Evra, l’embarras avant les barrages

AFP PHOTO FRANCK FIFE

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PARIS, La sortie virulente de Patrice Evra tombe au plus mauvais moment et plonge la Fédération française de football (FFF) dans l’embarras, juste avant les barrages (15 et 19 novembre) qualificatifs pour le Mondial-2014.

En dehors du terrain, l’image des Bleus n’avait pas besoin de ça et, sur le terrain, une suspension éventuelle du joueur, titulaire en défense et leader dans le vestiaire, serait problématique en vue des barrages.

. Knysna ressuscite après une belle parenthèse sportive

“La Fédération regrette ces propos qui n’ont pas de sens. Là, ce n’était pas le bon moment”, a commenté Noël Le Graët, président de la FFF, à l’issue du tirage au sort des barrages qui a réservé l’Ukraine aux Bleus lundi à Zurich.

Ces déclarations d’Evra remettent les Bleus dans le mauvais sens, celui du récent sondage BVA établissant que 82% des Français ont une “mauvaise opinion” des Bleus, clairement liée, pour 76% des personnes interrogées, à l’affaire du bus de Knysna.

Mais, dernièrement, les joueurs français avaient réussi à montrer une belle image sur le terrain, avec 13 buts inscrits pour trois victoires toutes compétitions confondues lors de leur trois derniers matches.

Et voilà que la diffusion dimanche d’une interview d’Evra datant du mardi 15 octobre, après une victoire 3-0 contre la Finlande en qualification pour le Mondial-2014, vient de nouveau brouiller l’image publique des Bleus. Le défenseur de Manchester United, qui y traite quatre consultants (Luis Fernandez, Bixente Lizarazu, Rolland Courbis et Pierre Ménès) de “clochards” et de “parasites”, entre autres, ressuscite les fantômes de Knysna. Evra a obtenu l’inverse de ce qu’il cherchait, puisqu’il accusait ces consultants de raviver artificiellement les plaies de la fameuse grève en Afrique du Sud. Ainsi, les images d’archives qui tournent désormais sont celles d’un Evra, alors capitaine des Bleus, qui s’embrouille avec le préparateur sportif de l’époque, Robert Duverne, qu’il venait d’informer de la volonté du groupe de faire grève de l’entraînement ce fameux 20 juin 2010.

. Une suspension serait problématique sportivement

La FFF, qui fait de l’image des Bleus et de leur communication une priorité, a logiquement convoqué le joueur de ManU pour s’expliquer devant le président de la “3F” Noël Le Graët et le sélectionneur Didier Deschamps. La date n’est pas encore précisée, mais ce sera forcément avant le 7 novembre, jour ou sera dévoilée la liste pour les barrages. Ce ne sera pas en ce début de semaine, car Evra joue en Ligue des champions mercredi.

La question est de savoir si Evra peut être suspendu pour ces fameux barrages. Si c’est le cas, il faudra prendre en compte le passif du joueur, sanctionné de cinq matches de suspension en Bleu après les évènements du Mondial-2010.

M. Le Graët ne s’est pas avancé sur d’éventuelles sanctions, déclarant lundi: “C’est regrettable comme incident, mais ce n’est pas la fin du monde.”

Le patron du football français a cherché à dédramatiser et dédouaner le latéral: “Je préfère m’engager sur rien parce que c’est quelqu’un que j’aime bien. Je le connais bien et on le voit dans l’interview, il est complètement à bout de nerfs”.

Une suspension d’Evra (52 sélections) poserait d’abord un problème sportif. L’ancien joueur de Monaco a montré sur les derniers matches d’octobre qu’il restait au-dessus de son concurrent Gaël Clichy dans la hiérarchie au poste de latéral gauche. Les alternatives ne sont pas légion. Lucas Digne, champion du monde des moins de 20 ans cet été et titulaire à ce poste avec les Espoirs, joue peu au Paris SG.

Il ne faut pas négliger non plus le poids d’Evra dans le vestiaire, puisque, comme l’a rappelé Le Graët lundi, “au niveau du groupe, Evra est bien, estimé par ses amis”.

Le discours d’Evra, joueur apprécié par le leader technique des Bleus Franck Ribéry, avait galvanisé le vestiaire français à la mi-temps de Belarus-France (victoire 4-2), alors que les hommes de Deschamps étaient menés 1-0 à la pause.