Un kilo de ciment et puis c’est tout !

Dans différents marchés de la capitale, les clients n’ont plus besoin d’un sac entier pour satisfaire leurs besoins : ils préfèrent de petites quantités. Cette nouvelle pratique arrange les commerçants, qui voient leurs bénéfices augmenter. 

Des sachets contenant chacun un kilo de ciment dans une quincaillerie, à Kinshasa.

Des sachets contenant chacun un kilo de ciment dans une quincaillerie, à Kinshasa.

« La vente de ciment en petite quantité est avantageuse. Un sac me rapporte plus de 100 % de bénéfices », avoue Franck Mao Osongo, propriétaire d’une quincaillerie au marché municipal de Kintambo. Depuis 2011, il fonctionne ainsi et se frotte les mains. Chez lui, un kilo de ciment coûte 500 francs. Pour un sac de 50 kilos, vendu officiellement à 13 000 francs, il gagne 25 000 francs. Mais l’homme préfère s’approvisionner au marché noir et paye beaucoup moins. « Ce sont généralement des maçons qui, après leur travail dans différents chantiers, viennent nous vendre le sac de ciment autour de 10 000 francs. Le bénéfice est bien plus important que si on achetait dans des dépôts », dit-il. L’affaire est d’autant plus rentable pour lui qu’un sac ne va jamais au-delà de trois jours. « D’habitude, nous vendons le sac entier en un jour. Beaucoup de gens sont intéressés parce qu’ils veulent réaliser de petits travaux. Nous sommes là pour les aider. On ne peut quand même pas demander à quelqu’un qui a besoin de boucher quelques trous de sa maison d’acheter tout un sac », renchérit le commerçant. En effet, il n’est pas le seul à tirer profit de ce système. Les acheteurs s’y retrouvent également. Chez Mao, on retrouve même le ciment blanc dont le kilo se négocie à 1000 francs. Sa marge bénéficiaire est cependant moins importante que le ciment gris. Pour un sac de 25 kilos acheté à 18 000 francs, il ne gagne que 7 000 francs. Pour mesurer le poids, il n’a pas besoin de précautions particulières. Un sachet pour se couvrir les mains et un pot dont la mesure est évaluée à un kilogramme lui suffisent. « Nous n’utilisons pas des gants pour ce travail. Le sachet suffit pour protéger nos mains », affirme-t-il.  Cette pratique, on le retrouve pratiquement dans tous les marchés de la capitale.

Forte demande à travers le pays     

Face au boom immobilier qui s’observe dans le pays, particulièrement à Kinshasa, il y a une forte demande de ciment gris, par rapport à l’offre. Le ministère de l’Economie et du Commerce évalue le besoin de ce produit à 3,5 millions de tonnes par an, alors que la production locale n’est à présent qu’à 500 000 tonnes. Seules deux sociétés locales sont en activité : la Cimenterie de Lukala (CILU) au Bas-Congo et la Cimenterie du Katanga (CIMEKAT). La première produit, à elle seule, 400 000 tonnes. La Cimenterie nationale (CINAT), dont les activités sont à l’arrêt, attend un nouvel investissement pour se relancer. Le gouvernement est prêt à céder plus de 58 % de ses parts à la société angolaise Nova Cimangola. Cependant, la production locale de ciment gris promet des jours meilleurs avec une dizaine de projets de construction de cimenteries en cours, essentiellement au Bas-Congo. En attendant, c’est le marché extérieur qui supplée à cette carence. Depuis la pénurie de 2008, le ciment gris est importé des pays comme l’Angola, l’Inde, la Chine, le Maroc et la Turquie. Un libéralisme auquel le gouvernement compte mettre fin dès l’amélioration de la production locale, à l’horizon 2017.