Afrique: plus de jeunes, de citadins et de personnes âgées à l’horizon 2065

out va changer en Afrique où la transition démographique en cours va entraîner une baisse simultanée de la mortalité et de la natalité. Explications avec Mabingué Ngom, directeur régional du Fonds des Nations unies pour la population en l’Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

 

Selon le rapport publié en 2012 par les Nations unies sur les perspectives de la population globale, l’Afrique passera de 1 milliard d’habitants en 2010 à 3 milliards en 2065. Elle représentera alors un quart de la population mondiale. Sur cette même période, le nombre de 15-24 ans ira de 327 à 531 millions de jeunes, comptant pour 30,2 % de la population africaine. La part des citadins va elle aussi augmenter (de 41 % à 63 %) d’ici cinquante ans. Et celle du total des plus de 65 ans devrait doubler (de 3,4 à 7,7 %).

« L’espérance de vie va en effet bondir de 58 ans actuellement à 72 ans en 2065. Un autre changement majeur qui va bouleverser nos sociétés », explique Mabingué Ngom, un économiste sénégalais, directeur régional du FNUAP basé à Dakar, qui couvre les 23 pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Le « dividende » démographique

Derrière ce tourbillon de chiffres, se dessine la transition démographique en cours en Afrique avec un retard marqué sur l’Europe et l’Asie. Cette transition porte sur une baisse simultanée de la natalité et de la mortalité, faisant miroiter aux investisseurs le fameux « dividende » démographique – avec une part de la population qui comptera plus de jeunes actifs. En effet, la proportion des personnes à charge – les moins de 15 ans et les personnes âgées – diminue tandis que celle des personnes adultes en âge de travailler augmente. Ainsi, le ratio de dépendance (nombre de personnes à charge pour 100 personnes en âge de travailler) tend à baisser. Un phénomène qui tire déjà une bonne part de la croissance économique puisqu’il faut satisfaire les besoins d’une population de plus en plus nombreuse et de moins en moins dépendante sur le plan économique.

« Avec moins de personnes à entretenir, scolariser, nourrir, habiller et soigner, explique Mabingué Ngom, les pays concernés disposent d’une fenêtre d’opportunité pour une croissance plus rapide : il se dégage alors une épargne, et les investissements qui suivent peuvent générer le dividende démographique ». Ce phénomène n’a cependant rien de mécanique, et il n’est pas garanti qu’il produise en Afrique exactement les mêmes effets qu’en Inde ou en Corée du Sud. « Il faut absolument des politiques cohérentes dans la santé et l’éducation et des mesures pour la création d’emplois décents et productifs », souligne le directeur régional du FNUAP.

Pas d’exception africaine

D’aucuns prétendent qu’il existe une « exception » africaine sur le plan démographique, en raison de son histoire particulière. Jusqu’en 1950, l’Afrique a en effet connu une baisse absolue de sa population. « Une situation qui découle en partie de la traite négrière, renforcée, plus tard, par la colonisation et ses conséquences néfastes sur les populations – avec, notamment, l’importation des maladies européennes, rappelle Mabingué Ngom. Cependant, on ne peut pas parler d’exception démographique, sur un continent où la transition démographique est simplement plus tardive ». Parmi les idées toutes faites sur la démographie africaine, deux s’avèrent, selon lui, particulièrement erronées. Premièrement, l’Afrique n’est plus largement rurale, puisque le taux de population urbaine est de 59 % en Afrique australe, 51 % en Afrique du Nord, 45 % en Afrique de l’Ouest, 42 % en Afrique centrale et 24 % en Afrique de l’Est. Seconde idée fausse : la femme africaine fait beaucoup d’enfants. « En réalité, la femme ayant fait des études secondaires a deux fois moins d’enfants que celle qui n’a pas été scolarisée. Avec la promotion de la scolarisation des filles, surtout au-delà du secondaire, la transition de la fécondité va s’accélérer. »

Un OMD qui n’est pas atteint

Si la mortalité baisse, elle se situe toujours à un niveau « inacceptable », selon le directeur régional du FNUAP, notamment celle des moins de cinq ans. Entre 1990 et 2015, le taux de mortalité infantile est passé de 168 à 89 pour mille pour l’ensemble du continent, avec des variations régionales importantes : 37 en Afrique du Nord, 44 en Afrique australe, 73 en Afrique de l’Est, 105 en Afrique de l’Ouest et 146 en Afrique centrale. La baisse de ce taux était un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) – qui n’est « pas atteint dans la plupart des pays du continent », déplore cet expert. La fécondité reste aussi très élevée, malgré sa baisse continue. Elle est passée de 5,7 à 4,4 enfants par femme en moyenne entre 1990 et 2015 sur l’ensemble du continent – avec des variations régionales importantes. Un petit groupe de pays se distingue avec moins de trois enfants par femme : Algérie, Libye, Maroc, Tunisie, Cap-Vert, Seychelles, Maurice, Afrique du Sud et Botswana.

En revanche, le Sahel reste la région marquée par la plus forte fécondité, entre 6 et 7 enfants par femme, avec une pointe de 7,6 enfants par femme au Niger. En Afrique australe, les femmes n’ont plus que 2,3 enfants en moyenne, contre 2,9 en Afrique du Nord, 4,5 en Afrique de l’Est, 5,2 en Afrique centrale et 5,3 en Afrique de l’Ouest.

Conclusion de l’expert du FNUAP : « La population africaine, du fait de cette dynamique, est la plus jeune du monde. Et elle le restera pour longtemps encore ».