Jean-Florent Ibenge, l’homme qui veut maintenir Vita Club au sommet du continent

Finaliste de la Ligue des champions de la CAF avec les Vert et noir de Kinshasa et  qualifié pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations 2015 avec les Léopards, cet entraîneur obtient des résultats positifs depuis son retour au pays, il y a deux ans. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Jean-Florent Ibenge, entraîneur de Vita Club et des Léopards.

Jean-Florent Ibenge, entraîneur de Vita Club et des Léopards.

Né le 4 décembre 1961 à Mbandaka, dans la province de l’Équateur, Jean-Florent Ibenge Ikwange n’a pas vécu longtemps au pays. À 12 ans, il quitte Kinshasa pour la France. Plus tard, sur insistance de ses parents, il entreprend des études universitaires et décroche un diplôme de maîtrise en économie à l’université de Lille I. Mais sa passion pour le ballon rond l’emporte sur ce que souhaitent ses parents.

Celui qui, durant son enfance à Kinshasa, ne pouvait manquer pour rien au monde l’entraînement de l’Association sportive Vita Club ou encore des Léopards à la Foire internationale de Kinshasa, car il habitait au Motel Fikin, a combiné ses études d’économie avec le football amateur en France. C’est en 1984 que débute sa carrière d’entraîneur. Il suit des cours d’entraîneur et obtient le Diplôme A de l’Union européenne de football association.

Hormis son bref passage, en 2008, au poste de sélectionneur adjoint de la génération dite de Marbella (Espagne), – composée de joueurs congolais évoluant en Europe dans laquelle se sont révélés notamment Youssouf Mulumbu ou encore Cédric Mongungu -, Jean-Florent Ibenge n’avait entraîné aucune équipe congolaise. Fin 2012, quand il séjourne à Kinshasa pour les obsèques de sa sœur, il est approché par un certain Pierre Kazadi Tshishishi, président du Conseil suprême de Vita Club, qui lui propose de prendre en main le destin de l’équipe kinoise.

Ibenge venait alors de résilier un contrat avec le club chinois Shangaï Shenhua où il secondait le Français Nicolas Anelka qui, tout en jouant, occupait, en même temps, le poste d’entraîneur principal. Et quand son envie d’évoluer au pays coïncide avec l’offre de Vita Club, il n’hésite pas. « J’ai accepté immédiatement car revenir au pays a toujours été mon souhait. Avant, j’avais plusieurs fois postulé en équipe nationale ou dans des clubs, sans succès », raconte-t-il. Après une première saison de « jaugeage d’effectif » sans grand-chose à se mettre sous la dent, Vita Club ne remporte aucun titre au niveau national et se fait éliminer aux seizièmes de finale de la Ligue des champions.

Il faut attendre la saison suivante pour voir agir la magie Ibenge. L’entraîneur réussit l’exploit de conduire Vita Club en finale de la Ligue des champions de la CAF, une première après 33 ans ! Pourtant, l’objectif lui assigné était d’arriver en quarts de finale de la prestigieuse compétition. « On quittait toujours la compétition à l’étape des seizièmes de finale. On a même fini par baptiser l’équipe ‘‘16ème rue’’.

C’était un vrai challenge que de disputer les quarts de finale, surtout avec les coriaces adversaires qu’on a eu à rencontrer, on n’était pas favori. Et puis, un à un, on les a éliminés. C’est quand on a atteint les quarts de finale que l’idée d’aller jusqu’au bout est venue », affirme-t-il. Pour lui, c’est l’expérience qui a manqué à son équipe pour remporter la finale perdue face aux Algériens de l’Entente sportive de Sétif (2-2 à Kinshasa et 1-1 à Blida) : « En finale, il nous a manqué l’habitude d’évoluer au haut niveau. Habitude qu’on a perdue il y a longtemps. Ce sont des choses qui se préparent. On a commis beaucoup d’erreurs notamment autour des joueurs au match aller à Kinshasa qu’on ne commettra sûrement pas la prochaine fois ».

Mais la prochaine fois, Vita Club qui ne jouera pas la Ligue des champions, se contentera de la modeste Coupe de la confédération, pour avoir terminé troisième à la dernière édition de la Ligue nationale de football (LINAFOOT). Si beaucoup attendent voir ce club, au vu des résultats enregistrés cette saison et de la décision de ses dirigeants de reconduire la même équipe, survoler cette compétition, ce n’est pas le cas pour son entraîneur qui souligne que la tâche n’est pas aisée.

Esprit de la « gagne »

Arriver en finale de la Ligue des champions ne doit plus être considéré comme un exploit pour un grand club comme Vita Club. Mais, plutôt comme quelque chose de quasi naturel, tous les deux, trois ans, à l’instar des clubs européens comme le Real de Madrid ou le Bayern de Munich qui, régulièrement, se retrouvent au plus haut niveau.

Jean-Florent Ibenge

Dans sa méthode de travail, ce technicien met en avant le postulat de la transformation. Il confirme, comme d’ailleurs la plupart des spécialistes, que le pays regorge de véritables talents dans ce sport et qu’il y a beaucoup de choses à changer notamment dans la mentalité, pour pousser les joueurs à la victoire. « À Vita Club, on aime le beau jeu, mais pas forcément gagner », remarque-t-il.

C’est cet esprit de la « gagne » qu’il inculque à ses joueurs qui, « s’ils ont le savoir, n’ont pas forcément le savoir-faire », assène-t-il.  Mais gagner, pour lui, doit se faire d’une manière propre. C’est-à-dire dans le respect des règles du jeu. « Je ne supporte pas la tricherie (corrompre les arbitres par exemple). C’est quand même beaucoup plus gratifiant de gagner par ses propres efforts que de bénéficier de quelque faveur gratuite. On n’a rien sans peine. Beaucoup travailler et souffrir, c’est le message que je donne à mes joueurs », indique-t-il.

De l’exploit à l’habitude

Au-delà de tout, Jean-Florent Ibenge a une vision beaucoup plus vaste pour son équipe. Il pense qu’arriver en finale de la Ligue des champions ne doit plus être considéré comme un exploit pour ce grand club du pays, avec toute la popularité qu’on lui reconnaît. Mais, plutôt « quelque chose de quasi naturel tous les deux, trois ans, à l’instar des grands clubs européens comme le Real de Madrid ou le Bayern de Munich qui, régulièrement, se retrouvent au plus haut niveau de la Ligue des champions de l’UEFA. » Pour y parvenir, prévient-il, il y a des préalables.

Vita Club doit, par exemple, ouvrir un centre de formation digne de ce nom, pour préparer les jeunes au haut niveau. Pour l’instant, le club n’a pas d’équipes de jeunes, condition sine qua non pour se maintenir au plus haut niveau en Afrique pendant longtemps. « Comme entraîneur principal, je ne peux pas rester dans le club sans donner de bonnes idées aux dirigeants. Je sais l’importance d’avoir un centre de formation. Je suis d’ailleurs parmi les gens qui ont énormément milité pour l’achat du centre de Kimbondo. Le président de Vita Club cherche maintenant des voies et moyens pour créer ce centre ».

Il reste, dès lors, à savoir si ce conseiller technique sera toujours à la tête de l’équipe pour vivre la concrétisation de son projet. Son contrat expire courant décembre et le suspense reste entier quant à son renouvellement. « Le contrat n’est pas tacite. Cela suppose qu’on doit s’asseoir et discuter ». Envisage-t-il de continuer avec V. Club ? « On doit s’asseoir et discuter », répète-t-il. Les dirigeants et les supporters du club ne jurent que par sa reconduction.

Mais quoi qu’il arrive, Jean-Florent Ibenge aura gagné le cœur des Bana Vea, les irréductibles et très exigeants supporters, depuis son arrivée au club ; ce que peu d’entraîneurs ont réussi à faire. Au-delà de ses résultats, si « le courant passe bien » entre lui et les supporters, au point de l’exalter presque à chaque match par leurs chansons, c’est parce qu’il a instauré un dialogue permanent avec eux, dès le départ. « À mon arrivée, ils étaient friands d’informations et avaient une façon de voir les choses. Qu’ils soient nombreux ou virulents, je leur ai toujours fait face.

Mais je ne suis pas dupe. Quand les choses ne marchent pas, ils savent me le montrer aussi. Je n’oublie pas qu’ils m’ont jeté des cailloux quand on avait perdu contre les Léopards de Dolisie. Nous entretenons des relations passionnelles. À mes débuts, ils ne connaissaient pas ma méthode de travail. Il a fallu que je la leur explique. Moi aussi, je leur ai parlé de ce que j’attendais d’eux. On est arrivé en finale en travaillant ensemble, le staff technique, les supporters et les dirigeants. C’est ce qu’on appelle un club ! Il faut savoir travailler ensemble et que, surtout, chacun sache rester à sa place », souligne-t-il.

Difficile combinaison 

Ibenge ne bénéficie pas uniquement de la sympathie des supporters de Vita Club, mais également d’un bon nombre de Congolais. Il a réussi à  qualifier les Léopards à la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations 2015, au moment où les espoirs semblaient perdus. Mais le « Mourinho congolais », pour certains, mesure déjà combien il est difficile de s’occuper à la fois d’un club et d’une sélection nationale. « Le fait d’être à Vita Club m’empêche, notamment, de me déplacer pour rencontrer certains autres joueurs au pays ou à l’extérieur, et pour avoir des échanges avec mes collègues entraîneurs.

C’est ce rôle important pour un sélectionneur qui me manque un peu. Maintenant, cela semble aller, mais ce sera très compliqué à la longue. Par exemple, pendant la phase finale de la CAN, je serai absent de mon club », regrette-t-il. Heureux pour la qualification des Léopards, il estime que le pays peut être fier de sortir d’un groupe avec deux mondialistes (le Cameroun et la Côte d’Ivoire) à l’état actuel des choses.

Mais, dans l’avenir, cette tendance devrait s’inverser. Avec les Léopards, Jean-Florent Ibenge a dépassé encore, avec satisfaction, les limites de son objectif qui était uniquement de « monter une bonne équipe nationale ». À la CAN, Ibenge va avec « modestie ». Son objectif, pour l’instant, est que la sélection congolaise donne le meilleur d’elle-même. Son travail de former une équipe compacte s’inscrit dans une période de quatre ans, jusqu’à la Coupe du monde en 2018, bien que le technicien ait signé, jusqu’à présent, un contrat d’une année avec la Fédération congolaise de football association (FECOFA).

Contrat dont les termes d’exécution n’ont jamais été appliqués, parce que perdu entre les cabinets ministériels. « Il y a des gens qui auraient perdu le contrat au niveau du ministère des Sports,  des Finances ou encore du Budget, on ne sait pas. Ils se renvoient la balle. En gros, on (staff technique) n’a pas été payé, même pas pour nos loyers. On a refait un autre contrat, on attend son exécution », dit-il.