En attendant l’huile de palme

Palmeraies et usines abandonnées, production artisanale insuffisante, manque d’investisseurs malgré les avantages qu’offre le code agricole congolais… La filière oléagineuse congolaise n’est pas au bout de ses peines.

Des fûts d’huile de palme dans un marché kinois.

Des fûts d’huile de palme dans un marché kinois.

Cet avant-midi de novembre au marché de la Cité des anciens combattants, commune de  Ngaliema. Au milieu d’une flopée de femmes, un jeune homme, la trentaine, vend de l’huile de palme à une dame qui tient un panier contenant des bottes de feuilles de manioc. Une bouteille de 33 cl coûte 350 francs et celle d’une soixantaine de cl revient à 750 francs. « Ici nous vendons un bidon de 25 litres à 22 000 francs mais au port, à Kingabwa, il coûte 18 000 francs », commente le vendeur. Quand on y regarde de près, la réalité saute aux yeux : la filière huile de palme est à la dérive. Avec plus de 500 000 hectares de palmeraies à l’abandon, le pays a du mal à retrouver sa bonne fortune d’il y a quelques décennies.

Comptée parmi les premiers exportateurs mondiaux d’huile de palme dans les années 1970, la RDC en est réduite aujourd’hui à importer ce produit d’Indonésie et de Malaisie. Selon les statistiques, cela représente environ 15 000 tonnes chaque année. Pourtant, d’après l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI), « pour répondre aux impératifs de la demande intérieure, le pays recourt de manière récurrente aux importations surtout en ce qui concerne l’huile de palme. Il s’agit donc d’un secteur où le marché est ouvert et disponible à tous les investisseurs potentiels intéressés. L’investissement dans ce secteur n’est conditionné à aucune autorisation ou licence particulière. Le code agricole récemment promulgué prévoit des avantages douaniers et fiscaux alléchants au profit des opérateurs agricoles. » Clément Ndongo, chef de bureau des cultures industrielles à la direction de la production et de la protection des végétaux du ministère de l’Agriculture, indique qu’aujourd’hui tout est par terre. « Nous sommes en train de faire une nouvelle cartographie et nous avons besoin de nouveaux exploitants à qui nous allons redistribuer les plantations abandonnées », indique-t-il avant d’ajouter que certains parmi ceux qui avaient des permis d’exploitation cherchent à récupérer leurs propriétés.

Production artisanale faible 

Comptée parmi les premiers exportateurs mondiaux d’huile de palme dans les années 1970, la RDC en est réduite aujourd’hui à importer ce produit d’Indonésie et de Malaisie. Selon les statistiques, cela représente environ 15 000 tonnes chaque année.

Au parking de Khartoum, vers Mariano, dans la commune de Ngiri-Ngiri, les véhicules en partance pour le Bas-Congo, en quête d’huile de palme, ne sont pas légion. Daniel Ngoma,  jeune convoyeur d’un grand camion trouvé est en route pour Sioni, dans le Mayombe, d’où provient une partie de l’huile consommée à Kinshasa. « A Sioni se tient chaque samedi un marché où les commerçants s’approvisionnent en huile de palme. Généralement, la population qui vit dans les villages avoisinants nous vend un ‘jaune’ (bidon de 25 litres) à 9 000 francs. Un tonneau contient dix ‘jaunes’ », explique-t-il. Tout étant tombé par terre, la production de l’huile de palme reste essentiellement artisanale : la petite quantité qui vient de l’arrière-pays ne suffit pas pour les industries de la capitale qui en ont grandement besoin pour fabriquer de la margarine, des savons et des cosmétiques, notamment. « Si les entrepreneurs viennent », souligne Clément Ndongo, « l’agro-industrie ou l’agro-business va générer des devises. »

Désolation et perte d’emplois

La dégringolade de la production oléagineuse à cause, essentiellement, de l’abandon des palmeraies dans les provinces du Bandundu, de l’Équateur et dans la Province-Orientale a conduit, parmi d’autres conséquences, au chômage de la main-d’œuvre. De nombreuses entreprises du secteur ont mis la clé sous le paillasson dans la Province-Orientale. Tel est le cas de la Socituri et de la Sorgeri, entreprises qui employaient beaucoup de personnes et servaient les quatre districts de la Province-Orientale. Quand elles fonctionnaient, en particulier dans le district du Haut-Uele, les populations, y compris à Kinshasa, avaient en abondance de l’huile végétale, de la margarine et du savon produits localement. Un rapport indique qu’aucune recherche en oléiculture n’est actuellement menée à l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomique (INERA) ou ailleurs. D’autre part, l’usine de Yaligimba, dans la province de l’Équateur, ne produit plus grand-chose, tandis que le centre de production de semences de Binga a été fermé.

Dans la province du Bandundu, la situation est presque identique. Dès qu’on arrive à Masi-Manimba, les ruines des usines et des plantations abandonnées sont parlantes. Dans le district du Kwilu se trouvaient les Plantations Lever au Zaïre (PLZ) devenues ensuite Plantations Lever au Congo (PLC). Elles avaient leur siège à Lusanga et une succursale à Mapanga. Actuellement, la demande en huile de palme est croissante à travers le monde, mais les grands fournisseurs sont l’Indonésie et la Malaisie. Parmi les grands consommateurs, il y a l’Inde (16 % de la production). Quant à la Chine et à l’Union européenne (UE), elles consomment respectivement 14 % et 11 %.

D’aucuns se souviennent encore de la signature d’un protocole de un milliard de dollars entre le ministère de l’Agriculture et la société chinoise de télécommunications ZTE International, pour la production et l’exploitation d’huile de palme. Le projet était prévu sur trois millions d’hectares dans quatre provinces : Équateur, Bandundu, Province-Orientale et une partie du Kasaï-Occidental. Mais le dossier a été classé sans suite.