L’argent ou rien

À Kinshasa, certaines écoles continuent à jeter à la rue des élèves non en règle pour les frais de scolarité. En même temps, une certaine confusion perdure autour d’une quotité qui serait reversée au gouvernement provincial dans la répartition des revenus scolaires.

Des élèves devant une école, dans la commune de la Gombe.

Des élèves devant une école, dans la commune de la Gombe.

« Je suis renvoyé de l’école pour n’avoir pas encore payé l’intégralité des frais scolaires exigés pour le premier trimestre. Sur les 96 000 francs, je n’ai payé que 50 000. Malheureusement, nous devons passer des interrogations générales. Ne pas passer ces épreuves aura des lourdes conséquences sur ma cotation », regrette une élève de cinquième secondaire à l’Institut scientifique Kimvula, dans la commune de Kintambo. Ils sont nombreux, les établissements d’enseignement primaire, secondaire et professionnel  dans la capitale qui, pour pousser les parents à payer rapidement les frais de scolarité de leurs enfants, n’hésitent pas à mettre les élèves à la porte. Certains directeurs ou préfets d’école préfèrent garder les insolvables dans la salle de classe, tout en les privant du droit de passer les épreuves importantes. D’autres demandent aux enseignants de ne pas corriger les copies des insolvables. « Je n’ai pas apuré ma dette, mais j’ai quand même passé les interrogations générales. Ma copie ne pourra être corrigée qu’après le paiement du solde », indique un élève de deuxième secondaire à l’Institut Kilimani, dans la commune de Ngaliema. À l’école primaire La Montagne, située dans la même commune, les écoliers insolvables sont isolés dans une salle sans instituteur, jusqu’à la fin des cours, selon une source proche de cet établissement. Par contre, à l’Institut de la Gombe, un élève du secondaire affirme que, depuis la rentrée scolaire, l’établissement n’a encore renvoyé personne à propos des frais scolaires. Il indique tout de même que les responsables de cette école publique menacent de le faire incessamment. Les établissements scolaires ne sont pas autorisés à renvoyer les apprenants pour non-paiement. Pourtant, chaque année, cette pratique est récurrente dans les écoles du pays. Christophe Mampaka, conseiller au ministère provincial chargé de l’Éducation, reconnaît la difficulté de sanctionner ces écoles, d’autant plus que les frais scolaires font partie des engagements pris entre elles et les parents. Cela appelle donc à la responsabilité des deux parties. « Bien sûr qu’aucune école n’a le droit d’exclure les élèves pour non-paiement des frais scolaires, mais cela ne doit pas, non plus, être une raison pour certains parents de ne pas honorer leurs engagements », indique-t-il.

Existent-ils des « frais Kimbuta » ? 

Les frais dits ‘’Kimbuta’’ n’existent pas. C’est soit par ignorance ou par malhonnêteté de certains gestionnaires des établissements scolaires que ces frais sont présentés comme bénéficiant au gouvernement provincial. Le gouverneur ne fait que fixer les frais scolaires, comme c’est le cas dans chaque province  .

Christophe Mampaka

Par ailleurs, une certaine confusion perdure quant au mode de répartition des frais scolaires. Cette confusion concerne les frais dits ‘’Kimbuta’’, présentés comme une quotité qui serait reversée à l’Hôtel de ville ou au gouvernement provincial sur les frais scolaires payés par les parents. Pour le gouvernement provincial, ces frais n’existent pas. Le 24 juillet, il avait indiqué que ce sont « des individus mal intentionnés qui persistent à faire croire à l’opinion publique » qu’il existe de pareils frais et il a condamné cette « insinuation malencontreuse ». Mais, malgré cette mise au point, la confusion demeure dans l’opinion. Les responsables des écoles contactées n’ont pas voulu s’exprimer à ce sujet. À en croire Christophe Mampaka, ces frais dits ‘’Kimbuta’’ ne sont rien d’autre que des frais de scolarité que fixe l’autorité urbaine chaque année. « C’est soit par ignorance ou par malhonnêteté de certains gestionnaires des établissements scolaires qu’ils sont présentés comme profitant au gouvernorat provincial. Le gouverneur ne fait que fixer les frais scolaires, comme c’est le cas dans chaque province  », explique-t-il.

L’arrêté du gouverneur du 16 septembre 2014 fixe les taux annuels des frais dans les établissements publics d’enseignement maternel et primaire à hauteur de 12 050 francs, le secondaire général à 19 550 francs, le secondaire technique à 21 050 francs et le secondaire technique, industriel et professionnel à 24 550 francs. Ces frais sont répartis en « dépenses par ordre » et « autres dépenses ».

Dans les « dépenses par ordre », on retrouve les rubriques assurance (100 francs), minerval (100 francs), appui à l’informatisation (100 francs), bulletin (150 francs), assainissement (250 francs), promo-scolaire et commission urbaine (250 francs), supervision des activités scolaires (300 francs), fonctionnement des antennes et bureaux provinciaux (370 francs) et carnet de santé (3500 francs). Un responsable pédagogique dans une école publique estime que les frais de carnet de santé sont « exorbitants » pour un élève ou un écolier. Ces frais sont perçus par le chef d’établissement et « versés aux numéros de compte bancaires communiqués par les ministres provinciaux ayant respectivement en charge l’Éducation et la Santé », selon la note circulaire du 26 septembre 2014 de la ministre provinciale de l’Éducation. En outre, les frais d’assurance sont perçus par la commission technique de la Société nationale d’assurances (SONAS), le minerval par la direction provinciale de l’Enseingnement primaire, secondaire et professionnel, l’assainissement par le chef d’établissement scolaire, l’appui au fonctionnement des antennes et bureaux provinciaux par le service « pré-rappelé et approuvé » par la direction provinciale de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel.

Les « autres dépenses » dans les établissements publics sont gérées par les écoles. Les interventions ponctuelles au profit du personnel des écoles sont engagées à 40 %. D’autres dépenses concernent les frais d’équipements divers (8 %), les entretiens et réparations (8 %), les fournitures de bureau (8 %), les rencontres locales (8%), la constitution des bibliothèques scolaires (10 %). Les frais généraux pour les écoles non-conventionnées et conventionnées sont engagés à hauteur de 18 %. La participation des écoles privées agréées au fonctionnement des différentes structures provinciales est fixée à 3 000 francs par an.

Il s’avère que ces frais de scolarité fixés par l’autorité provinciale ne peuvent pas assurer le paiement du personnel pendant les dix mois de l’année scolaire. De ce fait, le gouvernement provincial autorise, à l’initiative « de l’Assemblée générale des parents d’élèves, le conseil de gestion à proposer des frais d’interventions ponctuelles et ce, par l’entremise des gestionnaires du ressort ». C’est ainsi que les frais de scolarité sont majorés. Cette année à l’Institut de la Gombe, les frais au secondaire général sont fixés à 260 dollars.


 

INFO BOX

  • Frais de scolarité fixés par la ville pour les écoles publiques pour l’année scolaire 2014-2015
  • Maternel et primaire : 12 050 francs ;
  • Secondaire général et normal : 19 550 francs ;
  • Secondaire technique : 21 050 francs ;
  • Enseignement secondaire technique, industriel et professionnel : 24 550 francs.