Pneus d’occasion, une affaire rentable

Le commerce de pneumatiques usagés est une activité qui prend de l’ampleur dans la capitale Kinshasa. Esprit créatif kinois ou solution palliative, cette activité fait, dans tous les cas, le bonheur des vendeurs à la sauvette.

Un réparateur de pneus, à Kinshasa.

Un réparateur de pneus, à Kinshasa.

La quarantaine bien sonnée, cet électricien de formation a changé de cap. « Je vivais avec une fille qui est tombée enceinte. Sans emploi, j’ai éprouvé de sérieuses difficultés pour la prendre en charge.  C’est ainsi que je me suis initié au commerce des pneus d’occasion d’abord pour un ami.  Après, plus de six voyages aux ports de Boma et de Matadi m’ont donné confiance. Aujourd’hui, treize ans après,  cette activité est devenue mon gagne-pain ». L’homme a ouvert son propre commerce dans la commune de Kasa-Vubu.  Comme lui, beaucoup de Congolais désœuvrés s’adonnent à cette activité pour assurer leur quotidien. Ils sont soit détaillants, soit dépositaires.

L’abc du pneu

Pour espérer en tirer quelque bénéfice, un minimum de connaissances est requis. « En premier lieu, il est nécessaire de maitriser  les différents types de pneus : les pneus  pour les voitures, les 4×4, les bus et les grands camions.   Il faut ensuite identifier les différentes informations du fabricant  relatives aux pneus.  Sur la portière de chaque véhicule, le fabricant colle une notice qui donne de précieuses indications sur la largeur, la hauteur et le rayon du pneu d’origine, ce qui facilite aussi son remplacement. Faute de ces indications, on peut aussi recourir à l’expérience, en estimant la hauteur du véhicule pour voir si le pneu est compatible.

« Il y a plusieurs marques de pneus en vente à Kinshasa; Michelin, Dunlop, Yokohama, Achille, Goodyear, Continental et Avon.  Michelin, Goodyear et Bridgestone sont les marques préférées parce qu’elles sont les plus anciennes. Leurs produits sont réputés durables. Pour ma part, les pneus qui viennent de la Suisse sont souvent de bonne qualité par rapport à ceux de la Grande Bretagne ou de la Belgique », explique un autre vendeur, fort  de son expérience de vingt ans,

La durée de vie d’un pneu usagé dépend de beaucoup de choses dont la charge transportée par le véhicule, l’état des routes… Généralement, il ne résiste pas au-delà de trois mois. Quant au pneu  neuf, il peut servir longtemps, entre deux et six ans.

« Nous n’avons pas un détecteur des défauts de pneus d’occasion.  En ce qui me concerne, je me fie à mon expérience.  Cependant, certains défauts sont visibles à l’œil nu. Lorsque le défaut est répéré, l’article est retiré du stock », affirme le responsable d’un magasin. Les commerçants s’approvisionnent soit directement aux ports de Matadi et de Boma, soit alors chez les grands dépositaires à Kinshasa. « Nous préférons les produits venant des ports, car ils sont bon marché, comparés à ceux que proposent les Nigérians », selon un revendeur.

Chiffre d’affaires 

Six à dix dollars en moyenne, telle est la marge bénéficiaire selon qu’on s’approvisionne directement dans le Bas-Congo ou chez les importateurs installés à Kinshasa. Les ventes journalières vont rarement au-delà de 8 pneus. Un habitué affirme que cette activité lui permet de gagner jusqu’à 1000 dollars par mois, Comme c’est un produit de seconde main, le marchandage est aisé. Le prix de chaque pneu est fonction de sa dimension, de la marque ainsi que de son prix d’achat.  Actuellement, un pneu neuf coûte entre 200 et 300 dollars, alors qu’un pneu d’occasion se vend entre 20 et 60 dollars. Les acheteurs sont chauffeurs de taxi, de taxi-bus, mais aussi des particuliers. Certains nantis viennent également s’approvisionner. Il existe à KInshasa une usine qui fabrique des pneus Cobra. Malheureusement, aux dires des connaisseurs, l’offre est limitée à quelques modèles qui n’arrangent les commerçants qui ont besoin de diversification pour garantir la rentabilité. « Je ne sais pas si je pourrais un jour abandonner cette activité, qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Grâce à ce travail, je me suis fait beaucoup d’amis dans divers milieux. j’arrive à payer mon loyer, à m’occuper de ma famille et à scolariser mes enfants. Tant que le charroi automobile augmentera à Kinshasa, les pneus d’occasion trouveront toujours preneurs. C’est un commerce porteur », avoue un commerçant.