La banane toujours en hausse

Selon les statistiques disponibles, la production de ce fruit, qu’il s’agisse de sa version douce ou du plantain, est en progression depuis 2006. C’est l’un des fruits les plus plantés presque partout à travers le pays.

La banane a la particularité de pousser dans toutes les provinces de la RDC.

La banane a la particularité de pousser dans toutes les provinces de la RDC.

De 2006 à 2011, la production de la banane douce a connu une augmentation de 2, 512 tonnes contre 4,171 tonnes pour la banane plantain et la banane naine. « Ces données chiffrées, parmi tant d’autres, sont considérées comme matière principale dans l’élaboration des politiques agricoles cohérentes et des programmes de développement agricole. Elles ont été réalisées auprès des opérateurs du secteur sur le terrain », signale André Mampaka Lukusa, chef de division au service national des statistiques agricoles (SNSA). À l’exception de Kinshasa, qui ne produit pas de banane plantain, ces deux fruits de grande consommation sont plantés dans le reste du pays. Autre exception : la banane à bière, qu’on cultive uniquement dans les deux Kivu.

Production de la banane douce

De 2006 à 2011, la culture de la banane est allée crescendo dans les onze provinces. Le Bas- Congo occupe la première place en termes de production avec 86,152 tonnes en 2006 et 86,854 tonnes en 2011. Au bas du classement, Kinshasa avec seulement 1,076 et 1,086 tonne de bananes au cours de la même période. Pour ce qui est de la banane plantain, la Province-Orientale a produit 220,261 tonnes en 2006 et 222,141 en 2011. Vient le Nord-Kivu avec 120,214 tonnes et 121,239 tonnes pour la période correspondante. Kinshasa, à en croire les statistiques, n’a produit aucune tonne. Ce vide ne signifie pas que la capitale ne produit pas de banane plantain, au contraire. Mais le volume reste trop faible. Par ailleurs, la banane à bière, bien qu’absente dans neuf des onze provinces, connaît une forte production par rapport aux deux autres. Elle est ainsi passée de 716,050 tonnes en 2006 à 726,134 tonnes en 2011.

Différentes contraintes 

Kinshasa est généralement approvisionnée en banane tant douce que plantain par les provinces du Bas-Congo, du Bandundu, de l’Équateur, et par la Province-Orientale. Cependant, les producteurs éprouvent beaucoup de difficultés pour évacuer leur récolte vers les grands centres  de commercialisation notamment Kinshasa, Matadi, Boma, Bandundu, et Kisangani. « Les routes pour évacuer les bananes sont en mauvais état. Ce qui décourage beaucoup de transporteurs désireux d’aller jusque sur les lieux de production. Par conséquent, les bananes, faute d’être bien stockées et bien conditionnées, finissent par pourrir. Cette situation nous décourage d’en produire davantage de peur de travailler à perte », déclare Alphonse Ndomanueno, producteur de bananes dans le Mayombe, dans la province du Bas-Congo. Il ajoute que la grande partie de la production est consommée par les producteurs eux-mêmes. Sans parler des maladies qui touchent le fruit et ravagent la production. Selon un agronome, l’absence d’une technologie de transformation de la banane en produit fini ne facilite pas non plus les choses.


 

Vendre de la banane pour survivre

B.U. 

Assise derrière sa marchandise étalée à même le sol, à moins de deux mètres de la redoutable route de Matadi, la nationale n° 1, Micheline, la cinquantaine, attend impatiemment ses clients sous un soleil de plomb, qui n’épargne pas les bananes douces trop mûres. Juste à côté, dans les mêmes conditions, une autre dame, surnommée « Double » – elle a mis au monde des jumeaux – vend, elle, des bananes plantains. Micheline s’adonne à cette activité commerciale depuis presque dix ans. Mais elle n’a jamais réalisé de gros bénéfices. Principale  préoccupation : la survie au quotidien. 

« C’est depuis 2006 que je vends des bananes dans ce parking du marché Matadi Kibala afin de subvenir aux besoins de mon ménage. Mon mari, agent de l’État, ne gagne pas grand-chose pour faire face, tout seul, aux multiples besoins de notre foyer. Si je ne vendais pas ces bananes, ce serait pour moi sacrifier mon ménage », se confie Micheline. 

Le Bas-Congo, grenier de Kinshasa 

Cette province de l’Ouest est le principal fournisseur de la capitale en bananes tant douces que plantains. Le gros de la production provient principalement du district du Bas-Fleuve avec annuellement plus ou moins 11 000 tonnes de bananes douces sur une production provinciale annuelle de 22 975 tonnes et 48 000 tonnes de bananes plantains sur une production régionale estimée à 86 845 tonnes. Les tracasseries policières et diverses taxes journalières à payer au niveau du marché sont perçues comme une menace pour ce commerce. Il y a quelques années, l’approvisionnement de Kinshasa par la seule province du Bas-Congo était de l’ordre de 90 % contre 10 %  pour la Province-Orientale, l’Équateur et le Bandundu. C’est surtout l’œuvre de petits commerçants. Micheline, qui fait partie de ces petits commerçants, s’approvisionne auprès des planteurs du Bas-Congo. Le régime coûte 5000 francs auxquels il faut ajouter 300 francs par marchandise pour les frais de transport vers Kinshasa. À Matadi Kibala, elle débourse 300 francs de frais d’entreposage par régime et 1000 francs par régime pour les manutentionnaires. Pour cette vendeuse en gros, les producteurs peinent à écouler leur récolte qui est, de ce fait, plus consommée localement que vendue. À ce propos, une étude sur la production et la commercialisation de la banane en République démocratique du Congo réalisée en 2010 confirme que  la banane est très consommée sur le plan local. Environ 70 % de la production bananière est directement consommée par les producteurs ruraux et les 30 % restants représentent la partie commercialisable et l’ensemble des pertes enregistrées dans le conditionnement des produits après récolte. Ainsi, pour pallier cette situation, les producteurs finissent par descendre eux-mêmes à Kinshasa pour écouler leurs marchandises au prix de gros.

La vente des bananes est une activité rentable qui procure des bénéfices assez intéressants. En même temps, il y a de grosses pertes à cause du caractère facilement périssable de la banane. Malheureusement, dans la fixation des prix dans tous les points de vente de Kinshasa, l’État ne joue aucun rôle, chacun vendrait au prix qui l’arrange. Selon les grossistes, deux facteurs majeurs influencent le prix des bananes : la loi de l’offre et de la demande, ainsi que la cupidité des vendeurs. En effet, les prix sont beaucoup plus bas pendant la période d’abondance, qui va de février à avril. Par contre, à l’approche des fêtes de fin d’année et des collations des grades académiques, les prix des bananes, surtout le plantain, montent en flèche. 

Mais les vendeuses au détail, pour gagner un peu plus d’argent et ne pas enregistrer beaucoup de pertes, ont développé certaines astuces. Selon l’une d’elles, elles évitent souvent d’acheter des bananes mûres qui ne procurent pas assez de bénéfices. Elles préfèrent les bananes vertes qu’elles achètent moins cher et les laissent mûrir. Les bénéfices sont ainsi garantis à 100 %.  « En temps normal, j’achète un régime de bananes vertes à 5000 francs. Je le fais mûrir à la maison pour vendre trois bananes à 500 francs et 6 à 1000 francs », affirme une vendeuse à l’UPN. Autre astuce : « Lorsqu’il m’arrive d’acheter des bananes déjà mûres à plus de 8000 francs le régime et que celles-ci commencent à pourrir quelques jours après parce que non vendues, je ne les jette pas pour ne pas faire de pertes. Je baisse simplement les prix, 3 ou 4 bananes à 200 ou 300 francs, à la tête du client. » Une autre vendeuse au marché Gambela, avoue préférer la vente des bananes plantains à cause de leur prix élevé et parce qu’elles ne sont pas aussi facilement périssables que les bananes douces.