196 millions de dollars de prêt pour une opération réappropriation

Gécamines, le géant minier d’hier, rêve de redevenir le major du secteur minier congolais, (photo AFP)

Gécamines, le géant minier d’hier, rêve de redevenir le major du secteur minier congolais, (photo AFP)

Avec la création de plus de 200 entreprises minières au Katanga sur les cendres du patrimoine minier national géré exclusivement par la Générale des carrières et des mines (Gécamines), l’Etat avait oublié qu’il était en train d’affaiblir son outil de travail, de dissuasion et de régulation dans un domaine aussi stratégique que les mines. Conséquence, ce sont des privés qui dictent la loi dans ce secteur. Ils se sont arrogé des pouvoirs énormes au point que l’Etat a perdu de son influence faute d’un acteur majeur. La Gécamines est un actionnaire minoritaire dans tous les minings (entre 20 à 25% seulement), sa voix ne compte plus, regrette un cadre de la Gécamines nostalgique de l’âge d’or de cette compagnie qui contribuait à plus de 40 % au budget de l’Etat, créait la richesse nationale avec une production maximale de 450.000 tonnes par an dans les années 1980. Aujourd’hui, avec une production de 900.000 tonnes en 2013, selon les rapports de la Banque centrale du Congo, le secteur minier en RDC ne contribue plus qu’à hauteur de 15 % au budget national. L’Etat, à travers sa société publique, la Gécamines, rêve de redevenir un acteur majeur dans le secteur minier sans enfreindre les règles de l’économie libérale. Le comité actuel de la Gécamines avait annoncé, il y a quelques mois, une vaste opération de recapitalisation de la société notamment par l’augmentation des actions dans le mining ainsi que par la reprise d’exploitation en propre en levant les fonds (au moins 3 milliards de dollars sur le marché financier international).

Première solution congolaise 

La première levée de fonds ne s’est pas faite sur les grandes places financières occidentales de Londres, New York, la Banque mondiale ou au Club de Paris, constate avec satisfaction un spécialiste du secteur minier congolais. C’est, au contraire, un opérateur financier de droit congolais qui apporte la première bouffée d’oxygène. Le groupe Fleurette, fonds d’investissement du milliardaire israélien Dan Gertler, a reconnu avoir consenti en 2013 un prêt de 196 millions de dollars à la Gécamines afin que l’entreprise minière étatique puisse réaliser ce qu’elle nommait, l’année dernière, son «projet minier phare».

La Gécamines a utilisé le prêt pour redevenir propriétaire dans tous les droits des concessions minières inexploitées de Deziwa et Ecaille C, a révélé la Holding dans une réponse à l’agence de presse « Bloomberg ». Ces zones renferment environ 4,85 millions de tonnes de cuivre et 401.900 de cobalt. Ce qui les place parmi les plus grands gisements de métaux en RDC, selon un calcul fait en mars 2009 par Golder Associates Inc, un cabinet de consultance basé à Atlanta (Etats-Unis).

« Ce financement a permis à la Gécamines de reprendre l’entière propriété et le contrôle de l’un des plus grands gisements cuprifères découverts en RDC », affirme Fleurette. Le prêt – à court terme au taux d’intérêt de 6 % – a été consenti en janvier 2013 par African Dawn Finance, Ltd, une société filiale du Groupe.

Coup de pub d’un homme d’affaires accusé de mauvaise pratiques ?

Dan Gertler tenait à garder secrète son opération conclue depuis 2013. Peut-être à cause de sa sulfureuse réputation d’opacité dans ses affaires en RDC. C’est l’agence Bloomberg qui l’a révélé en fin de semaine passée.  Gertler et la Gécamines ont été des partenaires dans plusieurs négociations que de nombreuses ONG anti-corruption – telles que Global Witness (basée à Londres) et l’Africa Progress Panel, de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan ont souvent dénoncées pour leur manque de transparence et d’équité.

Pour exemple, en 2011, l’entreprise étatique avait cédé à Dan Gertler ses participations dans les mines de Mutanda et de Kansuki (des projets miniers de Glencore-Xstrata Plc à Kolwezi au Katanga) à des prix inférieurs à ceux du marché, selon des estimations indépendantes faites sur la carrière de Mutanda à l’époque. Une autre affaire a concerné, toujours en 2011, la vente de la mine de Comide à la société Kazakh Eurasian Natural Resources Corp (ENRC) qui avait même entraîné l’annulation d’un programme de prêt du Fonds monétaire international (FMI) à la RDC, après le refus de la Gécamines de dévoiler les détails de cette opération. Malgré tout,  Gertler se considère comme l’un des plus grands investisseurs en RDC, participant au développement d’un des pays les plus pauvres du monde.

Un projet phare 

Deziwa est la concession «phare» de la Gécamines pour laquelle elle recherchait des fonds afin d’y lancer, de façon autonome, un projet de développement. Elle s’était, toutefois, gardée de divulguer le nom du bienfaiteur qui avait avancé les fonds pour le rachat de parts de son ancien partenaire,  Copperbelt Minerals, Ltd., qui détenait une participation de 68 % dans la Société minière de Deziwa et Ecaille C Sprl (SOMIDEC) avec une production estimée à 200.000 tonnes de cuivre par an, la carrière de Deziwa devrait permettre à la Gécamine de retrouver son niveau des années 1980, lorsque sa production annuelle de métal était quasiment d’un demi-million de tonnes. Selon son administrateur délégué, après des années de mauvaise gestion et de guerres civiles, qui ont presque ruiné l’entreprise, la Gécamines a vu sa production progresser à 41.000 tonnes l’année dernière. Elle compte l’augmenter de 46 % cette année. Une Gécamines compétitive et en bonne santé [financière] suscitera plus d’intérêt et attirera davantage d’investissements dans le secteur minier,  pensent les officiels congolais.