais de consommation pose souvent problème, nombreux édifices publics, écoles, hôpitaux, camps militaires et bureaux, de l’Etat ne paient presque pas. Certains abonnés ne paient qu’après un avis de coupure. L’entreprise compte beaucoup sur les frais de raccordements. Et comme dans ce projet, il n’est pas prévu de frais de raccordement en exploitation (115 à 500 000 francs), on traîne les pieds de sorte que le projet arrive à terme dans la durée.

L’autre son est venu d’un responsable qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat. Pour ce doyen qui a déjà évolué plus de 35 ans au sein de cette entreprise, le projet a été mal conçu parce qu’il a visé des communes dont la plupart des parcelles sont déjà raccordés au réseau. Peut-on s’attendre à combien de branchements dans les vielles communes urbanisées comme Matete, Lemba, Bandalungwa, Gombe, Kasa-Vubu, Limete, Ngaba ou Ngiri-Ngiri dont chaque parcelle à un robinet ?, s’est-il interrogé. Il soutient que le projet aurait eu un impact considérable à Kinshasa si les communes et quartiers oubliés par le PEMU, à savoir, Kimbanseke, Kisenso, Maluku, Masina, N’djili et Nsele étaient concernés par l’opération. « C’est là que l’on sent le besoin criant en eau potable, où la population s’abreuve de fois de l’eau de source, pour préparer et se laver », a-t-il ajouté. « Pour le reste, la Regideso doit renforcer sa capacité d’exploitation car il y a des robinets qui n’ont jamais fait couler d’eau et ceux qui ne le font que tard la nuit », a-t-il conclu.

Cela relance le dossier de projet conçu au sommet sans associer la base. Beaucoup de cas similaires ont été dénoncés. Là où, par exemple, la population a besoin d’un hôpital, on lui construit un bureau du chef de quartier. Ou encore, alors que la population a besoin d’un pont pour relier deux villages, à la place, c’est un terrain de football qui est érigé.