La révolution est en marche

Avec le développement des petites activités génératrices de revenus pour réduire la pauvreté, les coopératives d’épargne et de crédit deviennent un outil indispensable d’encadrement des populations. Cependant, pour bien pénétrer le marché intérieur, les opérateurs du secteur demandent à être protégés par l’État. 

Déo Katulanya Isu, directeur général de Mecreco.

Déo Katulanya Isu, directeur général de Mecreco.

« Le secteur de la microfinance est très porteur au Congo », déclare Déo Katulanya Isu. À la tête d’un réseau de coopératives d’épargne et de crédit baptiséMutuelles d’épargne et de crédit du Congo (MECRECO), il a gagné en 2012 la confiance de ses pairs pour présider le conseil d’administration de l’Association professionnelle des coopératives d’épargne et de crédit de la République démocratique du Congo (APROCEC). Homme discret, mais efficace, il a réussi à transformer sa société en une institution de référence du secteur. Ses performances managériales ont été reconnues par la Fondation Roi Baudouin en 2012. Au départ, en 2001, il y avait, une petite coopérative implantée à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, avec un capital social de 40 000 dollars d’épargnes. Aujourd’hui, MECRECO est présent dans six provinces (Kinshasa, Kongo-Central, Tshopo, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema) à travers 19 coopératives, toutes agréées par la Banque centrale. Avec une croissance régulière, MECRECO compte à ce jour plus de 235 000 membres et pèse 36 millions de dollars nets d’épargne.

« Notre ambition est d’être partout pour servir tout le monde », affirme Déo Katulanya. Il reste convaincu que ce réseau de coopératives deviendra une grande institution financière quand tout le monde aura compris que c’est un outil de développement à sa disposition. La célébration de la Journée internationale de l’épargne, le 31 octobre, a été l’occasion de faire le point de la situation au Congo. Depuis cinq ans que cette commémoration a été officialisée, l’épargne s’est sensiblement améliorée, reconnaît-il. « Nous sommes en train de gagner le pari grâce aux actions conjuguées qui ont été menées », explique-t-il. Mais, malgré les nouveaux services et produits mis sur le marché, malgré toutes les actions menées, l’objectif ultime n’est pas encore atteint. Le taux national d’inclusion financière est en deçà de 10 %.

Les jeunes et les femmes, cibles privilégiées

Cette année, les opérateurs du secteur se sont engagés à concentrer leurs activités de sensibilisation à l’épargne sur les jeunes et les femmes. « La femme, dit-on, bâtit la nation et les jeunes représentent l’avenir », rappelle Katulanya Isu. D’après le président du conseil d’administration de l’APROCEC, si on n’atteint pas ces deux cibles, on ne pourra jamais augmenter sensiblement le taux d’épargne au Congo. « Notre travail consiste à sensibiliser les populations parce que, sans épargne, on ne pourra jamais investir. Celui qui n’investit pas ne pourra jamais entrevoir l’avenir avec sérénité », insiste Katulanya. Il balaie d’un revers de la main les idées reçues selon lesquelles l’épargne est l’apanage des riches. À la différence des nantis qui épargnent naturellement parce qu’ils ont beaucoup d’argent, les gagne-petit, eux, doivent consentir des sacrifices. « Notre rôle est de conseiller les gens pour qu’ils fassent l’économie de la dépense. Par exemple, si quelqu’un consomme quatre bières par mois, nous l’exhortons à n’en prendre que deux et à épargner ce qu’il aurait pu dépenser pour les deux autres», explique-t-il. Chez MECRECO, la somme de départ est de 10 dollars. Elle donne accès à un crédit de 100 dollars. Celui qui épargne 20 dollars peut bénéficier d’un crédit de 200 dollars. Avec cette somme, poursuit Déo Katulanya, on peut lancer une activité et la faire prospérer pourvu que l’on soit bien encadré par une institution crédible. Généralement, les opérateurs du secteur de la microfinance s’adressent aux populations à faibles revenus, c’est-à-dire les exclus du circuit bancaire classique pour diverses raisons : la langue, l’éloignement, le manque de moyens pour ouvrir un compte, l’insécurité… Aujourd’hui, les institutions de microfinance ainsi que les coopératives d’épargne et de crédit étendent leurs tentacules à travers le pays. Pour leurs responsables, il s’agit d’outils d’accompagnement des populations et de développement, de lieux sûrs pour un placement d’argent. Cependant, certaines pesanteurs tirent le secteur par le bas : déficit législatif, tracasseries administratives, défaillance dans la supervision, insécurité…

Lancer des réformes

En tant que président de l’APROCEC, Déo Katulanya Isu pense que beaucoup de choses doivent changer. « Dans la plupart des pays, les institutions financières sont protégées parce qu’il s’agit d’un secteur spécial. Malheureusement, chez nous, ce n’est pas encore le cas », se plaint-il. Le gouvernement en est conscient. Il préconise un train de mesures pour rendre opérationnelles les activités de microfinance et assurer rapidement leur extension en province. Il s’agit aussi d’encourager le processus d’implantation des structures dans les grandes villes et à la campagne, d’instaurer un mécanisme de financement souple et moins contraignant pour les pauvres. Et de mettre en œuvre les réformes du cadre réglementaire.

Selon Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix 2006, et père spirituel du microcrédit, octroyer des petits prêts à de petits emprunteurs, essentiellement les femmes, contribue à lutter contre la pauvreté. C’est pourquoi le microcrédit est conçu comme une banque des pauvres. La politique nationale est un outil indispensable à la création des secteurs financiers en vue de réduire la pauvreté. Sa banque, la Grameen Bank, octroie de petits prêts à de petits emprunteurs, qui ont dépassé les 5 millions à l’heure actuelle.