Les technologies avancées façonnent le secteur financier africain

La Banque centrale du Congo (BCC) a lancé depuis le 13 juillet, le projet monétique bancaire. Selon ses initiateurs, ce projet entre dans le cadre du processus de modernisation du système national de paiement, jusqu’alors cloisonné dans les banques commerciales. 

Les clients ont besoin d’un système de paiement moderne.

Les clients ont besoin d’un système de paiement moderne.

Le système national de paiement est encore archaïque. Pour y remédier, la Banque centrale compte mettre en service, dans quelques jours, un système modernisé. Cela en vue d’accompagner les banques commerciales et les autres institutions financières dans la recherche de solutions pour les paiements électroniques interbancaires. À l’association congolaise de banques, on signale que la RDC compte aujourd’hui 5 millions de personnes connectées au système financier national. Partout à travers le continent, chaque pays veut participer à ce mouvement d’innovation.

Une évolution rapide

Depuis quelques années, l’industrie africaine des services financiers connaît une évolution rapide suite au développement de technologies avancées qui alimentent l’innovation et la croissance au sein du secteur. Parvenu à maturité dans la plupart des pays développés, ce secteur présente en Afrique une saturation moins dense qui offre aux nouveaux entrants sur le marché de nombreuses opportunités pour échapper au statu quo de la conduite traditionnelle des affaires. Tel est l’avis de Sumesh Rahavendra, vice-président des ventes pour DHL Express en Afrique subsaharienne. D’après lui, « l’émergence de la classe moyenne et l’abondance des PME en Afrique représentent pour les sociétés de services financiers de précieuses opportunités pour proposer beaucoup de services de banque de détail aux particuliers et des services de finance commerciale aux PME. Les PME sont, selon nous, le moteur de la croissance en Afrique, mais leur développement est souvent entravé par le manque d’accès aux facilités de financement. La classe moyenne africaine connaît l’une des plus rapides croissances du monde et l’on constate une vague de consumérisme pour les biens et services de tous types : alimentaires, électroniques, pharmaceutiques, etc. »

Réévaluation des stratégies

Selon le rapport «The Future Shape of Financial Services in Africa 2015» (L’avenir des services financiers en Afrique 2015), « le secteur constitue un marché sans limites. Dans ce document, on explique que, par rapport aux marchés mondiaux qui présentent des perspectives plus solides pour les services financiers, le risque de perturbation dans le marché des services financiers traditionnels en Afrique a poussé les entreprises à réévaluer leurs stratégies. « Tandis que la majorité des banques internationales se tournent vers l’e-commerce, un certain nombre de banques en Afrique continuent à partager les informations et à faire leurs affaires sur base de documentation papier », ajoute Sumesh Rahavendra.

S’adapter aux nouvelles normes

Un rapport d’Accenture intitulé African Financial Services Come of Age, (Les services financiers africains arrivent à maturité) annonce un avenir prometteur pour le secteur bancaire du continent. Il révèle que les réseaux de paiement grand public ont mis des années à être pleinement fonctionnels dans les économies en pleine maturité, alors que de nombreux pays d’Afrique commencent aujourd’hui à adapter leurs infrastructures de paiement traditionnelles aux nouvelles normes internationales.

Recours au Mobile Money

Le secteur local de la banque de détail fait de plus en plus appel aux nouvelles technologies telles que les plateformes «Mobile Money». Un nombre croissant de consommateurs délaissent leurs cartes bancaires et se tournent vers leur téléphone portable pour les transactions bancaires au quotidien. Outre les solutions d’argent mobile, la majorité des pays africains se sont employés de façon concertée à améliorer leur sécurité transactionnelle en préférant le système de code PIN à la carte magnétique traditionnelle. D’un point de vue logistique, même si les documents bancaires représentent toujours d’importants volumes d’expédition en Afrique, la disponibilité des nouvelles technologies augmente le besoin en équipements tels que serveurs bancaires, distributeurs automatiques et fournitures sur l’ensemble du continent, et ce, à la mesure du développement des banques dans les nouveaux pays et dans les zones rurales.

Façonner l’offre de services

Le secteur financier a nourri l’expansion de DHL en Afrique en 1978, lorsque les banques internationales avaient besoin de faire parvenir leurs documents sur le continent. En pleine maturation, il continue aujourd’hui à façonner l’offre de services sur le continent. En tant qu’unique société de logistique présente dans chacun des pays et territoires africains, DHL s’est trouvé, non seulement au premier rang pour constater l’impressionnante croissance du secteur, mais a eu également des opportunités de travailler avec certaines des institutions financières les plus importantes et les plus prospères du continent, et de participer à leur croissance.

Une lutte sans merci entre opérateurs

Le nouveau marché ne se fait pas sans quelques difficultés. Les différents opérateurs se livrent à une lutte sans merci.  Le lancement de ce service a connu des retards en raison de querelles juridiques et des problèmes avec l’autorité de régulation. Le plan de déploiement s’est longtemps heurté à la résistance de l’opérateur mobile Safaricom. Cette dernière avait déposé une plainte auprès de l’Autorité de régulation (Communications Authority) sur les risques que présentait le nouveau service offert, conçu pour faciliter l’accès mobile aux services financiers.

Le premier groupe bancaire kenyan, Equity Bank est entré sur le marché du paiement mobile grâce à sa licence MVNO (Opérateur virtuel de réseau mobile) obtenue il y a un an et le déploiement de sa marque Equitel. Son réseau mobile recense déjà 800000 abonnés, uniquement parmi ses clients bancaires, et vise les 5 millions d’ici septembre 2015. Le groupe souhaite ainsi concurrencer le mastodonte du secteur, M-pesa (20 millions d’utilisateurs fin 2014), détenu par Safaricom, leader du marché des télécoms au Kenya. Les profits générés par Safaricom M-pesa ont atteint, au 31 mars, 32 milliards de shillings kenyans. Ces revenus pourraient s’éroder si plusieurs utilisateurs devaient rejoindre Equitel. Equity Bank, l’une des principales banques du Kenya avec près de 9 millions de comptes dans le pays, avait obtenu la licence MVNO en 2004. Tous les clients Airtel Kenya auront accès au service bancaire Equitel. Ils pourront également utiliser des distributeurs automatiques de billets en Afrique du Sud.