L’état économique des clubs reste très fragile

Au moment où se clôture, au Brésil, le ‘’Mondial 2014’’, un regard jeté sur les équipes affiliées à la fédération nationale montre que ces unités font encore figure de parent pauvre : manque d’infrastructures de base, budget presque inexistant, dépendance financière à un homme providentiel… le sport roi est encore loin de devenir un vrai business au pays.  

La plupart des clubs conglais manquent d’infrastructures de base et de budgets conséquents (Ph. Radio Okapi)

La plupart des clubs conglais manquent d’infrastructures de base et de budgets conséquents (Ph. Radio Okapi)

« Les recettes des clubs de football proviennent de leur comité de direction. Les dirigeants mettent leurs propres moyens en jeu pour faire fonctionner les équipes. C’est encore une catastrophe dans les petites formations où, généralement, toute la charge revient aux mains d’une seule personne », a indiqué, le 11 juillet, Marguerite Diakiadi, fonctionnaire au secrétariat général du ministère des sports. Celle qui est également Secrétaire exécutive de l’Entente urbaine de football de la Tshangu (Euf/Tshangu), a peint un tableau sombre du fonctionnement des équipes de football congolais.

Les formations fonctionnent comme des associations sans but lucratif. Les prestataires sont donc considérés comme des joueurs amateurs. Un seul club, le Tout Puissant Mazembe, sort du lot. La formation lushoise a intégré le professionnalisme depuis 2010, avec sa mutation en société privée à responsabilité limitée. Il est le seul à se doter d’infrastructures adaptées dont un stade achevé en 2012, une école de football KFA (Katumbi Football Academy), un budget allant au-delà de 10 millions de dollars l’an. Les joueurs, pour la plupart des expatriés, venus de la Zambie, Mali, Ghana, Tanzanie,… sont régulièrement rémunérés avec un salaire pouvant aller jusqu’à 20. 000 dollars le mois, à en croire un membre du groupe de soutien du club à Kinshasa.

Les hommes providentiels

Mais cette bonne santé du quadruple champion d’Afrique est à mettre à l’actif d’un homme : Moïse Katumbi Chapwe, le richissime homme d’affaires katangais et Gouverneur de la province du Katanga. Il a, seul, décidé du décollage de ce club historique sur la scène tant africaine, que mondiale, en y mettant des moyens financiers conséquents. Il en est l’actionnaire principal, avec plus de 60 % des parts. Mining Company Katanga (MCK), société minière dont il est le co-fondateur, est le sponsor officiel du club avec une participation de plus de 10 %. « Nous devons promouvoir une marque TP Mazembe et arriver à l’équilibre financier par nos propres moyens », a reconnu Moïse Katumbi, dans une interview accordée à la presse.

Ces clubs sont presque dans la rue. Ils ont, peut-être des sièges, mais pas d’infrastructures.

Marguerite Diakiadi

Malgré le succès de sa formation, cet homme d’affaires passionné de football et grand fan de son club, investi en conséquence dans le développement de l’équipe. Sur ce point là, le club le mieux structuré du pays ne se démarque point des autres. L’Association sportive Victoria club (As V. club), qui ne jure plus que par sa transformation en société dès la saison sportive prochaine, doit sa bonne mine actuelle à son Président de coordination, le général Gabriel Amisi. L’année dernière, elle a acquis un nouveau centre sportif à Kimbondo, dans la commune de Mont-Ngafula. Actuellement fragilisé par des querelles intestines, le Daring Club Motema Pembe (DCMP) ne sait plus à quel saint se vouer, depuis la démission, il y a deux ans, d’Antoine Musangania, de la tête de la coordination. Sanga Balende de Mbuji-Mayi, qualifié pour la Ligue des champions africaine 2015, doit sa réussite à son président, Alphonse Ngoyi Kasanji, gouverneur de la province du Kasaï-Oriental. Depuis cette qualification, celui qui est considéré comme le ‘’Moïse Kasaïen’’, a lancé les travaux de réhabilitation du stade Tshikisha, pour permettre à son équipe de jouer ses matches de compétition internationale à domicile.

Absence d’infrastructures 

Tous ces grands clubs du pays qui caressent désormais l’ambition de se reconvertir en société à objet sportif dépendent de quelques hommes qui manifestent la volonté d’investir leurs moyens par passion. Ils vivent dans une incertitude économique due, en grande partie, au manque d’un élément fondamental : les infrastructures. « Ces clubs sont presque dans la rue. Ils ont, peut-être des sièges, mais pas d’infrastructures », a aussi noté Marguerite Diakiadi. Hormis Mazembe, aucune autre équipe ne dispose de son propre stade. Tous utilisent les installations publiques. Avec le système taxi ou des billets parallèles, ils se contentent de quelque pourcentage des revenus occasionnels que génèrent des rencontres. Sponsoring, subventions, exploitation commerciale et publicitaire, parafiscalité, droits de retransmission sportive,… toutes ces ressources financières qui participent à la réalisation des programmes de promotion et de développement du football actuellement dans le monde, sont quasiment inexistantes dans le système congolais. La plupart de ces équipes n’ont pas des moyens pour rémunérer mensuellement leurs joueurs qui se contentent des primes des matches. Si l’As V. Club peut déclarer avoir dépensé 360 000 dollars en 2014 pour la rémunération des joueurs, ce n’est pas le cas pour d’autres clubs.

Avec cette précarité, est-il possible pour ces grosses écuries de réussir leur mutation en société ? Marguerite Diakiadi pense que tout est possible pour essentiellement une raison : leur popularité. Avec une bonne organisation, ce facteur peut attirer des sponsors et d’autres actionnaires. C’est un atout que les « équipes de seconde zone », impopulaires, n’ont pas.

DCMP ou IMANA ?

  • C’est peut-être la plus grande crise que cette grande équipe de la capitale, créée en 1936, n’a jamais connu tout au long de son histoire. La crise est d’autant plus profonde, au point de générer un enfant… sinon un réincarné : Cercle sportif IMANA. Ancienne appellation du club entre 1949 et 1985, IMANA est né des divisions internes au sein du Daring Club Motema Pembe (DCMP) où deux blocs antagonistes, parmi les dirigeants et les ‘’fondateurs’’, ne cessent de s’affronter.
    Le premier bloc qui garde le nom de DCMP, est tenu par le Président de coordination, Tshimanga Tshipanda, sous l’aile protectrice de l’influant ‘’fondateur’’ connu sous le nom de Me Taureau. Il soutient l’unité du club. Le second, prônant la scission, met en avant plan le jeune Max Mayaka comme Président de coordination, sous la bénédiction l’évêque Pascal Mukuna, un des membres d’honneur du club, révoqué de ses fonctions d’administrateur par le comité Tshimanga en mars 2014. Depuis, c’est la grande confusion. IMANA a d’ailleurs commencé des séances d’entrainement, avec une grande affluence des supporters.
    La problématique de la mutation du club en société à objet sportif dont le statut a été adopté en décembre 2012, se trouve être l’une des grandes causes de cette division entretenue, entre autres, par des « fondateurs », conservateurs, qui craignent perdre de l’influence au club avec ce changement de statut.