Diversification économique, un facteur capital pour la croissance

Vue des participants à la 2ème session de formation en analyse économique à l’Hôtel Sultani (Ph. BEF)

Vue des participants à la 2ème session de formation en analyse économique à l’Hôtel Sultani (Ph. BEF)

La diversification économique, la transformation structurelle et politique industrielle comme leçons internationales pour la République Démocratique du Congo ainsi que le capital humain, la croissance et le développement sont des thèmes scrutés par les experts économiques venus de tous les horizons : des institutions du pays principalement ceux de la Présidence de la République, de la Primature, des ministères sectoriels, des institutions financières et des universités de Kinshasa. Pendant trois jours, du 28 au 30 avril 2014 à l’Hôtel Sultani, ces experts ont échangé dans le cadre d’un séminaire axé sur le renforcement des capacités techniques et de transmission des connaissances en analyse économique. Ces travaux placés sous le patronage du Premier ministre ont été organisés par le Programme de renforcement des capacités du gouvernement (PRCG) et financés par la Banque mondiale. La session de formation a été animée principalement par l’éminent professeur Chicot EBOUE de l’Université Loraine de Nancy en France.

Renouveau de la croissance par la diversification économique

Le professeur Chicot EBOUE a défendu la diversification économique comme un facteur susceptible de stimuler la croissance à long terme. Pour l’orateur, « la diversification orientée vers les contraintes mondiales par la promotion des exportations a été l’élément central de la réussite des pays émergents ». Avant de poursuivre que « c’est dans ce contexte que l’on parle aujourd’hui du renouveau de la croissance économique par la diversification ».

La diversification élargit le portefeuille de l’entreprise

Trois raisons principales justifient, selon le professeur Chicot EBOUE, le choix de la diversification économique. D’abord la diversification est un motif de croissance soutenue à long terme, à travers l’action de la productivité globale des facteurs sur l’augmentation quantitative de la valeur ajoutée. Ensuite, la diversification, souligne l’orateur, est une solution à la malédiction des ressources naturelles. Enfin, la diversification est un instrument de lissage de la volatilité macroéconomique. En clair, la diversification est une approche qui consiste à élargir le portefeuille de l’entreprise, l’espace des produits (avoir une gamme des produits) pour échapper à la dépendance des ressources naturelles. Pourquoi les ressources naturelles peuvent -elle être considérées comme une malédiction ? Le professeur EBOUE explique que les pays comme la RDC ne doivent pas se concentrer à l’exportation des biens primaires qui font l’objet de détérioration de leur terme d’échange. Pour lui, « une économie moderne, c’est une économie industrielle, une économie qui crée de la valeur ajoutée et de l’emploi ». « Fonder le modèle de développement sur des ressources naturelles expose le pays à des risques de volatilité des cours des matières premières qui dépendent de l’ambiance des marchés internationaux ». Dans ce contexte, les pays ont du mal à gravir le choc. Et la volatilité des cours s’est ressentie au mois de mars dernier principalement pour le cuivre qui avait perdu 8,55% de sa valeur, passant de 7.102,00 USD la tonne à 6.494,50 USD. Cette volatilité des cours du cuivre a fait perdre près de 700 dollars américains au mois de mars, a précisé le professeur EBOUE. Heureusement pour le pays parce que pendant ce temps, le cours du cobalt s’est maintenu à 33.670,35 USD la tonne. Mais Cette situation avait secoué le gouvernement qui avait promis au cours de la réunion de la Troïka stratégique du 17 mars 214 de prendre des mesures d’accompagnement. Pour le cas de l’Afrique et notamment de la RDC, a-t-il insisté, « la malédiction des ressources naturelles se traduit par le maintien de la majorité de la population en dessous du seuil de pauvreté, alors même que le sol et le sous-sol regorgent de ressources nombreuses ». Ainsi pour le professeur Chicot EBOUE, le modèle de croissance efficace et durable repose sur le capital physique (combinaison des facteurs de production) en lieu et place du capital naturel. « D’où l’intérêt des pays en voie de développement de développer et de diversifier leur secteur industriel », a conseiller l’orateur. Il a cité quelques pays qui ont sérieusement progressé en appliquant la diversification. Il s’agit de la Malaisie et de l’Indonésie considérés à juste titre comme des nations émergentes. La Malaisie par exemple, grâce à une importante épargne, investit massivement dans l’exploitation des terres, des programmes de reboisement pour développer la production de caoutchouc et d’huile de palme. Elle participe avec l’Indonésie à la capture du marché mondial d’huile de palme au détriment des pays africains dont la RDC, la Côte d’Ivoire et le Cameroun.

Consolider la stabilisation macroéconomique

En matière de transformation structurelle, pas de recettes miracles. Elle doit avoir comme leitmotiv l’élévation du niveau de vie et la sortie de la pauvreté, la transition économique (convergence des taux d’emplois par secteurs vers des taux d’emplois privilégiant les emplois manufacturés) et démographique (augmentation de la part de la population dépendante). Toutes les approches développées ne peuvent s’appliquer sans tenir compte du capital humain. Une question à laquelle le gouvernement attire une attention particulière, a déclaré le Directeur de cabinet adjoint du Premier Ministre en charge des questions économiques, financières, monétaires, techniques et infrastructures. Aucun pays, a affirmé le professeur Ngonga, ne peut aspirer à l’émergence et/ou au développement sans bâtir, au préalable, des capacités nationales à même d’affronter les grands défis actuels du développement que sont : la compétitivité, la maîtrise de la technologie, la diversification, l’innovation et la transformation structurelle. Il a aussi mis un accent sur la stabilisation macroéconomique qui doit être considérée, a-t-il martelé, comme une fondation solide qui doit supporter le reste des murs de la maison. L’occasion aussi pour le Dircaba du Premier ministre de ramener à la surface le débat qui oppose deux camps sur la qualité de la stabilisation macroéconomique en RDC : stabilisation avec un niveau de chômage élevé à court terme contre stabilisation obtenue grâce à la sous utilisation de la demande globale, d’où nécessité d’une relance globale. Appelé à donner son avis à ce sujet, le professeur Chicot EBOUE a indiqué que la RDC doit mener des politiques conjoncturelles à s’inspirant du modèle allemand des années 30 u regard de l’hyperinflation qu’a connu le pays dans les années 90. Cette situation, a-t-il souligné avait conduit à l’échec des politiques économiques. « D’où la nécessité de poursuivre la consolidation de la stabilisation macroéconomique » a-t-il lancé aux participants. Des participants qui auront passé trois jours riches en termes d’échanges et de propositions pour le développement économique de la RDC. Un développement qui est fonction de plusieurs facteurs mais le plus important selon le professeur Ngonga reste la transformation des mentalités.