Grands Lacs : regards croisés sur l’investissement privé

Terrassée, depuis près de deux décennies par des conflits armés interminables, cette région a besoin d’un souffle économique, pour entrer dans la dynamique du développement. Des experts y réfléchissent déjà. 

Luanda, capitale de l’Angola, pays qui assure actuellement la présidence de CIRGL. (DR)

Luanda, capitale de l’Angola, pays qui assure actuellement la présidence de CIRGL. (DR)

Le processus de mise en œuvre des dispositions de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en RDC et dans la région, a commencé à éloigner, à sa manière, les démons de la guerre, dans cette partie du continent africain. Les foyers de haute tension sont en train d’être réduits à des capacités de nuisance très faibles. Cela a permis de renforcer la réflexion sur les aspects de reconstruction économique et de développement durable, en mettant en exergue, entre autres, les apports du secteur privé aux différents investissements qui seront débloqués par les Etats concernés et par d’autres dispositifs pratiques, qui sont développés à plusieurs niveaux.

En amont, plusieurs atouts ont été consolidés : la cartographie des opportunités à saisir la mise en relations des parties prenantes, la codification d’un agenda participatif. 

En ce début de septembre, des séances de travail, réunissant des techniciens, provenant des pays concernés ainsi que des organismes spécialisés et multilatéraux vont aboutir, d’une part, à la définition des termes de référence du mode de partenariat à développer avec les managers privés, et, de l’autre, à la finalisation, au cours d’une consultation ouverte à l’ensemble des parties concernées, du support contenant les outils préparés pour fixer les modalités de la tenue de la rencontre internationale, prévue avant la fin de l’année. Les délégations des 13 pays de la région apprêtent leurs dossiers respectifs pour prendre part à cette session de validation qui se tiendra, la semaine prochaine, à Luanda. Elle va confirmer la tenue des assises de la Conférence internationale sur l’investissement privé dans la région, au mois de novembre prochain. Ces deux importantes rencontres vont réunir des personnes provenant de plusieurs horizons : des représentants des gouvernements, des chefs d’entreprises nationales ainsi que régionales et internationales, des conseils d’entreprises, des délégués des institutions bancaires et des agences de notation.

Des préalables pour la « renaissance » économique 

Afin de déblayer la voie pour l’atteinte de ce résultat, il a fallu rassembler, en amont, plusieurs atouts indispensables à la mise en action de ces mécanismes. Il s’agit, entre autres, de la configuration d’une cartographie des opportunités à saisir, la mise en relation des différentes parties prenantes appelées à intervenir dans les différents secteurs et du déploiement d’un agenda capable de rassembler ces personnes-ressources. Cela explique le nombre des rencontres qui ont réuni, dans plusieurs capitales et villes africaines, des experts nationaux et des consultants internationaux sur cette problématique d’impliquer, de façon décisive, le secteur privé dans la « renaissance » de la région des Grands Lacs. Les domaines retenus pour accueillir les interventions des capitaux privés sont : l’exploitation minière, les infrastructures, l’énergie, l’agro-industrie, le tourisme, les technologies de l’information et de la communication. Dans une région où le désir d’asseoir son leadership est manifeste dans le chef de plusieurs Etats, il est clair qu’il faut, certes, capitaliser les traditionnels atouts de la puissance militaire, mais, surtout, favoriser le développement des mécanismes d’une répartition plus équitable des richesses nationales. La région des Grands Lacs africains est reconnue pour ses énormes potentialités en ressources naturelles, mais, il n’en est pas moins vrai que la majorité de ses populations vit en dessous du seuil de la pauvreté (moins de 1,5 dollar par jour et par personne). Le défi majeur est de transformer ces potentialités en richesses et de redistribuer ces dernières de manière plus rationnelle. Pour cela, il faut mobiliser des investissements conséquents, notamment en provenance du secteur privé.

Une guéguerre de leadership  

Des pays comme l’Angola et le Congo-Brazzaville veulent profiter d’importants fonds, reçus de la rente pétrolière, pour avoir un mot à dire dans la régulation des relations entre les pays de la région. Le Rwanda et l’Ouganda paraissent en perte de vitesse, même s’ils continuent de faire prévaloir des acquis glanés au niveau de la gouvernance générale. A l’Est du continent, il y a deux autres pays qui se signalent dans de grands investissements des installations portuaires et des voies de communication : le Kenya et la Tanzanie. D’autres « outsiders », comme la République Sud-Africaine, ne manquent pas de s’inviter dans la région, chaque fois qu’une occasion se manifeste. Pretoria a déjà manifesté ses ambitions. Ce n’est pas par hasard que l’Afrique du Sud a promis d’être un acteur-clé dans la réalisation du projet de construction du barrage hydro-électrique « Grand Inga».  La capacité de production de cet ouvrage devrait être déterminante, pour les pays émergents de l’Afrique, à l’orée 2025-2030. La RD Congo, qui est le premier pays concerné par les dernières tragédies cycliques de la région, veut évidemment être au centre de toutes les grandes préoccupations. Avec des performances économiques convaincantes (un taux de croissance de plus de 8 %, un taux d’inflation réduit à zéro), ce pays veut montrer qu’il croit en toutes les réformes, menées dans plusieurs domaines, depuis plus de dix ans : le climat des affaires, les ressources forestières, minières, hydrauliques et pétrolières… Un travail considérable est conduit sur la sécurisation des investissements, la réduction du niveau de la corruption, l’équité juridique dans l’attribution des marchés publics et la transparence. Kinshasa veut attirer des capitaux, pouvant répondre à ses nouvelles ambitions de pays émergent, en s’ouvrant largement au secteur privé ainsi qu’à la coopération bi et multilatérale.  Quelques mois après la signature, en février 2013, de l’Accord-cadre, dans la capitale éthiopienne qui abrite aussi le siège de l’Union Africaine, le groupe de la Banque mondiale, avec le quitus des Nations unies, avait promis de donner un coup de pouce remarquable à cette dynamique régionale en débloquant une enveloppe d’un milliard de dollars. Ces fonds devraient être placés dans des projets intégrateurs, relatifs aux secteurs majeurs comme l’éducation, la santé, la production hydroélectrique, le commerce transfrontalier. Un grand nombre de « pays du champ » continuent de travailler sur ces mécanismes devant permettre d’accéder à ces facilités. En RDC, le trésor public n’a pas encore inscrit, dans ses livres, des éventuelles ressources reçues de ces fonds. Lors de leur séjour de travail à Kinshasa, afin de consolider cette initiative, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, avaient souligné, dans un document commun, que leurs institutions vont collaborer « de plus près, selon des formules nouvelles, pour que l’application des volets de l’Accord-cadre se rapportant aux questions politiques, aille de paire avec le développement économique, indispensable à une paix et à une stabilité durables. En relançant l’activité économique et en créant des moyens de subsistance dans les zones frontalières, en favorisant le commerce frontalier, en développant, graduellement, l’interdépendance économique, en combattant la corruption et en veillant à ce que les ressources naturelles soient au profit de tous, il est possible de renforcer, petit à petit, la confiance et améliorer la qualité de vie, le niveau des revenus et les perspectives d’avenir.»