As V. club : une société… des réformes

Les dirigeants actuels du club « le plus populaire » de Kinshasa ont décidé de rompre avec le statut d’Asbl. Cette décision implique des changements profonds dans l’organisation de l’équipe.

L’A.S.V Club au stade des Martyrs à Kinshasa, lors du match contre Saint Eloi Lupopo. (Photo Radio Okapi)

L’A.S.V Club au stade des Martyrs à Kinshasa, lors du match contre Saint Eloi Lupopo. (Photo Radio Okapi)

« L’assemblée s’est prononcée pour qu’on quitte le statut d’Asbl pour une société à objet sportif », annonçait Patrick Banishayi, Secrétaire général du team vert et noir, le 19 juin, au cours de l’assemblée générale ordinaire du club tenue à Kinshasa. «Le comité a déjà préparé les statuts. Nous pensons que dans un bref délai, la société As V. Club va voir le jour et nous venons d’enregistrer le nom Association Sportive Victoria Club (As V. Club) pour qu’il devienne une marque déposée. De même que le logo en vert avec le dauphin noir au milieu», a-t-il poursuivi. Il a précisé que c’est depuis deux ans que ce projet a été élaboré.

Passer du statut de l’Association sans but lucratif à la société anonyme à objet sportif implique un certain nombre de réformes à engager dans l’organisation de cette formation sportive. Créé en 1935, Vita club a toujours fonctionné comme une Asbl, malgré sa popularité. C’est un statut vieux de soixante dix-neuf ans avec lequel les dirigeants actuels semblent bien décider de rompre, sans attendre. Mais il faudra aussi rompre avec de vielles habitudes. Le club a mis sur pied une commission chargée de la réforme des structures et d’identification des supporters. Les ‘’Moscovites’’ (dénomination des supporters de ce club), n’ont jamais été identifiés.

« Le vieux club de 1935 n’a jamais identifié ses supporters. Il n’a commencé à le faire qu’il y a une année. Nous disons à ceux qui soutiennent V.club qu’ils s’appellent abusivement supporters. Un supporter n’est pas un fanatique, ni un applaudisseur », indique Denis Kambayi qui pilote cette commission.

Connaître le nombre de supporters, c’est aussi un moyen d’identifier les potentiels contributeurs à la caisse du club qui ne doit désormais compter que sur ses propres ressources financières. Denis Kambayi souligne que « tout celui qui veut être appelé supporter doit contribuer pour son équipe ».

Faire face aux conservateurs 

Réformer, c’est aussi gérer la marque du club, contrefait jusque là par quiconque veut. «Toute personne qui oserait contrefaire le logo ou le nom de V. Club sera sanctionnée, car beaucoup de gens se sont enrichis derrière le dos de l’équipe sans que celle-ci en bénéficie », averti Patrick Banishayi. Et d’annoncer que très bientôt, le club va disposer des boutiques et magasins de vente de ses équipements. Cela qui serait une source de revenu supplémentaire que l’équipe n’a jamais utilisée.

Le vieux club de 1935 n’a jamais identifié ses supporters. Il n’a commencé à le faire qu’il y a une année. Nous disons à ceux qui soutiennent V.club qu’ils s’appellent abusivement supporter. Un supporter n’est pas un fanatique ni un applaudisseur.

Denis Kambayi

Les réformateurs devront également faire face aux groupes de conservateurs, appelés « fondateurs ». Ils existent dans des grands clubs du pays, cherchant souvent à avoir droit au chapitre. A ce point, Denis Kambayi prévient : « Il y a une dizaine d’années, les supporters pouvaient se réunir et organiser une marche et chasser des dirigeants. Avec la société, cela devra changer. Si vous ne donnez pas de l’argent, vous n’avez pas droit à la parole ». Il reconnait que « ce n’est pas facile pour quelqu’un qui a par exemple 79 ans de nous comprendre. Il disent que V.club a toujours été comme ça (…) ».

Daring club Motema Pembe (DCMP), club rival de V. Club à Kinshasa, est aujourd’hui divisé en deux factions, essentiellement en raison de la question de sa transformation en société. Le club a revêtu le statut de SPRL depuis 2012, mais n’arrive toujours pas à s’y conformer à cause des querelles intestines entre pro-société et anti-société.

En RDC, seul le Tout Puissant Mazembe de Lubumbashi évolue depuis 2010, comme société. Cela marche pour le moment parce que le club bénéficie du soutien financier de Moïse Katumbi, son président et actionnaire majoritaire avec 60 % des parts. La société Mining Compagny Katanga, sponsor principal, participe à hauteur de 10% au budget du club. Dans la liste de sponsors, s’ajoute aussi la société minière Tenke Fungurume Mining.

    Au cours de la dernière saison sportive 2014, l’As V.club a dépensé 1 291 650 dollars contre 1 293 816 dollars perçu. Ses principales dépenses se sont présentées de la manière suivante:

  • recrutement des joueurs : 215 000 dollars
  • achat des véhicules : 45 000 dollars
  • rémunération des joueurs et des membres du staff technique : 360 000 dollars
  • transport pour les matches de la Linafoot : 96 000 dollars
  • primes de matches : 135 000 dollars de la Caf et 25 000 dollars de la Linafoot.