Selon ma taille !

Au marché central de Kinshasa, les couturiers se spécialisent dans le sur-mesure des vêtements déjà confectionnés. Ils sont plus expéditifs et moins chers. Les kinois, hommes et femmes, sont nombreux à les fréquenter. 

Des kinois aiment s’endimancher sur-mesure. (Photo BEF)

Des kinois aiment s’endimancher sur-mesure. (Photo BEF)

Avez-vous déjà acheté un vêtement ne correspondant pas à votre taille? Il n’y a plus de souci à se faire. Il faut tout simplement effectuer un tour au pavillon 7, du marché central de Kinshasa et la solution est trouvée. On les appelle, non sans raison, ‘’tailleurs’’ car, ils taillent réellement les habits. Leur travail : raccourcir les vêtements, selon la taille du client. « C’est un problème de choix. Nous avons choisi d’exercer notre métier, ici, au grand marché. C’est un lieu de compétition. Soit, tu connais le métier, soit, tu ne le connais pas», confie Simon, un de ces tailleurs. Depuis 2007, il est dans ce circuit, sans jamais envier de monter une maison de couture dans un quartier de la ville. Cette manière, peu ordinaire, de faire la couture, date de longtemps, mais prend de l’ampleur au fil des années. « Certains couturiers qui nous ont précédés dans ce travail sont même morts et nous continuons l’expérience », indique-t-il. Ici, il n’y a pas besoin d’avoir une kyrielle de matériels. Une seule machine à coudre peut suffire à la réalisation des tâches qui ne sont pas les plus compliquées du monde.

Leur clientèle se recrute parmi les personnes qui viennent s’approvisionner en habits dans des friperies, voire dans des boutiques. Il faut aussi compter ces jeunes vendeurs ambulants d’habits. « C’est rare d’avoir le temps libre. Nous sommes tout le temps sollicités », dit Simon. Avec ces tailleurs, la plupart des kinois, qui aiment bien s’endimancher, ne se posent plus trop de questions sur la taille de vêtements à acheter. « Il suffit que l’habit me plaise. Surdimensionné ou pas, je l’achète, parce que des personnes attitrées sont là pour le redimensionner à ma taille », indique un client qui vient raccourcir la manche de sa chemise chez Simon.

Dans ce circuit, il n’y pas un sexe plus qu’accros que l’autre. « Depuis le matin, je n’ai reçu que deux femmes parmi mes clients », indique-t-il, comme pour dire qu’il accueille en nombre aussi bien d’hommes que de femmes. « Tout dépend d’une journée à une autre », précise-t-il.

Vite fait et moins cher 

Parmi les caractéristiques qui différencient ces couturiers de ceux qui évoluent dans des ateliers, c’est la rapidité dans l’exécution de la tâche, et le prix abordable exigé pour la main-d’œuvre.

« Je préfère venir ici parce qu’il suffit de patienter quelques minutes pour être servi. Alors que dans des maisons de couture, vous n’êtes jamais sûr de récupérer votre habit au moment voulu », estime une jeune fille qui est là pour ajuster la taille de sa jupe. Comme elle, la plupart des personnes ont trouvé un moyen de contourner les couturiers évoluant dans des ateliers, qui ont acquis la sale réputation d’être des ‘’menteurs’’, en raison du non-respect du délai d’accomplissement du travail.

Les habitués du pavillon 7 ont fait un choix, non seulement de rapidité, mais également de qualité. « En plus, je réalise qu’ici, on redimensionne mieux les habits qu’ailleurs », poursuit cette cliente. Mais, le travail « vite fait » de ces tailleurs tient à ce que leur tâche est moins fastidieuse que la confection classique qui demande plus de temps et d’ingéniosité. Mais Simon pense le contraire : « Nous sommes plus outillés qu’eux, dans la mesure où nous travaillons sur des coupes qui viennent d’ailleurs et sont parfois compliquées. »

Un autre avantage de ces tailleurs expéditifs, c’est leur prix. Il faut débourser entre 500 et 1000 francs pour redimensionner ou réparer une faute sur un habit, et tout au plus 3 000 francs, pour la confection d’un pagne. C’est une grille tarifaire abordable par rapport à celle des ateliers de couture qui sont plus chers à cause, notamment, des frais des loyers et autres impôts qu’ils payent. Les professionnels du marché central ne payent que 400 francs par jour, 5 dollars, mensuellement, pour les étalages, 1500 francs de taxe artisanale, le mois, (ils la contestent d’ailleurs) et une patente annuelle.

Cette activité ne se déploie pas en solitaire. Au milieu de ces couturiers, une autre catégorie professionnelle a vu le jour. Il s’agit des personnes qui ont des machines à surfiler les bords d’une couture. Ils réalisent plus de recettes que les couturiers, grâce à la rapidité de leur machine. Le surfilage d’un habit revient à 200 francs. Il passe à 500 francs, en cas de coupure d’électricité, car il faut alors utiliser un générateur.