Mouvements de capitaux, dérèglementation, mondialisation… c’est quoi la globalisation financière ?

Depuis la fin des accords de Bretton Woods, le capitalisme a beaucoup évolué dans les pays développés et les mouvements de capitaux se sont libéralisés. C’est dans un contexte de dérèglementation, qu’est apparu le concept de mondialisation financière.

AVANT de définir le terme globalisation financière, les experts recommandent d’abord de différencier la mondialisation financière de la mondialisation commerciale. Par mondialisation commerciale, on entend l’importation et l’exportation croissantes des biens et services au cours du temps, et par mondialisation financière, l’importation et l’exportation d’actifs financiers (prêts bancaires, actions, obligations) donnant lieu à l’accroissement des échanges internationaux en actifs financiers. 

La mondialisation financière, aussi appelée globalisation financière, désigne le processus d’intégration des différents marchés de capitaux et d’ouverture de tous les marchés nationaux à l’international pour aboutir à un marché mondial unique des capitaux. Elle correspond donc à des transformations très profondes qui associent étroitement la libéralisation des systèmes financiers nationaux et l’intégration internationale. 

Mais peut-on dire que la globalisation financière a globalement un bilan positif ? « Un voleur qui justifierait son vol en expliquant comment il a réellement aidé ses victimes et comment ses dépenses ont stimulé le commerce ne convaincrait personne ; mais quand sa théorie revêt l’apparence d’équations keynésiennes et de références édifiantes à ‘l’effet multiplicateur’, elle emporte davantage la conviction, malheureusement ». Cette indignation de l’économiste autrichien Murray Rothbard donne une mesure de l’impact puissant que comporte le débat économique à l’égard des politiques d’endettement de l’État dans le financement de l’activité économique.

Le célèbre krach boursier d’octobre 1929 (« jeudi noir ») illustre la grave crise financière puis économique et sociale bouleversant par la suite les États-Unis mais aussi le monde entier (« la Grande dépression »). En effet, la spéculation financière associée à une crise de la demande (salaires faibles, ce qui ne permet pas aux « demandeurs » d’absorber toute l’offre) mènent à un désastre financier. Désastre qui va se propager dans le monde entier au cours des années 1930.

S’en suit alors aux États-Unis une politique de relance de l’économie par les grands travaux, dans la Tennessee Valley par exemple l’État devient alors le moteur économique, c’est lui qui va insuffler des liquidités. Cette économie est toujours basée sur les marchés financiers mais la réforme du système bancaire pour assurer plus de sécurité prépare le passage à une autre économie. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que va se mettre en place une économie d’endettement, notamment suite aux préconisations de John Maynard Keynes (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936).

Pour en venir aux Trente Glorieuses, c’est durant cette période que le financement de l’économie est très réglementé, notamment en France. Tout comme aux États-Unis, on parle d’une économie d’endettement, c’est-à-dire que l’essentiel du financement des entreprises se fait par des crédits bancaires et non par l’émission de titres sur le marché. L’activité des marchés financiers est alors cloisonnée et limitée, ce qui implique que très peu d’acteurs peuvent y accéder (comme par exemple les entreprises moyennes qui ne peuvent y accéder directement). 

L’intervention de l’État 

Par exemple en France, c’est l’État qui contrôle la plupart des institutions financières et impose les taux d’intérêt. Il peut ainsi encourager l’activité économique en demandant aux banques de baisser leurs taux d’intérêt pour que les entreprises puissent facilement emprunter et investir et pour renforcer le pouvoir d’achat. 

En 1944, les accords de Bretton Woods organisent un système de changes fixes au niveau international. Toutes les monnaies mondiales ont un taux de change fixe défini par rapport au dollar, et le dollar lui-même est défini par rapport à un poids d’or fixe. La stabilité des changes s’accompagne d’une relative fermeture des marchés de capitaux.

Lors d’une économie d’endettement, il est normal de connaître l’inflation car on encourage fortement la demande et cela fait monter les prix. Seulement elle est normalement liée à une forte croissance, ce qui n’est plus le cas dans les années 1970, jusqu’à devenir difficilement soutenable. Au début des années 1980, en France, elle avoisine les 13 %. Les différents agents économiques sont alors tous très endettés et les entreprises voient leurs bénéfices baisser. 

Cette situation inquiétante va amener les principaux pays développés à changer de mode de financement et favoriser les marchés financiers. Le tournant qui va se propager jusqu’à se globaliser et qui s’effectua à la suite de la conférence du G7 de Toronto de 1979. Cette globalisation financière, résulte de décisions politiques qui ont entraîné des évolutions majeures, présentées généralement sous la règle des « 3 D ». Expression inventée par Henri Bourguinat qui signifie : décloisonnement, désintermédiation et déréglementation. 

Ce sont ces trois processus qui caractérisent le phénomène de globalisation financière et auxquels on peut même ajouter un 4è D pour dématérialisation qui caractériserait le développement rapide des technologies de l’information (NTIC) dans les années 90 (il existe parfois même un 5è D pour désengagement de l’État).

Le terme déréglementation désigne le processus d’assouplissement ou de suppression des réglementations nationales régissant, et restreignant, la circulation des capitaux (contrôle des changes, encadrement du crédit, etc.). Ainsi, les États-Unis et la plupart des États européens ont autorisé la création de nouveaux titres échangeables sur les marchés de capitaux, tels que les obligations transformables en actions, les produits dérivés ou encore les nouveaux titres de dette publique. Ils ont aussi réduit le contrôle de l’État sur les Bourses, en transformant celles-ci en sociétés par actions. Enfin, ils ont favorisé le développement de la concurrence sur le marché des changes en supprimant le contrôle sur le taux de change.

Le décloisonnement est une conséquence de la déréglementation. Les réglementations antérieures avaient créé des spécificités bancaires, chaque type de banque s’adressant à une clientèle spécifique et étant spécialisés dans certaines opérations (ex : le financement de l’agriculture). Le décloisonnement a consisté dans la disparition des spécificités bancaires, chaque banque devenant maintenant directement concurrente des autres.

Intermédiation

Quand on a une intermédiation de bilan, c’est qu’entre l’actif des acteurs financiers et leur passif, il y a des banques servant d’intermédiaire. Elles collectent l’argent et effectuent les prêts. La désintermédiation par contre c’est à la fois la titrisation (passer un crédit/créance sous forme de titres/actions échangées en bourse ensuite) et le fait que les choses ne passent plus par le bilan des banques mais directement entre l’acheteur et le vendeur ; marchés financiers sur le long terme et marché monétaire sur le court terme.

À titre d’exemple, la part du crédit bancaire en France et en Allemagne est passée de 66 % à la fin des années 1970 à 50 % de nos jours. Cela entraîne donc une baisse d’activité des acteurs institutionnels. Dans le même temps, la fin du système de Bretton Woods et les accords de la Jamaïque en 1976 officialisent un régime de changes flottants au niveau mondial, ce qui permet le développement de marchés internationaux de capitaux.

Hormis l’intensification des transferts internationaux d’épargne qui est une des caractéristiques de cette globalisation, on peut ajouter que le phénomène est caractérisé par une triple unité : de lieu, de temps et de produits. Unité de lieu : les places financières sont interconnectées les unes aux autres par des réseaux modernes de communication. Unité de temps : le marché international des capitaux fonctionne en permanence (24 heures sur 24). Unité de produits : les mêmes produits financiers sont proposés partout. À suivre…