L’immobilier en surchauffe

Depuis une dizaine d’années, les villes du pays sont en train d’être redessinées. Des immeubles, appartements et villas ainsi que des artères mieux embellies ornent les grandes agglomérations urbaines, alors que des interrogations s’accumulent sur ces investissements, concernant notamment leurs origines et détenteurs réels.

Un nouveau batiment de Congo Futur, sur l’avenue de la Libération, à Kinsahasa. (BEF)

Un nouveau batiment de Congo Futur, sur l’avenue de la Libération, à Kinsahasa. (BEF)

Les propriétaires de nouveaux immeubles, maisons, et complexes immobiliers, qui suscitent la fierté d’une partie de la population congolaise, se recrutent dans des milieux naguère insoupçonnés. Même si l’Etat est en train de remettre la main à la pâte, essentiellement au niveau de grandes infrastructures dans les 11 provinces du pays, une large partie des investissements provient du secteur privé, aussi bien national qu’étranger.

L

a première préoccupation, qui revient dans tout échange sur cet état de choses, est celle de savoir d’où peuvent bien provenir ces revenus capables d’amener autant de nationaux à être des acteurs remarquables dans cette embellie, particulièrement celle caractérisant l’immobilier.  Cette interrogation prend toute sa signification quand est établie la liste des propriétaires et promoteurs de ces initiatives. En plus des commerçants de l’Est du pays, dont les premières œuvres ont été recensées dans leurs villes d’origine (Lubumbashi, Kalemie, Bukavu, Goma, Beni, Butembo et Bunia), les autres personnes physiques nationales concernées se retrouvent, essentiellement, dans les différentes institutions nationales, sans exception. Ce sont de hauts fonctionnaires ainsi que des mandataires des entreprises du portefeuille et des cadres des régies financières, comme la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD), la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la Direction générale des impôts (DGI). Ils sont également dans les institutions citoyennes d’appui à la démocratie, tout comme au sein de l’armée et de la police nationale. Des investissements disproportionnés aux revenus

En leur qualité d’agents de l’Etat, il n’est pas aisé d’appréhender leur forte entrée dans un secteur qui, a priori, n’est pas directement à la portée de leurs bourses respectives. En regardant même du côté du secteur bancaire dans le pays, il ne paraît pas évident d’y obtenir facilement des crédits. Eu égard à cette réalité, il revient à l’esprit le débat qu’avaient suscité, en mai 2013 à Kinshasa, les assises nationales, organisées par le gouvernement, sur le coulage des recettes publiques. La Cellule nationale des renseignements financiers ne semble pas s’être totalement impliquée dans cette dynamique. Les interrogations similaires reviennent aussi quand il est question des investissements du secteur privé étranger. Les projets les plus importants ont concerné des infrastructures de grand standing, qui ne devraient pas être sollicités par des personnes aux revenus moyens. Selon des indications vérifiées, dans ces « oasis », le loyer mensuel oscille dans la fourchette de 1.000 à 3.500 dollars, et le prix d’achat d’un appartement meublé entre 200.000 et 400.000 dollars. Des immeubles, villas et duplex sont la propriété de des groupes étrangers, qui proposent également des études architecturales et techniques ainsi que la main-d’œuvre. Si une filiale du britannique Hawkwood Fund Management Limited, les Hawkwood Properties, et les initiatives des Libanais Achour et Congo Futur, entre autres, ont pris forme, celles de la Rakeen Congo Construction Company (Rack CCC), situées dans la commune de la Gombe, ont fait long feu, et des parties prenantes sont devant la justice. Certains de ces entrepreneurs étrangers importent aussi bien les capitaux que la grande partie des matériaux de construction, accèdent, parfois, à des terrains gratuits, bénéficient des exonérations douanières. A ce niveau également, les sommes placées dans ces complexes immobiliers risquent de ne pas répondre à une exigence de traçabilité pointue.

Un adage note que « quand le bâtiment va, tout va ». Pourtant, les différents éléments de l’environnement national ne paraissent favoriser la consolidation des indicateurs de la croissance macro-économique. Si ces capitaux sont fébriles, cette réalité risque d’affaiblir ces investissements, qui devraient aussi contribuer à élargir le socle économique. Par ailleurs, il faut également souligner que plusieurs de ces édifices n’ont pas respecté les normes de construction requises. Des entrepreneurs n’ont pas suffisamment pris en compte les directives des organismes spécialisés comme le ministère en charge de l’Urbanisme et habitat.
Des sommes énormes ont été ainsi englouties dans des projets n’arriveront pas à terme, à l’échéance attendue.