Mobile Banking : un palliatif à la faible couverture bancaire

Le nouveau système de transaction financière par téléphone, facilite la paie des agents et fonctionnaires qui sont dans des zones les plus reculées de la RDC. Mais certains, parmi eux, se plaignent souvent de la distance à parcourir pour atteindre le lieu de retrait du salaire en espèces. Les opérateurs comptent résoudre ce problème. 

Les télécoms perçoivent 1,20 dollar par fonctionnaire. (Photo Wikipédia)

Les télécoms perçoivent 1,20 dollar par fonctionnaire. (Photo Wikipédia)

Face au nombre de non-bancarisés et à l’accessibilité d’un nombre croissant de personnes aux téléphones portables en usage en RDC, le Mobile Banking passe pour être la solution pour la paie des fonctionnaires et agents de l’Etat se trouvant dans des zones les plus reculées du pays et dépourvues des établissements bancaires.

En effet, depuis mai 2013, tous les agents et fonctionnaires de l’Etat, soit un million de personnes sur tout le territoire, ont été bancarisés. Ceux qui résident en ville n’ont qu’à se rendre à l’agence la plus proche pour retirer leur solde. Près de 60 % du total des salaires sont ainsi perçus, via des banques. Pour les personnes qui vivent en zone rurale, loin des guichets, c’est devenu un calvaire. Selon la Fédération des entreprises du Congo (FEC), la couverture de l’ensemble du territoire national, par les institutions bancaires, est à moins de 5%. Logiquement, les fonctionnaires, se trouvant en milieu rural, ne sauraient bénéficier des effets de la bancarisation. De ce fait, le Mobile Banking paraît être, pour le gouvernement, une solution palliative à cette faible couverture bancaire du pays.

Pour assurer le relais, trois opérateurs téléphoniques, dotés chacun d’une société spécialisée dans le paiement mobile (Tigo Cash, Airtel Money et M-Pesa de Vodacom), avaient signé, il y a plus d’une année, un contrat avec l’Association congolaise des banques (ACB), qui centralise et redistribue les listes de paiement des fonctionnaires.

Pour eux, le versement de ces salaires constitue un excellent test : « là où les banques n’arrivent pas, nous pouvons y arriver », avait affirmé, en juin 2013, Kimani Kirore, directeur commercial de M-Pesa de Vodacom. Selon lui, les résultats sont satisfaisants. « M-Pesa a pu payer 7.000 agents et fonctionnaires de l’Etat, en 2013, et nous comptons payer 15 000 fonctionnaires, dans les mois qui suivent », avait-il avancé. Chez un autre opérateur, Airtel, l’on évoque le chiffre de 65 827 fonctionnaires servis par Airtel Money depuis le mois de décembre 2012. En mai 2013, leurs statistiques avaient doublé à plus de 127 000 agents payés par le Mobile Banking. A en croire Dandy Yela, responsable de communication externe de Airtel RDC, les opérateurs des télécoms ont une extension beaucoup plus large que les banques. « C’est pourquoi les autorités ont fait recours à nous », avait-t-il indiqué.

Des limites…

Airtel, Tigo et Vodacom qui ont chacun mis en place une filiale de banque mobile et signé des accords avec les établissements locaux, n’arrivent pas à répondre aux attentes de tous les agents et fonctionnaires de l’Etat. « Les fonctionnaires recevaient un SMS leur notifiant le versement de leur salaire. Mais où peuvent-ils aller avec le SMS quand il n’y a pas d’agence bancaire dans les environs ? », s’était interrogé Michel Losembe, président de l’Association congolaise des banques (ACB).

Pour Jean-Louis Kayembe, président du comité de suivi de la paie des agents et fonctionnaires de l’Etat, l’explication est simple : « La couverture réseau est limitée, et les opérateurs rencontrent des difficultés pour acheminer les fonds. »

Mais certains opérateurs justifient, à leur manière, ce même constat de faible couverture du pays. Selon Jonathan Johannesen, responsable de Tigo Cash, « les opérateurs mobiles ont été dupés ». Sollicités pour cette opération de bancarisation à la dernière minute, il ne leur restait plus qu’à accepter de prendre les zones les plus reculées, les banques ayant monopolisé toutes les villes – qui représentent 60 % de la paie en valeur.

Au-delà de l’inaccessibilité des zones qui leur sont réservées, tous ces opérateurs se plaignent d’une autre chose : la perte de l’argent. Les banques, qui sous-traitent le versement des salaires aux opérateurs télécoms, les rémunèrent sur la base de 1,20 dollar (environ 0,90 euro). « C’est trop peu », estime un des responsables de ces compagnies de téléphonie mobile.

Stéphane Teyssèdre, directeur général de Tigo RDC a, quant à lui, noté que les opérateurs télécoms sont en renégociation des contrats, dans les zones où ils perdent de l’argent. Il a également avancé que les montants de leurs prestations pourraient être revus à la hausse dans les territoires les plus enclavés.

INFO BOX

  • Le Mobile Banking permet, à tout utilisateur, d’effectuer de paiement, virement, achats et autres services à l’aide d’un simple numéro de téléphone.
  • Les banques, qui sous-traitent le versement des salaires aux opérateurs télécoms les rémunèrent sur la base de 1,20 dollar (environ 0,90 euro)