Kinshasa : les photographes désertent les studios pour des carrefours

La photographie se porte bien dans certains espaces publics réfectionnés dans la capitale, devenus plus attractifs.

A la place Kintambo-Magasin, la photographie se porte bien. (BEF)

A la place Kintambo-Magasin, la photographie se porte bien. (BEF)

A la place Kintambo-Magasin, Yannick Bolombo exerce la photographie depuis la réfection, l’an dernier, de cet espace, jadis poste de police. Il a décidé de quitter son studio à Mimosa, pour rejoindre ce carrefour. Sa principale motivation est la rentabilité. « L’avantage avec cet espace public est qu’on travaille dans un système de taux du jour. C’est direct-direct. On est payé cash, après chaque prise. Ce qui est différent avec le studio où certains clients ne reviennent jamais retirer leurs photos », explique-t-il. Dans ces carrefours, la photo minute est incontournable. Cela est également avantageux pour les clients. Ils déboursent 1.000 francs pour une photo 10×15 et 4.500 francs pour 1×8 photo passeport. Ce montant est un peu plus élevé, par rapport aux photos non minute (700 à 800 francs), prises souvent dans des studios, mais justifié par le facteur temps. « Parmi nous, il y a des étudiants, des jeunes ayant fini les études et des responsables de famille. Chacun se retrouve, à la fin de la journée », indique ce jeune photographe, qui a pris goût à ce métier, sur le tas. Les jours où il y a plus d’engouement, il rassure toucher au-delà de 30 dollars et, au-moins 20 dollars, les jours ordinaires.

L’avantage avec cet espace public est qu’on travaille dans un système de taux du jour. C’est direct-direct. On est payé cash, après chaque prise.  

Patrick Bolombo

L’engouement, dans cet espace, est fonction de la présence de jet d’eau qui attire beaucoup le public. Cependant, le fonctionnement de cet artifice à Kintambo-Magasin est aléatoire. Cette irrégularité ne fait pas les affaires des photographes. « Il arrive qu’on fasse plus de deux semaines, sans qu’il ne fonctionnement, alors que le public en a besoin pour le bon paysage de la photo. C’est notre unique grande difficulté », précise Yannick Bolombo. A part cela, ces photographes avouent ne pas être victimes des tracasseries administratives ou autres, pourtant monnaie courante dans l’environnement économique du pays. Certains estiment que cette activité, réalisée dans des lieux publics, serait dissuasive à la tracasserie.

Zéro taxe 

Exercer l’activité de photographe dans cet espace n’est pas permis à qui le veut. Cette activité est ouverte à une personne qui a adhéré à l’Association des photographes de Kintambo-Magasin (APKM). Cette dernière est constituée actuellement de 44 membres, d’après Robert Mongali, son vice-président. « Il y a des risques de tolérer que n’importe qui fasse la photographie ici. Il est nécessaire d’identifier chaque photographe, à travers une carte biométrique d’une durée d’une année et qui coûte 30 dollars », déclare-t-il. C’est une instruction des autorités municipales de Ngaliema. Le plus curieux est de remarquer que ces photographes ne payent aucune taxe. L’Etat ne tire aucun profit de leur activité, si ce n’est donner une occupation à certains jeunes qui manquent d’emploi.

Fruit de la modernité

Les mêmes réalités à Kintambo-Magasin se retrouvent dans d’autres espaces publics aménagés dans la ville : Place du Cinquantenaire, Place du 30 juin, Place des Evolués, Echangeur de Limete… Ces photographes occupent tous ces lieux publics, prêts immortaliser la présence de tous les passants.

Réfectionnés depuis quelques années, ces endroits attirent désormais plusieurs visiteurs. Certaines familles viennent y passer des moments relativement longs, les couples mariés y passent pour immortaliser leurs instants magiques. Plus un site attire, mieux ces jeunes photographes se retrouvent dans leur job. A la Place du 30 juin et à la Place des Evolués, les deux plus grands, le jet d’eau fonctionne beaucoup plus régulièrement qu’à Kitambo-Magasin. Cela laisse croire que la rentabilité y est meilleure.