La FECOFA n’est pas au-dessus de tout soupçon

Le procureur spécial a jeté une grosse pierre dans le jardin de la fédération nationale de football, qui a fait boum en retombant. L’affaire est encore en instruction judiciaire. Mais dans le public, on espère que ça n’est pas que pour l’affichage car des plaintes du genre demeurent sans suite. 

 

Les tabloïds kinois ont abondamment commenté l’interpellation par la justice des hauts responsables de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), notamment le président, Constant Omari Selemani (qui est aussi vice-président de la Confédération africaine de football et membre du comité exécutif de la Fédération internationale de football, FIFA); les vice-présidents, Roger Bondembe Bokanianga et Théobad Binamungu Rubambura, ainsi que du secrétaire général aux Sports, Barthélémy Okito Oleka. Tous les quatre personnalités sont dans le collimateur du conseiller spécial du chef de l’État en matière de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, Emmanuel Luzolo Bambi. 

Ils ont été placés en garde à vue le 17 avril et étaient jusqu’à jeudi 19 avril en « instance d’être entendus », selon ce qu’en ont rapporté la presse à Kinshasa. Selon des sources judiciaires proches du dossier, les quatre personnalités devraient être interrogées sur « l’utilisation des fonds publics dans l’organisation des rencontres sportives des équipes nationales de football et des clubs engagés aux compétitions africaines ». À cette étape de l’instruction, ces sources insistent sur le « caractère secret » de celle-ci. 

Liberté provisoire pour Omari

Constant Omari a été entendu le jeudi 19 avril au parquet de la Cour d’appel de Matete pour « la suite de la procédure engagée contre eux. Après avoir bénéficié la veille dans la soirée d’une liberté provisoire suite à « son état de santé ». Et dans la journée, il a voyagé pour les États-Unis, direction Atlanta. Selon le service de communication de la FECOFA, il devait déjà passer sa « visite médicale » le jour même de son arrestation. 

En tout cas, des soupçons de détournement d’une bagatelle somme d’1 million de dollars destinés à l’organisation de quatre matches de football, pèseraient sur elles. La nouvelle de leur interpellation par la justice s’est répandue rapidement au point que l’affaire est encore sujet du jour dans les conversations. Roger Bondembe et Théo Binamungu sont respectivement en charge des finances et des équipes nationales à la FECOFA. Ce dernier exerce aussi les fonctions de directeur de cabinet au ministre des Sports. Selon les journaux de Kinshasa, ce sont des inspecteurs de services judiciaires qui ont procédé à leur arrestation, après plusieurs invitations à se présenter à l’office du procureur spécial Luzolo Bambi, depuis le 2 avril, afin de fournir des « éclaircissements » sur la gestion des fonds publics. Pour l’instant, Constant Omari et Barthélémy Okito sont interdits de quitter le territoire national. Même mesure préventive à l’égard du comptable public et du sous-gestionnaire des crédits affectés au ministère des Sports. Par ailleurs, selon la rumeur, le président du Comité olympique congolais (COC), Amos Mbayo Kitenge, serait « en fuite », car il serait également impliqué dans le même dossier.

À l’origine de cette affaire, on cite la plainte du ministre des Sports, Papy Niango, à la suite du déplacement « controversé » de l’équipe nationale senior pour Dar Es-Salaam où le onze national a joué en amical (journée FIFA) les Taifa Stars de la Tanzanie. Le ministre des Sports avait estimé que les prévisions financières de la fédération étaient « exorbitantes » aussi bien pour les matchs des Léopards seniors que pour ceux des équipes d’âge U20 (engagés dans les éliminatoires de la CAN et U17 (finalistes du tournoi de l’Union des fédérations de football d’Afrique centrale au Cameroun). Pour Papy Niango, le million de dollars aurait pu bien servir à construire une route… La FECOFA avait réagi prétextant que le ministre des Sports était à la base de la défaite des Léopards en Tanzanie pour n’avoir pas débloqué les fonds nécessaires à la préparation.

Les réactions

Quelle chance donner à la nouvelle action en justice du procureur spécial ? Ici et là, on ne donne pas beaucoup de chance à cette énième affaire de corruption. Pour la simple raison que « la justice congolaise ne coopère pas ou peu avec l’office du conseiller spécial en matière de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Plusieurs plaintes émanant de lui sont déposées au parquet général de la République sont toujours en « attente ».

Politisation

D’aucuns ont cherché à politiser l’affaire, notant que Constant Omari paierait de ses « accointances » avec le président du club tout puissant Mazembe, Moïse Katumbi Chapwe, en exil depuis plus de trois ans pour « avoir pris ses distances avec le parti présidentiel et déclaré publiquement sa candidature à la présidentielle ». Il n’empêche, dans l’opinion, plus d’un souhaite que ces interpellations et/ou arrestations soient réellement une « action de justice » et non pas une sorte de « règlement des comptes ».

Constant Omari Selemani dirige la fédération de football depuis 2005. Il accomplit son quatrième mandat à la présidence du comité exécutif. La FECOFA a été fondée en 1919. Elle est affiliée à la FIFA depuis 1962 et est membre de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 1963.