TONY NGANGA

La fraude coûte chaque année jusqu’à 15 milliards de dollars à la RDC, a déclaré le conseiller du président Joseph Kabila en charge de la lutte contre la fraude, la corruption et le blanchiment, Emmanuel Luzolo Bambi. Ce montant représente le triple de celui du budget du pays qui est proposé à l’Assemblée nationale par le gouvernement. Sans donner davantage de précisions, il a souligné que la corruption touchait les niveaux les plus élevés de l’État. « Lorsqu’il y a une évasion, une fuite, une fraude, évaluée entre 10 et 15 milliards de dollars par an, c’est au sommet de l’État qu’il faut modifier la tendance », a dit Luzolo Bambi.

Sa plainte au pénal, au nom du président de la République, contre plus d’une dizaine de responsables gouvernementaux, actuels et passés, qu’il accuse de fraude, corruption et blanchiment, demeure, plus d’une année après, sans réponse du ministère public. Les évêques catholiques considèrent la corruption comme « situation préoccupante » qui risque de mettre en danger l’avenir du pays. « Dans notre pays, la corruption a atteint des proportions aussi inquiétantes qu’insupportables. Aujourd’hui tous les services se monnayent et s’achètent en bonne conscience. Même ceux qui se disent chrétiens ne se gênent plus à monnayer des décisions politiques, économiques, judiciaires, voire académiques… La corruption est devenue le cadre général de vie et d’action sociopolitique en RDC. Il y a péril en la demeure. Pour bâtir un grand Congo, ne serait-il pas urgent de décréter une année de lutte contre la corruption ? », ont déclaré les évêques.

Un avocat d’affaires souhaite qu’une loi relative à la prévention et la lutte contre la corruption soit urgemment votée pour doter le pays d’un arsenal juridique susceptible d’éradiquer ce fléau. En attendant, la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF) a le pouvoir de saisir des sommes importantes d’argent conformément à la loi n°04/016 du 19 juillet 2011 portant lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cette loi modifie et complète l’ordonnance-loi n°67/272 relative aux pouvoirs réglementaires de la Banque centrale du Congo (BCC), en ce qu’elle permet à la CENAREF d’infliger aux contrevenants des peines d’amende dont le maximum est égal à trois fois le montant de la somme blanchie.

Selon le cabinet de conseil en gestion des risques Verisk Maplecroft, la RDC arrive en tête de liste de l’indice annuel (2015) de risque de corruption qui mesure la prévalence de la corruption et de l’efficacité des programmes gouvernementaux de lutte contre ce fléau. Le fait que les fonctionnaires chargés de lutter contre la corruption soient souvent ceux qui en bénéficient le plus, est aussi un important facteur qui explique le manque d’efficacité, selon Verisk Maplecroft.