La pénurie d’électricité handicape les PMI

Outre un appui quasi-inexistant du gouvernement et le difficile accès aux crédits bancaires, le développement des petites et moyennes industries, par qui devrait passer l’émergence d’une classe moyenne, est freiné par le faible taux de desserte en énergie électrique. 

Bruno Kapandji Kalala, ministre des Ressources hydrauliques et de l’Electricité.

Bruno Kapandji Kalala, ministre des Ressources hydrauliques et de l’Electricité.

Pour le gouvernement, l’émergence d’une classe moyenne en RDC devrait passer par les petites et moyennes entreprises ou industries. Mais ces dernières butent sur plusieurs difficultés dont l’absence d’une assistance efficace du gouvernement et l’accès aux crédits dans les banques commerciales du pays. La faible desserte en électricité, un problème général, freine également leur développement. Selon le gouvernement, le taux d’accès à l’électricité sur l’ensemble du pays est estimé à 9 %, soit 7 millions de privilégiés sur une population totale d’environ 75 millions d’habitants.

De plus, il existe une forte disparité entre les provinces, ce taux variant de 0,5 % dans le Kasaï-Occidental à 45 % à Kinshasa. En milieu urbain, où vit près de 30 % de la population, les estimations arrivent jusqu’à 35 %, alors qu’en milieu rural, qui compte 70 % de la population, elles sont à 1 %.

Dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), la RDC devra relever son taux de desserte à 12,5 % d’ici 2015,  à 60 % à l’horizon 2025 et, à terme, couvrir l’ensemble du territoire. Pour y parvenir, il est prévu une amélioration du cadre institutionnel et réglementaire du secteur de l’énergie, la  réalisation des investissements qui visent aussi bien la fiabilisation, la réhabilitation des infrastructures existantes ainsi que le développement de nouvelles infrastructures. L’objectif étant,  d’une part, d’assurer l’électrification des centres urbains et les exportations et, d’autre part, l’électrification du monde rural.

La libéralisation du secteur se fait attendre

Un accès adéquat à l’électricité pourrait permettre de réduire les coûts de production de 80 % et accroître le chiffre d’affaires de certaines entreprises de 60 % pour les rendre compétitives et créer des emplois supplémentaires.

La carence en l’électricité constitue un véritable manque à gagner pour les industries, petites ou grandes. Selon la Banque mondiale, les PME et PMI voient ainsi leurs chiffres d’affaires s’effriter à près de 5 %. Cette perte peut même atteindre 20 % dans le cadre des activités du secteur informel. Pourtant, un accès adéquat à l’électricité pourrait permettre de réduire les coûts de production de 80 % et accroître le chiffre d’affaires de certaines entreprises de 60 % pour les rendre compétitives et créer des emplois supplémentaires.

Un taux de croissance de 2,5 % par habitant pourrait être atteint si la qualité des services énergétiques s’améliore, selon cette institution financière. Parmi les solutions envisagées pour sortir du gouffre, il y a un appui conséquent à la Société nationale d’électricité (SNEL) en butte depuis des années à des difficultés tant techniques que matérielles. Il y a aussi la libéralisation du secteur. Votée au Parlement fin 2013, la loi sur la libéralisation du secteur de l’électricité attend jusqu’à présent sa promulgation par le président de la République.

Cette loi fixe les modalités d’exercice du droit d’accès à l’énergie électrique et édicte des règles qui prennent en compte la réalité et les différentes contraintes inhérentes à une gestion rationnelle, efficace et bénéfique à tous, de toutes les activités du service public de l’électricité. Pour les sénateurs, la concurrence améliorerait les conditions de travail et permettrait l’électrification des milieux urbains, périurbains et ruraux.

L’ancien directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC, Eustache Ouayoro, estimait que la libéralisation de ce secteur est importante pour le pays avec ses cinq cents sites de production hydroélectrique.  « Le défi pour nous tous, c’est ce paradoxe. Pays riche, 52 % de toutes les eaux d’Afrique se trouvent ici. Il y a cinq cents sites de production hydroélectrique dans ce pays sur l’ensemble du territoire sans avoir besoin d’attendre Inga.

La matière première, c’est l’eau et c’est la pente. Vous avez les deux et vous pouvez produire l’électricité. Et nous sommes prêts à accompagner le gouvernement et les opérateurs privés à créer les conditions pour que ce développement du secteur hydraulique puisse se mettre en place, pour que le secteur privé puisse se développer », déclarait-il.