La Minière de Bakwanga n’est pas sortie de l’ornière

Malgré la volonté affichée de sa nouvelle direction, personne ne se fait guère d’illusion sur la mort programmée de cet ancien fleuron de l’économie congolaise. L’assemblée générale de l’entreprise est très attendue pour connaître son sort définitif.

Usine de tri des diamants de la Miba.

Usine de tri des diamants de la Miba.

À la Minière de Bakwanga (MIBA), on veut encore y croire. La société dispose d’atouts pour affronter à la profonde crise qu’elle traverse depuis 2007. Jean-Pierre Tshibangu Katshidikaya, le président du conseil d’administration, en est convaincu. Il tient à la survie de la société et explique dans une correspondance que la MIBA peut dégager un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de dollars. Rêve ou réalisme ? Pour lui, « la société possède des ressources reconnues de l’ordre de 120 millions de carats, dont environ 80 millions dans des massifs kimberlitiques, 20 millions dans les gisements détritiques (collines et terrasses) et les anciens terrils et encore 20 millions dans les lits de rivières ». En considérant le taux d’exploration actuel, poursuit-il, on peut affirmer que, moyennant le développement de nouvelles recherches, ces ressources seront certainement augmentées d’un facteur largement supérieur à 1 (allusion faite à l’extension à l’ouest de Kanshi III et à l’approfondissement dans les massifs kimberlitiques). Sur l’année 2014, le prix de vente moyen du diamant de la société était de 24,17 dollars, la production étant essentiellement faite à partir d’un terril (constitué d’anciens rejets) situé près de la laverie de Disele et dans une moindre mesure, à partir du gisement de Dibindi, plus riche mais plus difficile à exploiter à cause de l’eau. Si on table sur un prix moyen de 20 dollars le carat – ce qui est conservatoire vu les réserves de gisements frais plus riches – on obtient un chiffre d’affaires supérieur à 2 milliards de dollars.

Dans cette correspondance datée 30 septembre adressée à Eliane Munkeni Kiekie, commissaire aux comptes de la MIBA, Tshibangu Katshidikaya répondait ainsi aux préoccupations soulevées par elle. Dans un style couperet, celle-ci voulait savoir dans combien de temps la société pensait rembourser la dette sociale. Et également si les réserves étaient suffisantes pour poursuivre l’exploitation avec ou sans augmentation du capital. Elle s’enquérait aussi des stratégies prévues pour reconstituer les fonds propres. À toutes ces interrogations, Tshibangu s’est voulu également rassurant sur la continuité de l’exploitation.

Remboursement de la dette ? 

Selon le président du conseil d’administration, « la démarche actuelle a été de construire d’abord un plan d’urgence qui court sur une période maximum de deux ans afin de construire le futur. Après le démarrage de ce plan, nous devons être en mesure, endéans six mois, de mettre au point un programme de relance ambitieux pour le long terme ». Plus loin, il émet quelques réserves lorsqu’il affirme que « le plan d’urgence intègre un certain nombre de remboursements à des créanciers, notamment concernant les dettes fournisseurs, les dettes publique et sociale ». Cette dette, écrit-il, mérite une étude approfondie qui fera partie du plan de relance. « Pour la dette publique, poursuit-il, après une démarche de conciliation des comptes, nous allons certainement nous engager dans une demande de moratoires transitoires ». Quant à la dette sociale, sans abuser de la patience et de la compréhension des travailleurs, Jean Pierre Tshibangu souligne : « Nous allons nous engager dans un dialogue qui puisse préserver les intérêts des travailleurs et de la société sur le long terme. Nous sommes convaincus que l’État, qui est notre actionnaire principal, nous accompagnera dans ces démarches en tant que pouvoir public. De plus, les deux actionnaires principaux pourront étudier la possibilité de recapitaliser la société afin de diminuer ou annuler l’endettement et permettre le retour vers un accès aux capitaux à risque ».

La dette de la société  n’a cessé de se creuser. Elle atteint aujourd’hui la somme colossale de 350 millions de dollars, dont 200 millions de dette sociale. Elle fait face à de multiples problèmes parmi lesquels la spoliation de son patrimoine foncier. En 2014, elle est parvenue, non sans peine, à produire 30 000 carats de diamants industriels, soit une moyenne journalière de 2 000 carats, selon les statistiques de la direction d’exploitation. Depuis cette date, elle est devenue une société anonyme, conformément aux recommandations de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA). Le contrat d’amodiation signé en février 2015 avec  Mercure Ressources DRC a été décrié, car contracté au mépris de la loi et des statuts de la société. Sa signature avait brisé la cohésion au sein du conseil d’administration et occasionné une exploitation irrégulière dans ses concessions sur la rivière Sankuru.

Préalables

La nouvelle direction a annoncé qu’une analyse multisectorielle est en cours.

Elle sera combinée avec la certification du massif I ainsi qu’une étude de faisabilité économique, afin de conduire à un programme de relance sur le long terme. Jean-Pierre Tshibangu estime qu’en se calquant sur le modèle du plan d’urgence, les ressources en kimberlite et détritique devraient permettre d’augmenter la production à un niveau de 200 000 à 300 000 carats par mois. Pour ce faire, il faudra mettre en marche au moins une laverie à kimberlite et une laverie à détritique du côté de l’Ouest. Le nouveau programme devrait permettre, une fois qu’un échéancier de remboursement sera négocié, « fixer la production à un niveau qui permette de faire face aux échéanciers ». D’après le président du conseil d’administration, « les calculs montrent que la maîtrise des coûts permet de limiter les coûts au carat produit et de dégager des marges positives ».