Pas de soins sans argent

Etre démuni et se faire soigner relève de l’exploit. C’est pourtant à cette dure réalité que sont confrontés des millions de Congolais. Et ils ne savent pas à quel saint se vouer. 

A l’Hôpital du Cinquantenaire, la consultation d’un spécilaiste oscille entre 20 000 et 25 000 francs.

A l’Hôpital du Cinquantenaire, la consultation d’un spécilaiste oscille entre 20 000 et 25 000 francs.

L’accès aux soins médicaux en République démocratique du Congo, spécialement dans les hôpitaux publics, est toujours une très grande préoccupation. Pour la simple raison que, dans leur majorité, les Congolais sont dans une situation socio-économique très précaire, ce qui ne leur permet pas de faire face aux dépenses de santé. Pire, les hôpitaux publics, qui auraient dû leur faciliter les choses, appliquent des grilles tarifaires inabordables. Ce que confirme un agent du service de facturation de l’Hôpital général  de référence de Kinshasa, ex-Mama Yemo : « Les pauvres sont plus nombreux à se faire soigner dans cet hôpital de l’état que les riches. Les traitements coûtent cher. Et n’eût été l’intervention de l’état, cette catégorie de la population ne fréquenterait pas cet hôpital.»

Le coût de la santé      

Tout commence par l’établissement d’une fiche médicale. Des Cliniques universitaires de Kinshasa en passant par l’Hôpital général de référence  de Kinshasa et l’hôpital de Kintambo, il faut débourser environ 2000 francs pour l’achat d’une fiche. C’est elle qui donne droit à la consultation, dont le montant varie entre 7 000 et 15 000 francs. A l’Hôpital du Cinquantenaire, la consultation d’un spécialiste oscille entre 20 000 et 25 000 francs. C’est ce que doit obligatoirement payer tout malade. Cette étape, en réalité, ne donne pas du fil à retordre aux patients. C’est au niveau des frais à payer après traitement que les coûts, englobant les frais d’hospitalisation et ceux des produits pharmaceutiques, deviennent exorbitants pour les plus démunis. Un malade interné aux soins intensifs dit avoir reçu une facture salée de plus de 180 000 francs.

L’intervention de l’état       

Pour payer la consultation et se faire soigner, la majeure partie des malades est obligée de recourir à l’endettement ou à la vente d’un bien de valeur, le salaire ne suffisant pas. Le ministère de la Santé publique est conscient que le mode de paiement direct appliqué par les hôpitaux sous sa tutelle place les malades devant une impasse, en particulier les agents et fonctionnaires de l’état, les policiers et les militaires. Le ministère prend en charge, par conséquent, une grande partie des frais. L’initiative du gouvernement a pour objectif de faciliter de façon considérable l’accès aux soins et services de santé de qualité.

L’Inde et l’Afrique du Sud attirent       

Les efforts d’amélioration des infrastructures hospitalières n’empêchent pas bon nombre de Congolais d’aller se faire soigner ailleurs, particulièrement en Afrique du Sud et en Inde. Pour la bonne raison que les hôpitaux locaux n’inspirent pas du tout confiance. Les pathologies de certains d’entre eux ne peuvent même pas être soignées ici. « Je me suis fait opérer des yeux par deux fois sans que je sois complètement guérie. Une amie qui avait vécu une situation similaire pour une maladie différente avant que le problème ne soit résolu en Inde, me conseilla de suivre son exemple. Tout a marché ! Que serais-je devenue si j’étais restée au pays », soutient une dame. Elle reconnaît néanmoins que « le coût, billets, soins et séjour compris, sont plus élevés qu’ici, mais cela vaut la peine. » Pour aller en Inde, elle a dû  débourser environ  2 000 dollars en plus des 600 payés pour les examens exigés par le médecin spécialiste. Sur place, son séjour à l’hôpital, qui a duré deux mois, a coûté 50 dollars par jour. Total : quelque 3 000 dollars. Pour limiter les dépenses, ce qui se rendent en Inde n’hésitent pas à aller habiter dans des maisons  d’étudiants congolais qui louent une chambre à 300 ou 400 dollars par mois.  La dame ajoute : «Les médecins indiens, bien que formés aux états-Unis et dans d’autres pays occidentaux, rentrent le plus souvent dans leur pays pour se mettre au service des malades. Les nôtres, les spécialistes en particulier, préfèrent ne pas revenir à cause des conditions de travail médiocres et des salaires de misère qui leur sont proposés. »  Denise Ngalula  a, quant à elle, été en Afrique du Sud pour faire soigner une des ses filles.  Elle affirme que les frais médicaux  et la consultation d’un spécialiste lui ont coûté 10 000 dollars. A quoi s’ajoutent les prix des billets qui varient en fonction des périodes. Quand elle a effectué son voyage, elle a payé un aller simple à 800 dollars et 300 dollars pour sa fille. «Si je n’avais pas reçu plusieurs aides financières, je ne m’en serais pas sortie. Je suis sûre que ma fille serait morte. En tout, j’ai dû dépenser plus de 25 000 dollars, frais de séjour et de visas compris.