Des projets sous-régionaux à profusion

Acquisition de bus, de locomotives et d’aéronefs, réhabilitation d’infrastructures et voies de communication… Le pays a-t-il enfin compris qu’il est au centre des enjeux d’aujourd’hui et de demain pour l’intégration économique en Afrique ? Gros plan sur le corridor est.

Bunagana, poste frontalier entre la RDC et l’Ouganda.

Bunagana, poste frontalier entre la RDC et l’Ouganda.

La réalité de la RDC, est celle d’un pays enclavé. L’intégration économique suppose en aval l’intégration politique. Et pour que la coopération marche, il faut partager une vision, des valeurs, des programmes économiques. De ce fait, la RDC se devait de développer une politique de bon voisinage (relations diplomatiques et coopération politique) qui s’est traduite par la ratification du Pacte de Nairobi (non agression) signé en décembre 2006 dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs africains (CIRGL).

La situation actuelle du pays se caractérise par la pauvreté du transport multimodal. Ce qui est un handicap pour la bonne gestion du corridor est qui ouvre vers les ports de Mombasa (Kenya) et Dar es Salaam (Tanzanie). Le secteur du transport n’est pas au mieux. La pauvreté dans ce secteur se remarque par une absence d’infrastructures et de trafic. Et cela ne contribue pas à la réduction de la pauvreté dans le pays. Pourtant, les routes, par exemple, sont le poumon de l’économie nationale en termes de ressources tirées du trafic et de revenus fiscaux.

Pour se rattraper, la RDC a entrepris un vaste programme de réhabilitation des infrastructures notamment routières. La Banque mondiale finance ainsi la réhabilitation de celles liées au transport dans le cadre d’un don de l’Association internationale de développement (IDA). Ce fonds de 255 millions de dollars est destiné à la bonne gouvernance, ainsi qu’à la stabilité et la croissance économiques par la réhabilitation des infrastructures de transport. Le projet vise un certain nombre d’objectifs, notamment l’amélioration de la desserte des provinces en vue de l’intégration économique. «Le projet de transport multimodal vise à stimuler la croissance économique et à faire reculer la pauvreté par des investissements ciblés et une réforme de la gestion des infrastructures et services de transport», affirme-t-on au siège de représentation de la Banque mondiale à Kinshasa.

Par ailleurs, ce projet porte sur la simplification des procédures du commerce international par l’application des accords commerciaux. Et, au vu de l’étude sur la facilitation du commerce international, il favorisera la mise au point d’une stratégie de simplification des procédures applicables et l’élaboration d’un plan d’action connexe qui portera notamment sur le matériel, les équipements et les investissements dans les infrastructures de base nécessaires pour faciliter le mouvement des marchandises le long des principaux corridors de transport international du pays. En clair, pour se connecter aux réseaux des pays voisins, le réseau de la RDC doit être modernisé.

Partager une vision commune.

Outre cette interconnexion, la convergence des politiques macroéconomiques est aussi une priorité majeure de l’intégration. La RDC, le Kenya et la Tanzanie ont en commun une certaine vision de l’intégration régionale à travers quelques initiatives. C’est le cas de l’Initiative du Bassin du Nil, qui regroupe 9 États (Burundi, Égypte, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, RDC, Soudan et Tanzanie) ayant en partage les eaux du fleuve Nil. Ils ont convenu de signer un accord-cadre pour l’utilisation commune des ressources dans le Bassin du Nil. Cette initiative reçoit l’appui de plusieurs États, dont l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) comptent également parmi les partenaires.

La ratification de l’accord-cadre par tous les États membres du Bassin du Nil prévoit la mise en place de la Commission du Bassin du Nil, qui est perçue comme une avancée significative dans la résolution de la crise découlant du traité de 1929 sur les eaux du Nil en faisant la part belle à l’Égypte. Créée en 1999, cette initiative a pour objectif principal de «promouvoir la coopération régionale entre les pays du Bassin du Nil sur le partage équitable des avantages provenant de l’utilisation rationnelle des ressources communes du fleuve Nil et la cohabitation pacifique des États et des populations». En matière énergétique, la RDC peut tirer meilleur un profit de plusieurs projets de l’IBN qui se tournent vers le barrage hydroélectrique d’Inga. Le programme de la vision commune ambitionne de créer un environnement porteur, favorable aux investisseurs et aux activités sur le terrain. Actuellement, huit projets constituent ce programme, comme l’action environnementale transfrontalière (NTEAP), les échanges énergétiques, l’utilisation efficace de l’eau pour la production agricole, la gestion et la planification des ressources d’eau, le développement socio-économique et le partage des avantages…

Quant aux actions subsidiaires, elles se concentrent sur la vision partagée et la réalisation des possibilités de développement transfrontalier. Actuellement, vingt-six projets sont pilotés dans le cadre de l’ENSAP (Nil oriental) et du NELSAP (lacs équatoriaux). Le Bassin du Nil en territoire congolais, représente moins de 1% du territoire national, soit environ 22 000 Km2. Mais c’est plus que le Rwanda et le Burundi réunis. Le Nil congolais couvre les territoires de Rutshuru, Beni et Lubero (Nord-Kivu), et d’Aru, Mahagi, Djugu et Irumu (Province-Orientale). La contrée est arrosée par les eaux des lacs Edouard et Albert ainsi que celles de la rivière Semliki.

Des projets en eau et en électricité

Nombre de projets dans le cadre de la vision commune sont en exécution en RDC, d’autres sont à l’étude (actions subsidiaires). Dans le domaine énergétique, deux projets sont en cours : le projet régional du commerce de l’énergie et le projet d’interconnexion des réseaux électriques du NELSAP. Il s’agit de renforcer la ligne Ruzizi-Goma, construire la ligne Kiliba-Bujumbura (19 km/110 Kv) et la ligne Goma-Mukungwa (69 km/110 Kv). Le coût approximatif du projet d’interconnexion, côté RDC, est évalué à plus de 10 millions de dollars. Six autres projets d’électricité pour le pays sont en cours d’étude. Ils sont estimés à plus de 800 millions de dollars. La RDC, qui a pris du retard dans la gestion des eaux, s’est engagée également à se doter d’un code national de l’eau qui intègre cette nouvelle démarche régionale.

L’Autorité du lac Tanganyika

Par ailleurs, la RDC forme avec la Tanzanie, la Zambie et le Burundi l’Autorité du lac Tanganyika, une initiative qui concerne une gestion commune des eaux de ce lac. Le Programme d’aménagement intégré du lac Tanganyika devrait rapidement être mis en œuvre par les quatre pays. La sécurité alimentaire et la préservation de l’écosystème en sont les principaux enjeux. Bref, les États riverains s’engagent à réduire la pauvreté. Le lancement de ce programme a connu un retard du fait de sa non ratification par la RDC. L’enveloppe financière globale destinée à son démarrage est de 80 millions de dollars. La BAD est chargée de sa gestion. La part de la RDC, à qui revient plus de la moitié des eaux du lac Tanganyika, est évaluée à 10 millions de dollars, dont 4 millions à titre de prêts et 6 millions en dons. Pour nombre d’experts, la production annuelle à tirer d’une exploitation efficiente des ressources du lac Tanganyika peut être évaluée à environ 780 000 tonnes dont 400 000 pour la seule RDC. La FAO s’est engagée à accompagner cette initiative en vue d’une contribution à l’économie locale et régionale. La gestion des eaux du lac Tanganyika fait partie de l’exploitation des ressources transfrontalières.

Quant à la libre circulation des personnes et des biens, il reste de supprimer les droits de douane sur les produits traditionnels et l’artisanat, en favorisant la coopération et l’investissement intra-africain, en supprimant les restrictions de voyage et de droit d’établissement à travers des accords bilatéraux ou régionaux. En matière de voyage, Kenya Airways est présente sur Kinshasa et a même desservi deux autres grandes villes, Lubumbashi et Kisangani, avec des vols réguliers. La plupart des passagers congolais de Kenya Airways sont des commerçants qui se rendent en Chine et dans les Émirats arabes pour des affaires. Cependant, la RDC doit faire appliquer la réciprocité. De même, il faudrait envisager l’ouverture d’une ligne aérienne avec la Tanzanie, où l’on compte une importante communauté congolaise.