La Banque Centrale du Congo veut développer la fonction de la demande de monnaie

Deogratias MUTOMBO, Gouverneur de la Banque Centrale du Congo

Deogratias MUTOMBO, Gouverneur de la Banque Centrale du Congo

La fonction de la demande de monnaie est au cœur de toute relation fiable entre la masse monétaire et le revenu nominal. « Si elle est stable, les fluctuations de la masse monétaire ou la vitesse de circulation de la monnaie sont automatiquement liées aux variations des déterminants de la demande de monnaie ». Ainsi s’exprimait, le 28 novembre dernier, M. Jean-Louis Kayembe wa Kayembe, Directeur général en charge de la politique monétaire et des opérations bancaires au sein de la Banque centrale du Congo (BCC). C’était à l’occasion de la conférence sur la présentation des résultats de deux nouvelles études menées par les experts de la Banque centrale. Portant respectivement sur « L’estimation de la demande de monnaie pour l’économie de la RDC » et sur « L’estimation de la Règle de Taylor et mécanisme d’ajustement du taux d’intérêt directeur de la BCC », ces études ont en effet abouti à des résultats fort intéressants qui ont nécessité que l’Institut d’Emission réunisse à son siège un parterre de scientifiques et de décideurs en matière des politiques économiques pour partager et discuter sur la fiabilité des conclusions de ces deux travaux de recherche.

Se sont ainsi retrouvés, des experts de la Présidence de la République, des représentants des ministères des Finances, du Budget, de l’Economie, ceux des bailleurs de fonds ainsi que des professeurs d’université et autres chercheurs en économie quantitative. Ouvrant les assises, le Vice-gouverneur de la BCC Jules Bondombe Assango a rappelé le fait que depuis plus d’une décennie la BCC a amorcé un vaste programme pour sa modernisation. Ceci dans le souci de renforcer son efficacité dans la réalisation des missions principales que le législateur lui a assignées. C’est dans ce cadre que plusieurs travaux de recherche ont été entrepris, parmi lesquels figurent les études dont les résultats ont été présentés fin novembre. Lesquels ont été réalisés suivant une orientation appliquée, plutôt que purement fondamentale, laquelle est censée contribuer à l’amélioration de la compréhension du fonctionnement de l’économie congolaise en général et du processus de la prise décision en matière de politique monétaire en particulier.

Gestion efficiente de la liquidité

Il convient de signaler que l’action de la politique monétaire consiste en une gestion adéquate et efficiente de la liquidité en vue d’obtenir et de maintenir la stabilité du niveau général des prix. Cette dernière fournit les bases d’une croissance saine et durable, et constitue le gage de tout processus de développement. L’objectif de la politique monétaire étant de lutter contre l’inflation, son succès dépend de la capacité de l’autorité monétaire à assurer un contrôle efficace de l’offre et la demande de monnaie. L’obtention de l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie suppose l’évaluation et la quantification de la demande de monnaie exprimée par les agents économiques non financiers ainsi que des facteurs qui impulsent son comportement.

En effet, expliquait encore Jean-Louis Kayembe, toute chose restant égale par ailleurs, une politique monétaire restrictive ralentit la hausse des prix, mais crée le chômage; alors qu’une politique monétaire expansionniste stimule la croissance économique, mais génère l’inflation. D’où la nécessité de l’évaluation de la quantité optimale de monnaie dont l’économie a besoin pour son équilibre et pour éviter ainsi toute poussée inflationniste ou déflationniste.

On le voit bien, la fonction de la demande de monnaie présente un intérêt considérable pour les décideurs de politique monétaire. Et à la Banque centrale du Congo, l’on est d’avis que les résultats des deux études récentes permettront désormais à l’Institut d’Emission de mieux appréhender la relation existant entre les agrégats monétaires, le comportement du taux d’intérêt, du taux de change et des variables d’activités. En outre, elles fournissent un fondement scientifique solide à même de guider les futures décisions de l’autorité monétaire et d’en apporter, au besoin, la justification de leur pertinence face aux contradicteurs de tous bords.

Coup de chapeau

Livrant ses impressions à l’issue de la présentation des résultats de deux études, Mme Waka, l’un des professeurs en Economie invités à commenter ces résultats, s’est dit satisfaite de voir la BCC intégrer l’économétrie dans ses recherches. De voir les milieux universitaires la BCC associer à ses travaux comme cela est le cas dans les pays industrialisés, nous disons coup de chapeau à la Banque des banques pour avoir pris acte des critiques et suggestions de toutes les personnes qui ont pu intervenir au cours des débats, concluait l’enseignante.

A noter enfin, que ces assises sont une matérialisation de la vision de l’actuel Gouverneur de la BCC qui, à sa prise de fonction en mai dernier, s’est fixé entre autres objectifs en matière de politique monétaire et de change, la poursuite des réformes du cadre opérationnel de la politique monétaire de la Banque. Ceci afin de conférer à ses instruments d’intervention plus de souplesse pour faire face aux évolutions de la conjoncture et aux chocs d’origine interne et externe.